Homélie dimanche 8 décembre 2013

Publié le par Christophe Delaigue

2ème dimanche de l'Avent / Année A

Notre-Dame BJ (samedi soir) / St Chef (avec Baptême)

Is 11,1-10 / Ps 71 (72) / Rm 15,4-9 / Mt 3,1-12

Il y a un contraste étonnant entre les appels de Jean-Baptiste qu’on vient d’entendre, un peu violents, et les annonces d’Isaïe dans la 1ère lecture où on a l’impression que ce qui nous est promis c’est une sorte de paradis un peu idyllique où tout sera beau, tout le monde sera gentil, ce sera cool…

La question qu’il faut qu’on se pose c’est celle de savoir ce que ces textes peuvent nous dire de ce temps de l’Avent dans lequel nous sommes depuis quelques jours. Et ce sera même de savoir qu’est-ce que ça nous dit de Noël, puisque l’Avent c’est ce temps qui nous est donné pour entrer dans le mystère de Noël, pour nous préparer à accueillir la Bonne Nouvelle que nous allons célébrer à Noël. Noël c’est la fête de l’avènement de Jésus, la fête de sa venue – pas seulement hier, mais aujourd’hui aussi, dans ce que nous vivons les uns et les autres.

Isaïe nous annonce qu’il y a ce personnage dont il parle qui est attendu et qui doit venir, cet homme qui sera rempli de l’Esprit de Dieu, un esprit de sagesse et de discernement, de connaissance du Seigneur et de crainte, c’est-à-dire d’amour de Dieu et de respect devant ce mystère d’un Dieu qui veut nous rejoindre et qui nous aime, un esprit de force aussi. Et cet homme, nous dit Isaïe, viendra instaurer une paix profonde. Dans le tableau qu’il nous dresse, dans sa vision que je vous ai dit trouver un peu idyllique, vous avez entendu comme moi qu’il n’y a plus de violence. Ça nous est raconté de façon un peu caricaturale, avec ces animaux qui se mangent d’habitude les uns les autres mais qui là vivront une espèce d’entente fraternelle.

Dans la 2ème lecture Paul a dit quelque chose qui ressemble à cela. Il a dit que Jésus, par sa venue, a aboli la séparation qu’il y avait entre les juifs – les membres du peuple élu, le peuple crée par Dieu pour se faire connaître des nations – et ceux qu’il appelle les païens, entre les juifs et nous. A sa suite, il nous propose comme chemin de bonheur et comme chemin de paix de faire tomber, nous aussi et à notre mesure, toutes ces barrières qui se dressent entre les hommes quels qu’ils soient… Les murs réels mais aussi tous les autres comme ceux du jugement par exemple… Comment ne pas penser ces jours-ce à cette figure qu'est Nelson Mandela dont la ligne politique après ses 27 années de captivité fut la réconciliation quoi qu'il arrive !

Si j’en crois Paul comme Isaïe, Jésus est ce personnage rempli de l’Esprit de Dieu qui vient apporter la paix. C’est ce que Jean-Baptiste dit lui aussi, à sa façon et de façon un peu violent comme pour nous provoquer, comme pour nous dire l’urgence qu’il y a à reconnaître que Jésus vient, que Jésus est là, qu’il faut l’accueillir, le recevoir, qu’il vient nous ouvrir à la présence et à l’amour de Dieu, qu’il vient nous offrir même le salut de Dieu, le salut que Dieu voudrait tant donner à tous les hommes et donc à chacun de nous.

Jean-Baptiste nous dit qu’il nous faut nous convertir. Qu’est-ce que ça veut dire ? Dans l’évangile qu’on a entendu, il est même question d’un baptême que Jean proposait pour la conversion et pour purifier le peuple de ses péchés. Qu’est-ce que ça veut dire et surtout qu’est-ce que ça veut dire pour nous ?

Je vous rappelle qu’à l’époque de Jésus le peuple juif est dans l’attente de cet envoyé de Dieu annoncé par les prophètes et promis par Dieu, celui qui va délivrer le peuple de tout ce qui l’opprime. Si cet envoyé arrive, alors voulons-nous l’accueillir ? Sommes-nous prêts à lui faire une place ? Et même : sommes-nous prêts à changer de vie, sommes-nous prêts à nous convertir, sommes-nous prêts à nous mettre à l’écoute des promesses et des appels que Dieu n’a cessé d’adresser à son peuple lui demandant ce que le prophète Michée résume très bien dans un verset que j’aime citer : « Ce que le Seigneur réclame de toi, c’est de pratiquer la justice, d’aimer avec bonté et de marcher humblement avec le Seigneur ton Dieu » (Mi6,8). Voulons-nous vraiment vivre cela ? Si nous avons conscience que nous n’y arrivons pas toujours, voulons-nous bien demander à Dieu son pardon, demander à Dieu qu’il vienne changer notre cœur qui est parfois dur en un cœur qui apprenne à aimer et vivre plus de justice, notamment avec les plus pauvres, les exclus, les malades, les isolés ?

Voilà l’appel de Jean-Baptiste. Pour ceux qui décidaient de s’y mettre et qui voulaient le signifier concrètement alors il les invitait à un baptême : se plonger dans l’eau qui purifie pour vivre autrement, vivre avec Dieu. Un geste engageant.

Et pour nous, qu’en est-il ? Si Jésus vient pour nous, s’il est venu et si nous célébrons qu’il vient encore nous rejoindre, qu’est-ce que ça va changer ? Qu’est-ce que ça change concrètement ? S’il est celui qui vient établir un royaume de Paix, est-ce que nous entendons que cette paix elle est pour nous aussi, elle est pour nous dans ce que notre vie personnelle comporte de violence, qu’elle soit extérieure ou intérieure ? S’il vient supprimer les murs et les barrières qui divisent, qu’est-ce que ça veut dire concrètement dans nos relations humaines de chaque jour et dans notre façon d’envisager l’autre qui croise notre chemin ? Si avoir reçu le baptême de l’eau c’est s’engager à vivre à la suite de Jésus, alors qu’en est-il concrètement de notre désir de permettre autour de nous à ce qu’il y a plus de paix effective ? Comment est-ce que nous acceptons d’œuvrer, à notre mesure, à ce qu’il y ait moins de jugement mais plus d’accueil de l’autre quel qu’il soit et donc à plus de pardon ?

Au jour de notre baptême l’Esprit Saint, l’Esprit du Seigneur, nous a été promis a nous aussi. Demandons-le, demandons cette force pour mieux aimer et pour vivre ces appels de l’évangile qui nous sont adressés. Et dans la prière comme dans l’eucharistie demandons à Jésus qu’il soit notre paix, cette paix que nous célèbrerons le soir de Noël. Et pourquoi ne pas profiter aussi de ce temps de l’Avent pour lui demander et célébrer son pardon pour toutes nos difficultés ou incapacités à aimer ou à pardonner, toutes nos difficultés ou nos incapacités à faire grandir plus de paix ?

Je rends grâce ce soir/matin de ce temps de l’Avent qui nous est donné pour reprendre conscience de tout cela et pour entendre cette Bonne Nouvelle : il vient celui qui veut pour nous la paix, celui qui veut nous offrir en tout la paix. A nous de l’accueillir, si nous le voulons, et d’en faire quelque chose de cette paix.

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