Homélie 15 août 2014 - Assomption de Marie

Publié le par Christophe Delaigue

Vendredi 15 août 2014 - Assomption de la Vierge Marie / Année A

Chèzeneuve (fête communale)

Ap 11,19a ; 12,1-6a.10ab / Ps 44 (45) / 1Co 15,20-27a / Lc 1,39-56

Vous aurez peut-être remarqué que les textes qu’on vient d’entendre n’ont apparemment pas grand rapport avec ce que nous fêtons, si ce n’est que l’évangile nous parle bien de Marie, tout comme la lecture de l’Apocalypse y a fait allusion…

Quelle est la raison à cela ? La raison, elle toute simple, c’est parce que dans les évangiles il n’y a rien qui nous parle de l’Assomption de Marie. Rien. On ne sait rien de sa fin de vie et encore moins de son éventuelle ‘résurrection’. Ça n’intéresse pas les rédacteurs du Nouveau Testament ; non pas que ce ne soit pas important ou intéressant mais c’est d’un autre ordre de ce qui, pour le coup, est le cœur de notre foi et du message des évangiles, à savoir la mort et la résurrection de Jésus et tout ce qui en découle, tout ce qui a suivi avec la naissance et le développement des 1ères communautés chrétiennes.

Pourquoi, du coup, est-ce qu’on fête l’Assomption de la Vierge, pourquoi est-ce que les chrétiens se rassemblent pour une messe en l’honneur de "quelque chose" que les évangiles ne racontent pas ?

Depuis les 1ers temps de l’Eglise, Marie est vénérée, tout simplement parce que sans elle nous n’aurions pas accueilli Jésus, sans elle nous n’aurions pas accueilli le Salut. C’est justement ce que nous raconte ce texte d’évangile qu’on vient d’entendre avec Marie, enceinte, qui déjà va porter la Bonne Nouvelle à ses proches, en l’occurrence Elisabeth. Marie a toujours été vénérée dans l’Eglise parce qu’elle tient une place toute particulière dans le projet de Dieu. Très tôt on s’est demandé comment elle avait pu mourir. Et très vite la Tradition en est venu à se dire que la mère du Sauveur, la Mère de Dieu, n’avait pas pu mourir comme tout le monde, en raison de son « statut » particulier – elle est quand même celle qui a porté en elle, en son corps, celui que nous croyons être le Sauveur. Nos frères Orientaux ont parlé de la ‘Dormition’ de la Vierge ; ça veut dire que Marie s’est endormie – j’ai envie de dire comme tout le monde – mais que son corps, qui avait porté Dieu lui-même en la personne de Jésus, n’a pas pu connaître la dégradation de la mort. En Occident on a parlé de l’Assomption de Marie, le fait qu’elle monte sans mourir auprès du Père et de son Fils – il fallait bien que son corps aille quelque part.

Tout ça est un peu rapide, je vous l’accorde, c’est la suite de ce que je veux vous dire qui est importante. Fêter l’Assomption de Marie, aujourd’hui, c’est fêter le don du Salut qui nous a été fait grâce à elle, c’est fêter l’accueil de Jésus qu’elle a accepté et qui a permis à Dieu de nous venir nous rejoindre et nous livrer son message d’amour et de pardon. Grâce à Marie, grâce au ‘oui’ de Marie, Jésus, si nous mettons notre confiance en lui, peut nous libérer de ce qui emprisonne nos vies et nos cœurs. Je rajoute immédiatement que ce n’est pas que grâce à elle mais c’est aussi et surtout parce que Jésus est ressuscité. Du coup, fêter l’Assomption de Marie c’est surtout fêter, par elle, la résurrection du Christ, cette résurrection qui nous est promise même si nous ne savons pas toujours ce que ça va être très concrètement. Vous aurez remarqué que la 2ème lecture nous a justement parlé de la résurrection de Jésus.

Cette résurrection que Marie a dû vivre de façon toute particulière, elle nous est promise à nous aussi. Elle concerne l’au-delà, la vie après la mort, comme pour Marie, une promesse qui est une espérance et qui peut être un vrai moteur de vie ; mais une promesse qui nous concerne d’ores et déjà pour notre vie de tous les jours, chaque fois que la vie est plus forte que tout mal et que toute forme de mort, comme nous l’a rappelé la 1ère lecture, dans le livre de l’Apocalypse : « Voici maintenant le salut »… Maintenant…

On pourrait se demander, du coup, quelles sont les résurrections de notre vie de chaque jour ? Je pense spontanément à toutes ces fois où nous permettons à quelqu’un qui nous entoure de se relever dans la vie ; ce peut être par les soins ou l’attention que nous lui portons ou alors par le regard que nous pouvons avoir et qui peut rendre à cette personne une dignité qu’elle aurait cru avoir perdue. Vous relirez et vous méditerez le chant de Marie dans l’évangile de ce jour : sommes-nous prêts à le vivre pour de vrai, dans sa radicalité, à vouloir mettre en œuvre tout cela ? Car le Seigneur a besoin de nos mains d’hommes et de femmes pour vivre concrètement ce qui est annoncé dans ces lignes

Autre forme de résurrection, c’est le pardon : par la reconnaissance du mal que nous avons subi mais surtout par la reconnaissance de celui que nous faisons et par le fait de le déposer au Christ dans la célébration du sacrement, lui le Christ nous libère de ce poids qui peut nous paralyser ou même nous asphyxier sans que nous nous en rendions toujours compte ; le Christ vient nous donner son pardon et sa paix pour que nous puissions vivre pleinement, au-delà du mal que nous avons pu commettre, au-delà aussi de la culpabilité mortifère dans laquelle il nous arrive de nous enfermer. Et il veut à notre tour nous rendre acteurs de pardon et de paix autour de nous. On sait bien qu’il y en a tellement besoin, dans nos familles, nos communautés, notre pays même et dans le monde…

La résurrection dans notre vie de chaque jour, c’est encore toutes ces fois où nous nous mettons en route comme Marie dans notre évangile pour aller à la rencontre de l’autre qui en a besoin, l'autre quel qu'il soit. Toutes ces fois où nous mettons en pratique le commandement de l’amour que Jésus nous a laissé au soir du Lavement des pieds : habitée par Jésus qui est déjà là en elle, comme un trésor enfoui, Marie se lève en hâte – en Grec c’est le même mot qu’on traduit par ‘ressusciter’ – Marie se lève et se met en route pour aller rejoindre Elisabeth et se mettre, sans doute, à son service – je vous rappelle que qu’Elisabeth est très âgée et Marie reste visiblement auprès d’elle jusqu’à la naissance de Jean-Baptiste ; Marie vit déjà de cet appel à l’amour et au service que le Christ nous laissera ensuite.

En cette fête de l’Assomption de Marie, nous pouvons prier pour que nous sachions comme Marie accueillir le Christ en nous, Jésus, et notamment à chaque eucharistie, comme ce matin ; qu’il soit notre force, notre salut, pour ce que la vie nous donne de traverser, et qu’il soit notre force pour l’annoncer et surtout pour vivre concrètement les appels de l’évangile, toujours plus, toujours mieux…

Publié dans Homélies