Homélie dimanche 28 octobre 2018

Publié le par Christophe Delaigue

30ème dim. du Temps Ordinaire / Année B

Eglise de la Ste Croix, Ixelles (Bruxelles)

Jr 31,7-9 / Ps 125 (126) / He 5,1-6 / Mc 10,46b-52

 

C’est toujours l’histoire d’une rencontre… Ici, entre Jésus et cet aveugle, Bartimée, qui est là au bord du chemin. Avec eux deux, vous l’avez entendu, la foule est nombreuse qui suit Jésus et qui l’accompagne dans sa montée à Jérusalem ; il va y être acclamé – c’est ce que nous fêtons aux Rameaux – puis où il y sera arrêté et mis à mort – nous en faisons mémoire à chaque eucharistie. Et parmi cette foule, avec Jésus, ses disciples.

 

Jésus passe. Et c’est l’aveugle qui l’appelle. On ne sait pas si Jésus l’avait vu ou pas ; on ne sait pas si Jésus, au milieu de la foule, pouvait le voir ou pas. La rencontre semble laissée à l’initiative et donc à la liberté de l’aveugle. Et pour nous c’est pareil, la rencontre avec le Christ et avec Dieu est toujours laissé à notre liberté : Dieu jamais ne s’impose ; il se propose par ceux qui témoignent de lui, il se propose par le mystère de la présence de son Fils dans l’eucharistie, il se propose par son Souffle de vie que parfois nous pressentons en nous, dans ces désirs de vie que nous pouvons apprendre à entendre dans le silence de la prière ; il se propose mais jamais il ne s’impose, toujours il nous laisse libres de la rencontre.

 

L’aveugle appelle. Que sait-il de Jésus ? Nous ne savons pas. Ce n’est pas le problème du rédacteur de l’évangile. Ce qui compte c’est que l’aveugle a entendu ou pressenti que Jésus passe, et il l’appelle, il crie vers lui. Visiblement il sait qui il est. Et son cri est une imploration : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ». Visiblement il sait qui est Jésus, le Messie, celui qui devait venir, le descendant de David. Il semble avoir compris que Jésus est celui qui va accomplir les promesses de Dieu, celui qui va donc nous faire entrer dans la joie qu’annonçait le prophète Jérémie dans la 1ère lecture. Jésus vient offrir le salut, ce salut que Dieu veut pour tous les hommes, ce salut qui est don et promesse de vie, pour qui veut bien l’accueillir. Le salut qui est libération de ce qui nous empêche d’être pleinement vivants, d’être pleinement nous-mêmes, au cœur de ce que nous sommes en vérité, avec nos faiblesses et au travers de nos épreuves.

 

L’aveugle appelle mais on veut le faire taire. Jésus a bien mieux à faire que de s’arrêter pour ce pauvre aveugle mendiant qui encombre la route. C’est du moins ce que pense la foule… Et j’ai peur que ce soit aussi ce que nous pensions, parfois, dans cette société où on n’arrête pas d’entendre que les vieux, les immigrés, les handicapés et les malades coûtent chers à la société ou qu’ils prennent beaucoup de temps, trop de temps, à leurs proches ou à ceux qui s’occupent d’eux… Oui, c’est vrai, mais est-ce que ces vieux, ces immigrés, ces handicapés et ces malades ce ne sont pas d’abord des personnes et donc des personnes à aimer, comme le Christ nous y invitera ? Il ne s’agit pas d’être naïf ou je ne sais quoi ; mais juste de se demander qui ils sont ceux qui crient autour de nous, et de se demander ce qui est de notre possible pour eux, à notre mesure, chacun mais aussi en communauté.

 

Je me permets ici de citer Jean Vanier, fondateur des communautés de l’Arche, qui sont des communautés de vie avec personnes faisant l’expérience du handicap mental : « Dieu, l’ai-je entendu dire un jour, ne nous demande pas seulement, nous chrétiens, de dire aux genset aux « petits » que Jésus les aime, il nous demande de les aimer concrètement, au nom de Jésus et de l’Evangile »

 

Que fait Jésus avec l’aveugle ? Il s’arrête. Et il interpelle ses disciples, il leur demande d’appeler l’aveugle, il leur demande de l’aider. Il ne peut rien faire sans nous, aujourd’hui encore : nous sommes ses mains et ses pieds pour qu’il soit présent à ce monde et qu’il puisse prendre soin de chacun ; et nous sommes sa voix pour que la Bonne Nouvelle du Salut soit annoncée. C’est notre mission. C’est la mission de ses disciples qui, du coup, appellent l’aveugle et l’appelle à être dans la confiance – la foi – et à se lever.

 

Et là, l’aveugle – qui est toujours aveugle – bondit et court vers Jésus. Imaginez la scène ! Il ne voit rien mais déjà il est relevé et déjà il est en route vers Jésus. C’est ça la résurrection, qui est le cœur de notre foi. C’est toutes ces fois où nous permettons à quelqu’un de laisser sur le côté du chemin sa vie de souffrance, d’exclusion ou de désespérance, et que nous lui permettons d’être quelqu’un, quelqu’un qui soit debout, quelqu’un qui soit en marche, quelqu’un qui n’est pas qu’à ras de terre ou cloué au sol par les épreuves mais avec qui une rencontre véritable est possible. La résurrection, c’est concret, ce n’est pas qu’une espérance pour demain, plus ou moins loin, quand nous serons mort. Oui, il y a bien une promesse de vie éternelle, mais elle est déjà promesse de vie pour maintenant. C’est notre foi. Et c’est ce que nous redit avec force cette rencontre de Jésus avec l’aveugle.

 

Et notre aveugle n’est plus seulement un aveugle. C’est un homme, nous dit le texte pour la première fois, c’est quelqu’un. Parce qu’il est relevé, parce qu’il devient à nouveau capable d’avancer. Sa vie n’est plus figée dans ce qu’on voyait de lui. Il est quelqu’un, quelqu’un qui a fait confiance à Jésus, quelqu’un à qui on a parlé, et quelqu’un pour qui on n’a pas fait quelque chose selon notre point de vue de ce dont nous croyons qu’il aurait besoin ; Jésus dialogue avec lui : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Et l’aveugle, l’homme debout, répond : « je veux voir ! » « Eh bien va, dit Jésus, ta foi, ta confiance en moi te sauve, te libère de ce qui t’empêche de vivre pleinement. Vas-y, tu as le droit de vivre et d’avancer. »

 

Jésus passe dans nos vies à nous aussi. Jésus souffle en nous, par son Esprit Saint, des intuitions de vie, des désirs profonds de vie. Et il veut nous rejoindre, il vient nous rejoindre, dans la prière et l’eucharistie mais aussi dans telle rencontre qui relève et qui donne espérance, dans tel évènement qui nous permet de nous sentir aimés et reconnus. Et ce qu’il attend de nous, alors, c’est que nous découvrions qu’il a besoin de nous pour ce que ce salut soit possible pour d’autres et qu’à notre tour nous devenions, à notre mesure, des ressuscitants pour d’autres qui sont au bord du chemin… Nous qui allons communier au Corps du Christ nous sommes et nous devenons son Corps, sa présence aujourd’hui pour ce monde, sa présence agissante en ce monde…

 

Parfois nous n’y arrivons pas ou même nous ne voulons pas… Parfois aussi nous sommes aveugles sur ce qu’il faudrait faire ou proposer… Je crois qu’il nous faut alors implorer Jésus, il nous faut mendier sa Présence qui se donne dans l’eucharistie, il nous faut implorer son Esprit par la prière, qu’il nous aide à comprendre ce que nous avons à vivre, qu’il nous permette de voir où aller… C’est bien ce qui nous est proposé à vivre à chaque eucharistie, c’est bien ce qui nous rassemble ce matin encore…

 

Alors, tout simplement, nous confions au Seigneur, maintenant, dans le silence de la prière, tout ce qui monte en nous, tout ce que ces mots et cette Parole de Dieu éveillent en nous…

Publié dans Homélies

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :