Homélie dimanche 16 février 2014

Publié le par Christophe Delaigue

6ème dimanche du Temps Ordinaire / Année A

BJ Notre-Dame (samedi soir) / BJ St Jean-Baptiste

Si 15,15-20 / Ps 118 (119) / 1Co 2,6-10 / Mt 5,17-37

Le problème d’un évangile comme celui qu’on vient d’entendre c’est que soit ça nous choque dès le début et on n’écoute pas, soit ça nous intrigue et on veut bien quand même faire un petit effort, même avec scepticisme… J’espère que vous êtes dans la 2ème catégorie… En tout cas on va essayer de comprendre. D’autant plus que ce n’est pas juste une belle histoire que nous raconterai Jésus, si j’ose parler de belle histoire, mais c’est Parole de Dieu, c’est Bonne Nouvelle… On a même chanté « Alleluia », « Réjouissons-nous », c’est-à-dire réjouissons-nous de ce que Jésus veut nous dire…

Je pense qu’on aurait préféré entendre autre chose… Alors qu’est-ce que Jésus veut nous dire ? Le 1er appel qui nous est adressé c’est un appel à la justice, que notre justice surpasse celle des scribes et des pahrisiens. Les scribes et les pharisiens, ce sont ceux qui connaissent bien la Loi et donc ceux qui l’appliquent. Jésus ne vient pas abolir la Loi, on l’a entendu, il vient l’accomplir – on l’entend souvent cette expression. Il nous appelle à plus que la Loi, il nous appelle à vivre non pas le seul cadre des mots de la Loi, mais à la vivre dans son intention profonde, la vivre avec le cœur. Rappelez-vous par exemple quand il nous dit que c’est le sabbat qui est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat. La Loi est donnée comme des repères pour vivre, mais elle ne doit pas devenir un chemin de mort et d’exclusion. Ça pourrait s’appliquer à toutes les règles que nous nous donnons aujourd’hui encore dans la vie ecclésiale – ce que le pape François n’arrête pas de nous suggérer par des petites phrases ou des gestes concrets.

Ainsi, dit Jésus, notre justice ne doit pas être seulement une conception fermée de la Loi et des règles qui nous sont données… Sauf que la question sera de savoir ce qu’il entend exactement par « justice ». Réponse avec l’exemple qu’il prend : il a été dit de ne pas commettre de meurtre – ce qu’on comprend bien car qui d’entre nous peut décider de la valeur de la vie de telle ou telle personne, de sa naissance à sa mort d’ailleurs – ; eh bien Jésus va plus loin : il y a des situations où c’est mortel ce qui se vit, au sens figuré peut-être, au sens symbolique : tout homme qui se met en colère, par exemple, nous dit Jésus, est en train de commettre une forme de meurtre. Sans doute qu’il faudrait s’accorder sur ce qu’il met derrière ce mot colère car lui-même se mettra en colère, un jour, dans le Temple, pour s’élever contre les profiteurs. Tout sera donc dans l’intention. Il y a des attitudes les uns envers les autres qui sont mortelles, qui sont chemin de mort pour l’autre ; on le voit aussi avec l’autre exemple qu’il prend sur l’adultère et sur le fait de désirer l’homme ou la femme d’une ou d’un autre. Je le redis, il y a des attitudes qui sont chemin de mort ; or Jésus nous appelle à la vie, il nous appelle à être des ressuscités et des ressuscitants les uns pour les autres, c’est tout l’enjeu de l’appel à aimer qui est vraiment le cœur de l’évangile, le cœur de son message, le cœur de sa vie.

Et nous le savons, qui peut aimer en vérité sans vivre des chemins de réconciliation ? Jésus en parle d’ailleurs dans l’évangile que nous venons d’entendre : « lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel – ce que nous allons faire dans quelques instants –, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite reviens présenter ton offrande »… Qui d’entre nous, en vérité, pourrait rester là, sans sourciller à cette parole… pour de vrai… ? Demandons-nous quelles sont ces réconciliations qui nous sont difficiles, ces réconciliations que nous n’arrivons pas à vivre, voire que nous n’avons même pas envie de vivre ?

Je ne suis pas en train de juger quiconque, évidemment, je suis comme vous, en chemin, en chemin de résurrection et de salut, appelé comme chacun d’entre vous à me laisser transformer par l’Evangile parce que je crois que c’est Bonne Nouvelle et donc chemin de vie… Mais franchement, pour de vrai, quelles sont pour chacun de nous ces réconciliations difficiles et douloureuses qui nous empêchent d’être vraiment en adéquation avec l’évangile de ce jour ? Voilà peut-être ce que nous avons à présenter au Seigneur tout à l’heure… Voilà ce que nous devons déposer tout à l’heure avec le pain et le vin que nous allons offrir à Dieu, ce pain et ce vin qui vont devenir, par notre prière à l’Esprit Saint, cette présence de Jésus qui vient nous pas pour les justes et les biens portants mais qui vient pour les malades et les pécheurs…

C’est vrai que la suite de son propos est difficile à entendre aussi et que ça a peut-être quelque chsoe de choquant, mais l’intention de Jésus c’est de nous provoquer, c’est qu’on se bouge, c’est qu’on prenne conscience que nous avons besoin de lui, de sa présence, de sa grâce, de son aide. L’intention de Jésus c’est qu’on arrête de se croire supérieurs aux autres et qu’on les juge. Il veut que nous regardions notre vie en vérité ! Pas pour culpabiliser ou pour nous apitoyer sur nous-mêmes, non ; mais juste pour que nous prenions conscience qu’il peut nous aider et que l’enjeu de notre vie ce n’est pas d’écraser les autres ou nous croire meilleurs mais c’est de décider pour de vrai de prendre soin les uns des autres, décider pour de vrai de vivre l’Evangile et de croire pour de vrai que tout seul c’est trop dur, qu’il nous faut mendier sa présence, sa force, son aide. Tout simplement parce qu’il croit en chacun de nous et même il croit qu’en chacun il y a du bon et du beau à faire éclore et dont il faut prendre soin… Mission exigeante, c’est vrai, mais mission qui nous est confiée et pour laquelle il nous donnera ce dont nous avons besoin, à condition que nous le lui demandions, à condition que nous y croyions, à condition que nous le voulions bien… Mais je le redis, pas comme quelque chose de sur-humain, mais comme un possible qui nous est donné, même dans nos fragilités et nos difficultés à vivre pour de vrai l’Evangile.

Vivre l’Evangile – je terminerai par là – c’est regarder l’autre avec amour et confiance – pour cela il faut des yeux purs d’intention – et vivre l’Evangile c’est prendre soin de l’autre – et pour cela il faut des mains pleines de tendresse – ; alors je prie pour que les borgnes en puissance ou en actes que nous sommes et que les manchots, que nous sommes aussi spirituellement, acceptent de mendier auprès de Jésus sa force et sa présence, dans cette confiance que ses appels sont chemin de vie.

Publié dans Homélies