Tentations et miracles...

Publié le par Christophe Delaigue

Tentations et miracles...

Le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie (primat de l'Eglise orthodoxe russe de Moscou) vient de publier, en Français (son premier dans notre langue), un livre de Méditations de Carême, dans lequel on trouve une homélie sur ce qui est pour nous catholiques l'évangile de ce 1er dimanche de carême, les tentations de Jésus au désert.

Je vous en partage un extrait :

"[...] Il y a un paradoxe dans la vie du Christ : les prodiges qu'il faisait impressionnaient, bien sûr, ceux qui en étaient témoins, mais pour un temps seulement (...). Jusqu'à la fin de sa vie, jusqu'à l'interrogatoire chez le grand-prêtre, on exige de la part de Jésus qu'il fasse de nouvelles démonstrations de son caractère messianique : "Donne-nous un signe : prouve-nous que tu es le Fils de Dieu !" (...)

Rien n'a changé aujourd'hui : pour croire en Dieu, les gens exigent des miracles, des signes, des preuves. Mais des miracles ont lieu tous les jours, on ne les voit pas, on n'y croit pas. Ce ne sont pas les bons miracles. Comme disait le Seigneur : "S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, m^eme si quelqu'un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus" (Lc 16,31).

Dans un vrai miracle les lois de la nature ne sont pas supprimées, mais elles sont transcendées, la volonté de Dieu leur donne une nouvelle dimension qui permet à un malade de retrouver la santé et aux morts de revenir à la vie, au-delà de tout espoir. Mais le miracle n'est pas une puissance dont Dieu se servira pour inciter les gens à croire. Le miracle est la manifestation de l'amour de Dieu qui répond à la prière de l'homme.

N'est-ce pas un miracle que nous soyons rassemblés ici, en ce début de XXIème siècle, à quelques mètres du Kremlin (...), nous qui sommes unis par la même foi, la foi que nos prédécesseurs ont préservée, la foi pour laquelle tant de martyrs ont versé leur sang, il y a quelques décennies encore ? N'est-cepas un miracle de Dieu ? Pourquoi nous en faudrait-il un autre ? Et si nous continuons à croire, malgré tous les obstacles, ce n'est pas parce que nous avons été impressionnés, ou parce que notre imagination est frappée par des signes et des prodiges, mais parce que nous avons fait l'expérience de l'efficacité, de la vitalité, de la réalité de notre foi. Nous croyons, parce que nous avons vraiment rencontré Dieu dans notre vie et parce qu'il nous répond dans la prière, nous délivrant du désespoir et du pessimisme. Par la foi nous devenons plus forts. Nous ressentons parfaitement cette force, elle est comme un vent de l'Esprit qui gonfle les voiles de notre barque pour la faire avancer.

​Jusqu'à la fin des temps il y aura des croyants et des non-croyants qui demandent des preuves et des signes. Mais pour nous, l'argument le plus fort en faveur de la foi, c'est le témoignage de l'Evangile. C'est lui qui nous a incités à ouvrir notre coeur à Dieu. Ce Dieu auquel nous croyons ne transgresse pas les lois physiques pour frapper l'imagination humaine. Il ne s'immisce pas dans la vie des hommes avec des jugements immédiats et des sanctions foudroyantes, il ne châtie pas instantanément les fautes et il ne récompense pas immédiatement les vertus. Dieu n'empêche même pas que les hommes soient soumis à la tentation, aux épreuves, aux souffrances, parce qu'il les a lui même endurées. Mais en réponse à notre foi et à notre prière, Dieu nous accorde une force immense, il donne un sens à notre vie, il nous ouvre la perspective de l'éternité. Cette perspective offre à notre existence un idéal, un objectif qui font que l'homme soit un être si particulier dans l'univers."

[Homélie prononcée le 25 janvier 2014 à l'église Sainte Tatiana de Moscou.]

Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie, La conversion au Royaume de Dieu. Méditations de Carême, Editions Sainte-Geneviève, février 2014, p.229-233 (304 pages, 25 €).