Instinct primaire

Publié le par Christophe Delaigue

Instinct primaire

Tout commence par ce qui aurait dû être un beau jour, une belle fête. La mariée s'avance dans l'église... Et quelques lignes plus loin, nous sommes une année plus tard. Elle vient de le croiser dans la rue et se met à lui écrire ; il lui manque, elle l'aimait vraiment.

Et nous voilà entraînés dans cette longue lettre qui m'a autant séduit qu'agacé...

Agacé... dès le début en fait, et même avant ! Dès que j'ai lu en fait la 4ème de couverture, qui m'a aussi attirée ! "Le mariage, c'est signer un contrat dans lequel il est stipulé qu'il ne faut plus jamais tomber amoureux de quelqu'un d'autre. Est-ce que l'on a si peur de perdre l'autre qu'on soit obligé de lui mettre un contrat autour du cou ? Jamais je ne me suis imaginer t'enchaîner à moi par peur de te perdre." Ma curiosité a été mise en éveil. Et j'ai eu l'envie soudaine de lire ces pages qui contiennent en ces quelques lignes ce que tant de gens pensent... Elle ne s'est jamais imaginée l'enchaîner ? Quoi qu'il en soit elle a cru se retrouver, elle, enchaînée. Et l'on pourrait alors se demander : sur quoi reposait leur couple et leur histoire pour se dire cela au moment de s'engager, ou plutôt pour alors s'en rendre compte ? Le sexe, le plaisir, la passion. Non pas qu'il n'y ait pas d'amour, c'est sûr qu'elle l'aimait, mais une vie où chacun gardait sa liberté, comme ils disent, une sorte de partie de leur vie qui était privée, secrète... Et de fait c'est la question de l'engagement et des enfants qui va venir ébranler leur histoire...

Ces pages, malgré mon agacement, sont en même temps très belles. Le récit de cette femme qui cherche à comprendre et se comprendre. Ou plutôt qui tout à coup a besoin de mettre en mots son histoire, qui se met par écrire pour advenir à elle-même...

Et si c'est vraiment étonnant, par certains côtés, cette espèce de "féminisme" à l'extrême (si c'en est un), cette réflexion sur la maternité et la femme, c'est très intéressant ; et c'est sans doute, je crois, le reflet de ce que pensent beaucoup (pas que des femmes d'ailleurs), à notre époque où l'on rejette les repères (à moins qu'on n'en ait plus beaucoup avant même d'imaginer les rejeter), à une époque aussi où la liberté et la recherche de bonheur personnel sont les maîtres mots de vies qui tâtonnent. Pas pour tous, évidemment, mais pour beaucoup je crois.

C'est donc intéressant et ça donne à réfléchir sur l'amour, le mariage et l'engagement.

Pia Petersen, Instinct primaire, Nil, coll. "Les Affranchis", 108 pages (8,50 euros).

[La collection "Les Affranchis" propose à ses auteurs d'écrire la lettre qu'ils n'ont jamais écrite.]

Publié dans Romans et récits