A l'ombre de la République

Publié le par Christophe Delaigue

A l'ombre de la République

Hier soir à Bourgoin-Jallieu, la salle de cinéma était pleine. A l'affiche, ce documentaire sur les prisons, au regard d'un prisme bien particulier : le "monde" des contrôleurs des lieux de privation des libertés.

La soirée était organisée par l'aumônerie catholique des prisons en Isère et le Secours catholique. Suivie d'un cours débat, ce documentaire a fait entrer le public (une centaine de personnes) dans ce monde difficile et finalement méconnu qu'est l'univers carcéral.

S'il manquait sans doute une introduction pour redire qu'est-ce qu'une prison et pourquoi des prisons (les gens n'y sont pas par hasard, ce qu'une personne détenue dit quand même dans le film à un moment), les propos du contrôleur général des lieux de privation des libertés, qui est ici filmé avec son équipe, et sa visée en proposant ce film étaient clairement de nous rappeler avec force que derrière ces murs, derrières les condamnations et derrière les actes commis il y a bien des personnes, des personnes humaines, des peronnes qui ont donc des droits liés à la dignité de toute personne humaine (quoi qu'elle ait pu faire).

Ces droits fondamentaux sont-ils toujours respectés ? Pas si sûr... D'ailleurs ce métier très récent n'existerait pas s'il n'y avait pas des problèmes et de la violence.

Car voilà la question de fond : ces lieux que sont les prisons sont-ils des lieux seulement "punitifs" (voire pour faire payer, au mauvais sens du terme, tel un acharnement, ceux qui de fait sont commis des actes répréhensibles et graves) ou les prisons ne sont-elles ou ne devraient-elles pas être des lieux certes fermés pour protéger la société mais aussi pour protéger et accompagner la personne elle-même, et lui donner les moyens, petit à petit et avec justice car il y a bien une forme de réparation ou de punition à vivre concrètement, de pouvoir s'insérer ou se réinsérer dans cette société où nous avons à vivre ensemble ?

On sera choqué à la vue de ce documentaire du quasi esclavagisme qui est donné à vivre sous couvert de permettre aux personnes de travailler (mais à quel salaire de misère alors que la vie en prison est loin d'être donnée et gratuite ?) ; on sera surpris aussi du monde de violence qui y est décrit en images et par les témoignages.

Certes la médiation et la présence de caméras doit sans doute caricaturer le réel de ce qui est vécu. Mais ce que ces contrôleurs nous partagent de ce qu'ils voient et entendent dit bien ce réel complexe et pas toujours très humain que l'on impose à nos prisonniers sous prétexte que leurs actes sont graves et que justice doit être rendue.

Oui, il doit y avoir une forme de punition et réparation, oui il doit y avoir justice, mais comment un lien aux familles reste possible, normal et décent ; et comment ces personnes incarcérées restent bien et avant tout des personnes, des personnes humaines, avec une dignité à respecter et des droits, quoi qu'elles aient pu faire, dans une visée sociétale où chacun doit pouvoir être accompagné pour trouver une juste place... ?

Un documentaire intéressant qui oblige à nous demander comment nous nous regardons les uns les autres et qui nous oblige, si nous sommes chrétiens, à nous dire : comment sommes-nous réellement des acteurs d'une société de réconciliation, pas pour déresponsabiliser les uns et les autres ou se voiler la face sur le mal et la violence, mais au contraire pour permettre à chacun de devenir acteur et responsable de sa vie et de celle de ceux qui l'entourent ?

Le site du film... C'est par là...

Publié dans Cinéma

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