Homélie dimanche 17 novembre 2013

Publié le par Christophe Delaigue

33ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

St Jean-Baptiste (Bourgoin-Jallieu) / Maternités catholiques (dim. soir)

Ml 3,19-20a / Ps 97 (98) / 2 Th 3,7-12 / Lc 21,5-19

Je pense que ces propos de Jésus vous déconcertent. Peut-être d’autant plus quand on les entend quelques jours après le drame qui secoue les Philippines. De fait, c’est violent ce qu’on vient d’entendre ; mais ne nous trompons pas d’interprétation et n’allons pas trop vite mettre en résonnance l’actualité. De fait ils sont franchement provocateurs ces mots de Jésus, comme souvent, et même un peu extrémistes ; mais c’est pour nous faire réagir. C’est comme pour provoquer une sorte d’électrochoc.

Pour comprendre ce qu’il y a à entendre dans ces propos étonnants, rappelons-nous tout d’abord que Jésus ne s’adresse pas à la foule mais à ses disciples. Ça a son importance, parce que ça veut dire qu’il s’adresse à ceux qui l’ont suivi et écouté et donc qu’il s’adresse à ceux qui avec lui se sont régulièrement mis à l’écoute de la Parole de Dieu. Et du coup, quand il s’adresse à ses disciples, ceux-ci connaissent, normalement, ce beau texte que nous avons eu en 1ère lecture. Et donc ils en savent la conclusion, cette conclusion qu’heureusement nous avons entendue nous aussi et qui peut nous permettre de mieux comprendre ce que Jésus veut nous dire, ce qu’il veut nous dire à nous qui sommes ses disciples de par notre baptême. Je vous relis la conclusion de cette lecture qui est tirée du livre du prophète Malachie : « pour vous qui craignez mon Nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement ».

Au cœur des tempêtes qui vont s’agiter que Jésus semble annoncer, au cœur des épreuves que la vie malheureusement nous fait traverser, au cœur de ce qui nous arriverait au nom de notre foi – parce qu’être disciple du Dieu d’amour, cela engage et ça n’est pas toujours facile, sans parler des persécutions dont sont victimes des chrétiens aujourd’hui encore – au cœur de tout cela, Dieu n’oublie pas, Dieu est fidèle, Dieu accompagne, Dieu aime. Dieu, nous dit le prophète, « apportera la guérison ». Et en plus il « apportera la guérison dans son rayonnement », c’est-à-dire qu’elle ne sera pas réservée à ceux à qui il la donnera ; elle rayonnera autour de ceux qui la recevront pour illuminer largement notre humanité si souvent blessée et fatiguée par les épreuves de toutes sortes.

Je crois que dans l’évangile d’aujourd’hui c’est de cela dont il s’agit. Jésus a conscience qu’il nous appelle à des choses qui ne vont pas être tous les jours très simples. Il sait très bien que son message a du mal à être reçu et déjà entendu. Il sait que cela peut amener de la haine et de la division – même au sein de nos propres familles et même parfois dans nos communautés ou dans nos paroisses – ; parce qu’il sait, Jésus, qu’il est parfois trop dur de croire en un Dieu qui nous aime et qu’il est dur de le vivre concrètement. Et Jésus sait combien notre monde est traversé de violence. Jésus le sait au plus profond de lui, tout simplement parce que c’est exactement ce qui va lui arriver. Jésus va mourir tout seul, sur la croix. Et il sait bien Jésus, combien Dieu son Père et notre Père n’abandonne pas ceux qu’il aime et ceux qui donnent leur vie pour lui. Ça aussi il va le vivre dans sa résurrection.

A la suite de Jésus nous sommes appelés à l’espérance et à la confiance. Espérance et confiance quant à l’avenir, même si nous avons du mal à entrevoir celui-ci quand nous sommes dans l’épreuve ou l’incompréhension. Confiance et espérance pour chaque jour dans ce qui nous est donné à vivre, tout simplement, et dans ce qu’il nous faudra affronter. Parce que même si Dieu semble souvent ou semble parfois se taire ou être loin de nous, il nous promet qu’il est là, malgré tout. Au cœur de nos tempêtes, au cœur des bouleversements de ce monde et de nos vies, au cœur de nos peurs et de nos questionnements, eh bien ce n’est pas la fin du monde, nous dit justement Jésus : « il faut que cela arrive, mais ce ne sera pas tout de suite la fin »…

Peut-être est-ce la fin d’un monde, quelque chose qui est en train de changer, de bouleverser notre vie ; mais ce n’est pas la fin du monde et la fin de toute vie. Avec la venue de Jésus, un monde nouveau germe qui est à accueillir, à faire advenir et à construire, avec lui. La voilà la Bonne Nouvelle ! Et dans ce passage à vivre, ce passage qui est aussi une aventure dans laquelle il nous faut vouloir avancer et dans laquelle il nous faut déjà vouloir entrer, dans cette aventure il nous appelle à la confiance et à l’espérance ; quoi qu’il arrive ; parce que quoi qu’il arrive il sera là ; parce que quoi qu’il arrive, il est là pour tout-jour ; parce que quoi qu’il arrive la vie sera avec lui plus forte que tout mal et que toute mort ; c’est notre foi, et c’est la promesse qu’il nous fait après sa résurrection. Et ça, c’est franchement une Bonne Nouvelle ! Mais ça nous engage à la vivre en actes cette Bonne Nouvelle...

En préparant cette homélie, je me disais aussi qu’être chrétien, ce n’est pas tout rose ni tout facile dans notre société aujourd’hui qui est hyper matérialiste et individualiste, cette société où ça n’est plus l’homme et sa dignité qui sont au centre des choix mais le financier et le profit. Être chrétien c’est compliqué, mais c’est un engagement que nous avons à vivre, pour témoigner avec force des valeurs que nous croyons bonnes pour notre monde mais aussi pour témoigner de Celui qui nous dit que ces valeurs sont bonnes et essentielles, Jésus qui veut nous rejoindre chaque jour, Jésus qui annonce en paroles mais aussi en actes que Dieu son Père nous aime.

Ce témoignage que nous avons à vivre et pour lequel il nous faut demander au Seigneur la force de son Esprit, ce témoignage c’est vrai qu’il va parfois et même souvent à contre courant des idées ambiantes. Et c’est vrai que nous pouvons rencontrer de l’hostilité. Peut-être même que c’est dur à vivre et que nous trouvons que c’est finalement plus simple de croire tout seul, chez soi, bien au chaud, là où personne ne nous verra…

Vous m’entendrez le dire souvent, nous avons besoin les uns des autres pour nous redire et pour réentendre combien Dieu est là, présent au milieu de nous, avec nous, malgré son silence et son absence apparente. C’est ça que nous voulons célébrer chaque semaine. Et c’est bien ensemble et avec lui que nous pourrons nous rendre compte que nous la recevons cette « guérison » dont nous a parlé le prophète Malachie et même que nous arrivons à en être acteurs pour d’autres autour de nous. C’est Bonne Nouvelle. Et c’est ce que nous osons demander à Celui qui nous promet la paix du cœur.

Publié dans Homélies

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