Homélie dimanche 10 novembre 2013

Publié le par Christophe Delaigue

32ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Les Eparres

2Ma 7,1-2.9-14 / Ps 16 (17) / 2Th 2,16 – 3,5 / Lc 20,27-38

Vous m’entendrez le dire souvent et en parler souvent, la résurrection est vraiment le cœur de notre foi, sa spécificité, ce qui peut vraiment donner sens à notre vie et à notre recherche de bonheur. Et les lectures qu’on vient d’entendre nous invitent justement à nous interroger sur la résurrection. Par ce que si c’est le cœur de notre foi nous devons bien constater en même temps que de plus en plus de chrétiens affirment ne pas y croire, si j’ose me fier à de récents sondages, ce qui est peut-être le cas aussi d’un certain nombre d’entre nous, je ne sais pas.

Notre problème avec la résurrection, c’est que nous sommes un peu comme les sadducéens de l’évangile de ce matin, même si eux veulent en plus tendre un piège à Jésus ; comme eux nous voudrions tout comprendre, rationnellement, de la résurrection. Or comme la vie en fait, la résurrection est de l’ordre d’un mystère, elle est de l’ordre d’une promesse qui appelle d’abord et avant tout la confiance.

Mais quel mystère, c’est vrai… Quelle(s) question(s) même… Nous aimerions comprendre… Nous aimerions savoir comment c’est possible et surtout comment ça va se passer, concrètement. Et là, nous sommes devant une sorte de vide ou de silence. Personne n’est revenu nous raconter comment ce sera. Personne sauf le Christ ; mais il ne nous dit pas grand-chose d’autre que cet appel à vivre à sa suite dans le quotidien de nos jours et à vivre dans l’espérance de cette résurrection qui est déjà commencée – je vais y revenir.

La résurrection, nous ne sommes pas les seuls à avoir du mal à y croire. Déjà les premiers disciples avaient quelques difficultés. Et St Paul a écrit un certain nombre de choses pour tenter de leur faire comprendre un peu. Et puis déjà au temps de Jésus il y avait ce courant des sadducéens dont nous a parlé l’évangile qui refusait cette idée d’une résurrection des morts. Il faut dire que cette espérance était finalement assez récente dans la foi du peuple juif. Elle date de l’époque des martyrs d’Israël, environ un siècle avant la naissance de Jésus, l’époque dont il est question dans la 1ère lecture qu’on vient d’entendre. Le constat est tout simple : si des croyants sont prêts à donner leur vie pour Dieu et au nom de Dieu, alors Dieu ne les oubliera pas ; alors Dieu qui est forcément « quelque part » – mettez des guillemets – les prendra avec lui, auprès de lui. C’est une espérance qui devient avec Jésus une promesse et même plus qu’une promesse, un appel.

Dans l’évangile qu’on vient d’entendre on veut tendre un piège à Jésus. Et on lui sort cette histoire à dormir debout qui évidemment n’existe pas. C’est une caricature ; on veut le pousser dans des cas limites – et nous, nous risquons bien de tomber dans le piège et de nous poser les mauvaises questions. Et on lui sort cette loi qui voulait qu’une femme épouse le frère de son mari défunt s’ils n’avaient pas eu d’enfants. L’enjeu c’était de donner une descendance à cet homme et donc de permettre que sa vie continue, même autrement. Les sadducéens espèrent que Jésus va dire la stupidité de leur histoire ; et du coup ils l’accuseront de ne pas respecter la Loi et ils pourront faire en sorte qu’on ne l’écoute plus. Sauf que Jésus n’entre pas dans ce débat là. Et à la question – qui est au futur – de savoir ce qui se passera à la résurrection des morts et donc dans un au-delà, Jésus répond au présent, pour l’aujourd’hui de notre vie.

Je ne sais pas quelles sont nos projections ou nos désirs d’au-delà. Je ne sais pas ce que nous rêvons ou alors ce que nous rejetons parce que nous pensons que ce n’est pas possible. La seule chose que je sais, ou plutôt à laquelle je crois, c’est que Jésus nous promet la résurrection, pas simplement une migration de l’âme, mais bien une résurrection des corps c’est-à-dire de toute notre personne, de tout ce que nous sommes, et une résurrection qui sera une œuvre de libération de ce qui entrave nos vies. Et ce que je sais, ou plutôt ce que je crois, c’est que cette résurrection est déjà commencée. C’est Jésus qui le dit.

La résurrection est déjà commencée parce qu’avec Jésus la vie a déjà été plus forte que la mort et même que tout mal. Jésus n’a cessé de le dire en actes, tout au long de sa courte vie, tout au long des évangiles. Et il nous appelle, au nom de notre baptême, à vivre en ressuscités et en « ressuscitants ». Je m’explique : au nom de notre foi – une foi qui ne doit pas être que des idées, aussi belles soient-elles, mais une foi qui s’incarne, qui se voit dans notre façon de vivre – au nom de notre foi nous sommes appelés à lutter contre le mal qui est à l’œuvre autour de nous, à notre mesure évidemment ; nous sommes appelés à être des « ressuscitants », c’est-à-dire à permettre à ceux que nous croisons de se relever quand la vie les met à terre, leur permettre que le vie soit « re-suscitée ». Être ressuscité c’est être relevé, c’est être remis en route. Il y a plein de façon de le vivre avec ceux qui sont autour de nous.

Voilà pourquoi Jésus parle de la résurrection au présent. C’est un appel à la vie. Pour demain, certes, après ce passage qui peut nous faire peur – moi qui m’intrigue – mais déjà pour aujourd’hui. Suis-je prêt à me plonger dans la vie pour lutter avec les moyens qui sont les miens contre les formes de mal et de mort qui sont à l’œuvre devant moi, en moi aussi, et autour de moi ? Suis-je prêt à demander à Dieu, par exemple dans la prière comme nous y a invité la 2ème lecture, qu’il me donne cette force dont je vais avoir besoin et qui s’appelle l’Esprit Saint, Esprit d’amour, de paix et de patience ? Suis-je prêt à demander au Christ qu’il soit effectivement cette nourriture dont j’ai besoin pour refaire mes forces et pour pouvoir vivre avec lui cette mission de résurrection qu’il a donné à ses disciples juste après sa propre résurrection ?

Je vous laisse avec ces questions… Et nous confions dans le silence de la prière et dans le silence de nos cœurs tout ce qui se réveille en nous, tout ce qui nous habite… Nos doutes, peut-être, nos questions, et même nos peurs… Demandons-lui juste qu’il nous donne d’oser une confiance en sa présence, lui qui déjà peut ressusciter notre vie, lui qui peut nous ressusciter aujourd’hui et demain…

Publié dans Homélies

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