Homélie dimanche 5 janvier 2014 - Epiphanie

Publié le par Christophe Delaigue

Fête de l'Epiphanie / Année A

BJ Notre-Dame (samedi soir) / BJ St Jean-Baptiste

Is 60,1-6 / Ps 71 (72) / Ep 3,2-3a.5-6 / Mt 2,1-12

Quelques jours après Noël, cette fête de l’Epiphanie nous invite à approfondir le mystère que nous avons célébré, ce mystère d’un Dieu qui se fait petit enfant pour nous rejoindre, ce Dieu qui vient établir sa demeure parmi nous pour nous dire en paroles et en actes cette Bonne Nouvelle du Salut qui nous est promis… Et ces textes qu’on vient d’entendre nous permettent de mieux comprendre l’identité de celui que nous fêtons, mieux comprendre qui il est lui le Christ, Jésus. Nous sommes dans un déploiement de ce que nous avons commencé à fêter à Noël. C’est le même mystère qui se dit sous une autre facette…

Première chose qu’il nous faut retenir, Jésus est cette lumière qu’annonçait Isaïe. Nous le savons puisqu’on nous l’a déjà dit dans la nuit de Noël. Mais nous n’aurons jamais fini d’avoir besoin de le réentendre : il est cette lumière qui peut éclairer les nuits de nos vies, cette lumière qui peut éclairer ces ténèbres que les uns et les autres nous avons à traverser un jour ou l’autre… Première question que nous pouvons du coup nous poser ce soir/matin : voudrons-nous bien nous laisser éclairer ? Voulons-nous bien y croire à cette Bonne Nouvelle ? Quelle que soit l’obscurité qui peut nous envahir ou qui nous entoure, il y a et il y aura des petites lueurs d’espérance, peut-être aussi petites et imperceptibles que cette étoile que les mages ont dû voir dans l’immensité de la nuit et du ciel étoilé. Dans ces petites lueurs d’espérance, souvent fragiles et tellement discrètes, eh bien Dieu est là, à nos côtés.

Deuxième chose que nous dit Isaïe : cette espérance, cette promesse, c’est pour tous. Pas seulement pour ceux qui étaient en attente du Messie, pas seulement pour le peuple d’Israël, donc pas seulement pour les « bons » croyants, et donc pas seulement non plus pour les « bons » chrétiens que nous serions. Non, c’est pour tous, pour toutes les nations. Le Christ vient pour éclairer tout homme et toute femme, et pour toute culture ; il vient dire à chacun, quelque soit son chemin, son histoire, sa foi et ses croyances : « Tu es aimé de Dieu ; Dieu existe et il veut te rejoindre toi aussi… » Deuxième question, du coup : est-ce que c’est vraiment Bonne Nouvelle pour nous de nous savoir aimé de Dieu ? Et est-ce que ça change mon regard sur celui ou celle qui est là à côté de moi ? Peut-être qu’il ne le sais pas et peut-être même qu’il ne veut pas le savoir, mais lui aussi est aimé de Dieu ; lui aussi Dieu voudrait le sauver, c’est-à-dire lui permettre de se relever, d’être libéré de ce qui entrave sa vie, l’éclairer d’une présence d’amour et de paix. Comment puis-je être témoin, concrètement, de cela, comment puis-je en être témoin pour lui ? C’est l’éternelle question de Jésus et des évangiles qu’il nous faut entendre et réentendre, année après année, pour que petit à petit cette Bonne Nouvelle du salut transforme nos cœurs et qu’elle transforme, du coup, ce monde qui est le nôtre.

Nous croyons que Dieu veut sauver tous les hommes ; il veut me sauver, moi Christophe ; il veut vous sauver, vous aussi, chacun de vous ; et il veut sauver tout homme et toute femme quels qu’ils soient. Mais pour cela il nous faut l’accueillir, ou plutôt il nous faut apprendre à le reconnaître, nous qui avons foi en lui, le reconnaître et l’accueillir pour dire et devenir sa présence dans ce monde, dans le concret de chaque jour ; dire et devenir sa présence par notre communion à sa présence à lui, par la prière, par l’écoute de la Parole de Dieu, par les sacrements et notamment celui de l’eucharistie, mais aussi par l’écoute et l’accueil du frère, du petit et du pauvre… Dieu vient naître en notre monde, Dieu vient encore nous rejoindre, saurons-nous le reconnaître ? Notre monde a, je crois, besoin de témoins…

Je reviens à nos mages de l’évangile : ils en ont fait des km pour le trouver, ce petit enfant que l’étoile leur indiquait. Ils ont même eu besoin de l’aide d’Hérode pour le trouver et l’adorer, Hérode dont on ne peut pas dire que les intentions envers Jésus étaient très bienveillantes, Hérode qui a pourtant été de ceux qui ont permis à ces visiteurs venus de loin de trouver et de reconnaître Jésus. Que savaient-ils, nos mages, de Jésus, on ne sait pas trop. Mais ils ont tout compris : il est le roi des Juifs, disent-ils, ce roi d’un Royaume nouveau qu’il nous faut apprendre à reconnaître déjà en germe et qui nous est confié pour qu’il advienne toujours plus et réellement dans notre monde. Et ce roi, Jésus, ils lui offrent ces trois cadeaux qui nous disent son identité et sa mission : avec l’encens, l’encens du Temple, nous voilà invités à reconnaître que Jésus est celui qui fait le lien entre Dieu et les hommes, Dieu qui se fait homme pour nous ouvrir le chemin vers le Père ; avec l’or, c’est cette royauté de Jésus qui nous est rappelée, sauf que ce n’est pas un roi de puissance, un roi qui s’impose, non, mais un petit bébé, fragile, un Dieu qui a besoin qu’on prenne soin de sa présence, en nous et dans ce monde, qu’on prenne soin de sa présence pour qu’il puisse grandir et permettre à chacun d’entendre ou d’expérimenter la Bonne Nouvelle du Salut ; la myrrhe, enfin, un cadeau étonnant, ce parfum pour embaumer les morts, comme pour nous dire déjà ce lien entre la mort et la vie, cette mort déjà annoncée alors que la vie commence ; une sorte d’annonce de la résurrection, comme si on nous disait : la mort et la vie sont complètement liées, mais ne vous y trompez pas, la mort n’est pas la fin de la vie, elle est présente au cœur de toute vie, cette vie qui nous dépasse, cette vie qui nous traverse, cette vie qui sera plus forte que tout mal et que toute mort.

Alors, dernière question pour nous ce soir/matin : qu’avons-nous, aujourd’hui, à offrir à Jésus, lui qui vient aujourd’hui encore à notre rencontre, lui que nous allons accueillir en nous par le mystère de l’eucharistie ? Qu’avons-nous à lui offrir ? Peut-être que nous pouvons déjà lui offrir notre adoration, cette adoration des mages, cette adoration qui est présence, notre présence silencieuse, notre reconnaissance en sa présence à lui… Nous tenir dans le silence, l’attente et la contemplation, c’est ce que nous pouvons faire dès maintenant… Être juste là, en silence, pour nous ouvrir à une présence et nous laisser habiter par cette Bonne Nouvelle que nous sommes, chacun, aimé(s) de Dieu.

Publié dans Homélies

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