Homélie dimanche 16 mars 2014

Publié le par Christophe Delaigue

2ème dimanche de carême / Année A

Ruy (avec l’Hospitalité Dauphinoise)

Gn 12,1-4a / Ps 32 (33) / 2Tm 1,8b-10 / Mt 17,1-9

Ce qui m’intéresse avec ces textes, pour nous, c’est qu’on se demande et qu’on comprenne comment ça peut éclairer ce temps de carême qu’on est en train de vivre… Par exemple, j’aime cet appel d’Abraham de la 1ère lecture. Pas parce que c’est beau, parce que c’est radical ou parce que ça dit quelque chose de très important sur ce que c’est la foi. Mais de ça me dit du carême comme temps qui m’est donné pour entendre Dieu qui m’appelle, et notamment Dieu qui m’appelle à quitter ce qui fait ma vie de d’habitude dans mes certitudes et mes conforts, dans mes désirs de toute-puissance aussi, pour entrer dans une confiance renouvelée en lui, et Dieu qui m’appelle à quitter la routine du quotidien pour entendre un appel qu’il veut m’adresser aujourd’hui.

Quel appel ? Je ne sais pas, en tout cas je ne peux pas savoir d’avance. La question elle est plutôt : quels moyens je vais me donner pour vivre cet appel à quitter, à sortir de la frénésie du quotidien pour me centrer sur l’essentiel, cet essentiel que sont Dieu et mon prochain qui est là, pas très loin, à mes côtés… Je ne sais pas comment Abraham a entendu l’appel de Dieu. Ce qui nous est dit c’est que ça l’a mis en route, de façon un peu folle et étonnante. Il fait confiance, il y va.

Pour nous, je crois que Dieu peut nous permettre que ce temps de carême soit vraiment une chance, un cadeau, pour notre vie spirituelle et notre vie tout court. Mais il faut qu’on lui fasse confiance, et qu’on y aille, qu’on décide de s’y mettre. Parce que ça va passer très vite, et dans quelques semaines à peine nous seront déjà à Pâques, et ça risque de passer au milieu du reste, l’air de rien, parce que tout va trop vite… La question c’est comment allons-nous vivre ce temps du carême, comment en faire ce que j’ai envie d’appeler un temps de grâce, un temps béni, une chance, un temps où Dieu veut et va passer dans ma vie pour me renouveler de sa présence et de cette Bonne Nouvelle qui est tellement dure à faire nôtre pour de vrai qu’est cette Bonne Nouvelle de la résurrection de Jésus… Comment nous préparer à l’entendre pour de vrai comme une nouvelle qui est bonne et qui peut faire sens au cœur de ce que nous vivons aujourd’hui ? L’enjeu c’est de se donner les moyens de l’entendre pas seulement à moitié, d’une oreille, ou pas seulement comme une idée, des mots, mais bien de l’entendre avec le cœur, avec les tripes, une Bonne Nouvelle au cœur de ce que je vis aujourd’hui…

Comme Abraham, nous sommes appelés à faire confiance que Dieu va nous mener quelque part… Et comme Abraham, nous sommes appelés à décider d’y aller, sans trop en savoir plus…

D’ailleurs, dans l’évangile, c’est un peu du même ordre ce qu’on a entendu. Jésus invite ses proches que sont Pierre, Jacques et Jean à le suivre, à prendre de la hauteur par rapport au quotidien, à s’extraire de la routine ou de la frénésie de chaque jour. Et là, il leur donne de vivre une expérience spirituelle forte qui est de l’ordre d’une rencontre. La rencontre qu’ils font avec l’identité réelle et profonde de Jésus, une rencontre au cœur de cette autre rencontre complètement surréaliste qu’est celle de Jésus avec ces deux personnages que sont Moïse et Elie, les deux grandes figures qui annoncent qui est Jésus : le sauveur, comme Moïse, et le prophète par excellence, celui qui parle au nom de Dieu et qui vient rassembler le peuple, celui sur qui la mort n’aura pas de prise, comme Elie qui est monté au ciel sans mourir et qui devait revenir pour annoncer le sauveur promis par Dieu…

C’est au cœur de cette expérience spirituelle sans doute déroutante et difficile à mettre en mots que Jésus leur laisse entrevoir qui il est vraiment et quel est l’horizon de sa venue sur terre, à savoir la victoire de la vie sur tout mal et sur toute mort. C’est justement l’horizon de notre carême, c’est justement cette Bonne Nouvelle qui pourrait malheureusement sonner comme des mots vides ou comme une belle idée ou alors que nous pouvons décider d’entendre comme une nouvelle bonne que Dieu veut nous adresser aujourd’hui, au cœur de ce que nous sommes en train de vivre.

Comment faire, comment prendre nous aussi un peu de hauteur, comment nous extraire du quotidien ? Comme Abraham, je le redis, en faisant confiance et en le décidant – 1ère étape – mais ensuite en s’en donnant les moyens. Nous avons plusieurs à portée de main suggérés par notre évangile : le prière et la Parole de Dieu. C’est au cœur de la prière que nous pourrons faire une expérience spirituelle de l’ordre d’une rencontre avec Dieu… Peut-être que nous ne comprendrons pas ce qui se joue pour nous, peut-être que nous aurons l’impression qu’il ne se passe pas grand chose, peut-être au contraire que nous allons pressentir des appels de vie ou vivre quelque chose de fort du type d’une présence qui est là… Nous ne pouvons pas savoir, nous verrons après coup… Mais il faut y aller…

Et si prier c’est à la fois partager à Dieu qui est là comme quelqu’un qui m’attend ce qui fait ma vie, avec mes joies et mes peines, mes questions, mes doutes aussi ou mes révoltes, prier c’est aussi décider de se tenir là, simplement, dans le silence, dans l’écoute de ce qui m’habite et de ce qui pourrait advenir. Juste dans cette confiance qu’il y a quelqu’un qui m’attend, quelqu’un qui m’aime, quelqu’un qui a quelque choses à me souffler au creux de l’oreille, l’oreille du cœur. Et si le silence me paraît trop dur, alors pourquoi ne pas se mettre à l’écoute de ce que Moïse, Elie et Jésus incarnent, à savoir la Parole de Dieu ? Tout simplement prendre le texte du jour ou du dimanche suivant et le lire patiemment, en demandant au Seigneur qu’il m’éclaire et qu’il me donne d’entendre dans ces mots quelle parole je pourrais « ruminer » au long de ma journée et quel appel il m’adresse peut-être.

Pourquoi ne pas envisager aussi de nous retrouver à quelques uns pour entendre ensemble cette Parole, ce qui m’est dit de Dieu et de Jésus et qu’est-ce qu’il peut me dire à moi aujourd’hui ? Ça s’appelle une Fraternité locale… Là aussi, il suffit de le décider, de faire confiance et de s’y mettre… J’insiste, vraiment !

Pour l’heure, laissons tout cela résonner en nous et confions au Seigneur ce que cela éveille. Nous lui demandons sa lumière…

Publié dans Homélies

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