Homélie dimanche 4 mai 2014

Publié le par Christophe Delaigue

Homélie dimanche 4 mai 2014

3ème dimanche de Pâques / Année A

Bourgoin St Jean-Baptiste (avec sacrement des malades)

Ac 2,14.22b-33 / Ps 15 (16) / 1P 1,17-21 / Lc 24,13-35

Vous m’excuserez, je ne peux pas entendre ce texte aujourd’hui sans l’entendre en écho à ces trois jours que je viens de vivre avec les communautés de France de l’Arche de Jean Vanier qui fêtait à Paray-le-Monial ses 50 ans d’existence.

Ce texte, cette histoire, c’est l’histoire d’une rencontre. Une rencontre entre deux hommes qui sont tristes, désespérés – et donc souffrants, d’une certaine façon –, entre ces deux hommes et cet autre personnage dont ils vont finir par découvrir, petit à petit, patiemment, que c’est Jésus, Jésus ressuscité.

Jésus se dévoile, progressivement, dans la rencontre. Il est là, il est présent. Alors même que c’est apparemment et humainement impossible. Sa présence va se révéler petit à petit, dans la rencontre, dans la mise en mots, dans l’écoute de ce que ces deux hommes ont vécu et dans l’écoute ou la mise en résonnance de la Parole de Dieu et de qui est Jésus aussi.

Une rencontre où la présence de Dieu se révèle et se comprend avec le cœur, dans la foi.

Homélie dimanche 4 mai 2014

A l’Arche, c’est ce qui est vécu. Jean Vanier a fondé la première communauté il y a 50 ans, puis les suivantes, tout simplement pour suivre Jésus et le découvrir dans les plus petits et les exclus, tout simplement pour vivre l’évangile. Et à l’Arche, c’est dans la rencontre de l’autre et dans le vivre ensemble, dans le quotidien, que la Vie se donne et qu’une présence peut se dire, se découvrir, se révéler.

Entre nous, dans la rencontre, le dialogue, la mise en mots ensemble de nos blessures, nos questions, nos doutes, nos révoltes, il y a quelqu’un, quelqu’un qui est là ; il y a plus grand que nous seuls ; il y a des appels de la Vie. Il y a, je crois, Dieu qui est là. Nos yeux ne le voient pas, notre tête n’y comprend peut-être rien, mais notre cœur le pressent, le ressent. Et nous pouvons dire nous aussi : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant… » ?

Ça m’impressionne beaucoup cette phrase qu’on a entendue dans l’évangile. C’est du même ordre que l’expérience amoureuse. Ça brûle en moi, ça vibre. Alors même que je ne vois rien, qu’il n’y aura aucune preuve. Pour la foi, comme pour l’amour…

Cette expérience de rencontre et d’une présence, figurez-vous que si c’est ce que nous sommes appelés à vivre ensemble, concrètement, dans une rencontre vraie et concrète entre nous, que ce soit dans les équipes de services où nous sommes peut-être engagés dans la paroisse ou que ce soit dans ces petites Fraternités locales dont je crois qu’il est vraiment urgent pour l’avenir que nous les mettions en place dès maintenant, et où nous allons justement vivre la rencontre et l’écoute de la Parole qui révèle Jésus qui est là, eh bien figurez-vous que cette expérience de rencontre et d’une présence c’est justement ce que nous célébrons à chaque eucharistie et plus largement dans chaque sacrement : au cœur de ce que nous vivons chacun et ensemble, nous mettant à l’écoute de la Parole de Dieu et de ce qu’elle révèle en nous d’appels de la Vie, eh bien Jésus est là, Jésus qui vient nous rejoindre, Jésus qui veut vivre avec nous pour porter avec nous nos joies et nos peines, Jésus qui veut être notre force de vie et d’amour, cette force pour vivre et avancer, Jésus qui se fait pour cela nourriture par le pain et le vin sur lesquels nous allons prier ; Jésus, enfin, qui a besoin de nous pour vivre concrètement la rencontre, l’écoute et la prise en soin de l’autre qui est là.

Nous sommes et nous devenons sa présence. Par notre communion au sacrement de sa présence il vient en nous, il vient nous rejoindre comme à Emmaüs, pour que nous devenions concrètement sa présence aimante.

J’aime cette phrase de Jean Vanier que j’avais entendue il y a quelques années à Grenoble, lors d’un rassemblement de jeunes juste avant la fondation du premier foyer ; Jean Vanier nous avait dit : « Jésus ne nous demande pas seulement de dire aux gens que Dieu les aime, mais il nous demande surtout et d’abord de les aimer concrètement, au nom de Dieu et de l’évangile ! »

C’est l’expérience de Jean Vanier à l’Arche, c’est aussi et surtout le cœur de l’évangile et du message de Jésus, et c’est exactement l’expérience qui a été vécue à Emmaüs : nos deux hommes se sont laissé rejoindre et relever, ils se sont laissé remettre en chemin de confiance et d’espérance, et ils vont pouvoir annoncer à d’autres que Jésus est ressuscité et vivre concrètement cette présence pour d’autres, le permettre pour d’autres et avec d’autres.

C’est aussi ce que nous allons célébrer dans quelques instants avec ce très beau sacrement des malades. Au cœur de l’épreuve de la souffrance, de la vieillesse et de la solitude, de la maladie, confier nos désespérances peut-être, nos peurs aussi, pour entrer dans une confiance et dans la rencontre mystérieuse, avec le cœur, que Dieu est là, et découvrir qu’en nous, quoi qu’il arrive, il y a de la vie, et même qu’il est, lui Dieu, force de vie, quoi qu’il arrive. Et que ça pourrait même faire advenir en nous et autour de nous, comme à Emmaüs, de la joie, de la joie véritable…

Je ne sais pas où nous en sommes les uns et les autres sur ce chemin d’Emmaüs ; du questionnement et de la tristesse à la reconnaissance d’une présence aimante et d’une joie intérieure ou d’une paix du cœur, où que nous en soyons, prenons le temps de confier au Seigneur tout ce qui bouillonne en nous, dans notre cœur, tout ce qui est brûlant, même, en nous. Prenons le temps de lui confier tout cela dans le silence de notre cœur. Car Dieu est là, il est toujours déjà là avec nous.

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