Homélie 1er nov. 2013 - Toussaint

Publié le par Christophe Delaigue

Bourgoin-Jallieu, église St Jean-Baptiste

Ap 7,2-4.9-14 / Ps 23 (24) / 1Jn 3,1-3 / Mt 5,1-12a

Au cœur de cette fête de la Toussaint, il y a cet appel au bonheur que nous adresse Jésus. Un drôle de bonheur qui pourrait donner à croire à une consolation un peu rapide, comme si le Christ nous disait : « c’est compliqué pour vous? c’est pas grave ça ira mieux plus tard… ! » Un bonheur étonnant, donc, spontanément ; perturbant même, peut-être ; mais un appel au bonheur quand même qui est en fait plus qu’une consolation un peu rapide ; un bonheur qui est une déclinaison de l'appel à aimer, et surtout un bonheur qui est une espérance, celle-là même qui traverse aussi les deux autres lectures que nous avons entendues !

Croire au Christ c’est entrer dans la confiance et dans cette espérance qu’un bonheur nous est promis, qu’un bonheur est possible, malgré les apparences de ce que la vie nous donne parfois à voir dans notre quotidien. Un bonheur qui nous est promis, pour plus tard, sans doute, mais qui nous est tout autant promis dès maintenant, une promesse dès aujourd’hui, jusque dans ce que la vie me fait traverser.

J’aimerais que nous prenions le temps, au cœur de cette fête de la Toussaint, de nous demander, chacun, quelles sont nos raisons de douter du bonheur ou d’un bonheur possible, quelles sont nos raisons de douter d’un sens à la vie, et quelles sont nos raisons, du coup, de douter du Christ ? Pour le dire autrement : qu’est-ce qui nous fait peut-être ou parfois douter de la beauté de la vie et de la bonté de Dieu ?

Les Saints, ce sont ceux qui ont cru à la promesse de salut. Ils n’avaient pas des vies plus faciles que les nôtres et ils n’étaient pas plus forts ou plus solides que nous, humainement. Mais les Saints, ce sont ceux qui ont cru au Christ, et pour qui ça a donné sens à leur vie, malgré ou au cœur de ce qu’ils avaient à traverser, comme nous. Ils y ont cru parce qu’ils ont été touchés par le Christ, soit par une parole qui a résonné en eux comme une parole de vie, soit par une expérience indicible de sa présence mystérieuse, soit par la présence de témoins en actes de l’évangile qui ont su, à leur mesure, les aider à se relever et à avancer. Les Saints ce sont ceux qui ont eu cette confiance que, même dans leur épreuve, Jésus était là et qu’il les accompagnait, malgré tout. Ils ont été saisis par lui, pour reprendre une expression de St Paul, saisis par lui le Christ, saisis par son amour, saisis par sa présence… Pour certains, c’était au-delà de toute logique humaine apparente, mais leur vie en a été transformée. Ils ont découvert que Dieu est là, silencieusement, mais bien présent, jusque dans cette main tendue qui permet de continuer à vivre, et ils ont cru que leur bonheur c’est lui, Jésus. Et c’est devenu leur moteur de vie, le sens de leur existence.

Alors je repose ma question : qu’est-ce qui nous fait douter, aujourd’hui, peut-être, du bonheur ? Qu’est-ce qui est peut-être trop dur à vivre ? Si le Christ vient pour nous sauver – ce que ne cesse de dire l’Evangile – et si par sa résurrection il nous promet que la vie et l’amour sont quoi qu’il arrive plus fort que tout mal et que toute mort, alors c’est là qu’il vient nous rejoindre, c’est là, dans nos fragilités, nos désespérances et nos souffrances, c’est là que Jésus veut venir nous chercher et nous sauver…

J’ai deux phrases de la Bible qui me sont venues en préparant ces mots :

  • La 1ère, c’est cette parole de Jésus qu’on a entendu avec l’Alleluia, cette parole de Jésus qui conclut le long discours sur la montagne qui est justement inauguré par les Béatitudes de ce matin ; Jésus dit à ceux qui se pressent autour de lui : « Venez à moi, vous tous qui peinez, et je vous donnerai le repos » [Mt 11,28]. Jésus ne dit pas « Venez et je supprimerai de votre vie toute souffrance » ; non : « je vous donnerai le repos », la paix, au cœur de ce que vous êtes en train de vivre, si vous décidez de vous ouvrir à ma présence…
  • La 2ème phrase à laquelle je pense, c’est dans le livre de l’Apocalypse, le même livre que la 1ère lecture. C’est encore Jésus qui parle et qui dit : « Je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un m’entend et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je dînerai avec lui et lui avec moi » [Ap 3,20].

Alors ce matin, rappelons-nous que Jésus est venu pour nous annoncer que Dieu veut sauver tous les hommes, nous sauver c’est-à-dire nous libérer de tout ce qui nous emprisonne, de ce qui empoisonne notre vie, ce qui nous met à terre ; il vient, par sa résurrection, nous relever – c’est ça que ça veut dire être ressuscité –, mais c’est laissé à notre liberté. A moi de choisir de lui ouvrir mon cœur et ma vie, à moi de décider de lui faire cette confiance là que je peux lui déposer les fardeaux et qu’il pourra les porter avec moi si je le lui demande. Alors ce sera plus léger ; alors, avec lui, Jésus, je pourrai continuer à avancer, malgré tout, pour un jour découvrir que je suis encore vivant, et faire l’expérience que le mal ou la souffrance n’ont pas eu le dernier mot.

Dieu veut sauver tous les hommes, je le redis. J’entends aujourd’hui cet appel à nous ouvrir à sa présence, dans le silence de nos cœurs, pour que Jésus vienne me rejoindre dans ce que je vis ; et j’entends cet appel qui est indissociable – si j’en crois Jésus – à nous soutenir les uns les autres, dans le concret de chaque jour – c’est ça l’Eglise. Et c’est parce que nous ferons l’expérience étonnante que nous ne sommes pas seuls dans ce que nous avons à vivre, et même que nous trouvons une certaine paix du cœur qui nous aide à avancer, que nous croirons que le Christ est bien présent avec nous. Et alors, à notre mesure, nous pourrons en vivre, en être témoins pour les autres, pour ceux qui nous entourent, même s’ils ne croient pas en Dieu. Pour eux qui sont eux aussi en attente de salut, pour eux qui sont en quête d’un bonheur possible, malgré tout, nous pourrons être des témoins en actes de cette tendresse de Dieu que nous aurons un peu touchée du doigt. Et dans la prière, il nous donnera, si nous le lui demandons, la force de son Esprit Saint, son Esprit d’amour, de patience, de paix, de joie et de confiance, pour prendre soin avec lui et comme lui de ceux qui doutent ou souffrent autour de nous. Nous serons pour eux des acteurs du salut, des témoins de la résurrection. Comme les Saints que nous fêtons aujourd’hui…

Alors dans le silence de nos cœurs, nous prenons le temps, maintenant, de déposer auprès de Dieu tout ce qui remonte en nous. Demandons-lui cette paix du cœur que le Christ nous promet. Et dans l’eucharistie que nous allons recevoir, ouvrons-nous à la présence mystérieuse de Jésus qui veut nous rejoindre, Jésus qui vient porter avec nous nos fardeaux, si nous le voulons, pour qu’à notre tour nous soutenions et portions ceux qui nous entourent, à notre mesure et surtout avec lui…

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