Homélie dimanche 10 août 2014

Publié le par Christophe Delaigue

19ème dim. du Temps Ordinaire / Année A

St Jean-Baptiste BJ

1R 19,9a.11-13a / Ps 84 (85) / Rm 9,1-5 / Mt 14,22-23

A la lecture ou à l’écoute d’un tel récit, il y a beaucoup de gens qui s’interrogent si de telles histoires sont vraies, si ça s’est vraiment passé comme ça. Pour vous dire vrai, je ne me pose pas ce genre de questions, parce que ça nous obligerait à nous demander ce que ça veut dire ‘que ce soit vrai’ : est-ce que c’est seulement ce qui est prouvable, historiquement ou scientifiquement, ou est-ce que ce ne serait pas aussi ce qui fait sens dans notre vie, ce qui donne du sens à notre vie.

Est-ce que Jésus a bien marché pour de vrai sur les eaux, et Pierre après lui, ou pas ? Je ne dis pas que cette question n’est pas légitime – d’autant que certains d’entre vous se la posent peut-être, et vous avez le droit, évidemment ! – ; par contre je crois que ce n’est pas la bonne question, en tout cas que ce n’est pas forcément cette question là qui peut nous aider à grandir dans notre foi et à avancer dans notre recherche d’un sens à la vie.

Je ne suis pas sûr que ce soit la bonne question parce que si Jésus est bien Dieu en tant qu’il est Fils de Dieu, alors sans doute qu’il peut marcher de toute façon sur les eaux, s’il le faut ; et si Jésus est bien Dieu, alors sans doute peut-il faire en sorte que Pierre y arrive lui aussi, si c’est ce dont Pierre a besoin pour croire. Mais à ce moment là, moi je dis : « pauvre Pierre, il est bien comme nous parfois » ; parce que ça veut dire qu’il a besoin d’extraordinaire et de magique pour croire, il a besoin de preuves ; or la foi c’est d’abord et avant tout une question de confiance.

Je ne dis pas évidemment qu’il n’y a pas de miracles dans l’histoire de l’Eglise ou même parfois dans nos vies, je dis juste que croire c’est d’abord une histoire de confiance, une confiance qui ouvre nos cœurs et qui, du coup, peut libérer des forces de vies parfois insoupçonnables…

La 1ère lecture ne dis pas autre chose que cela. Elie fait l’expérience que Dieu n’a rien à voir ni avec les évènements grandioses qui peuvent changer la face de la terre ni avec les catastrophes qui nous tombent dessus, mais que Dieu est là, discrètement, comme dans une brise légère, une brise qui nous frôle et dont nous pouvons parfois sentir imperceptiblement qu’elle nous fait du bien ; tout comme il nous arrive malheureusement de ne pas la sentir alors qu’elle est pourtant bien présente. Dieu est comme cette brise légère qui caresse Elie ; littéralement, le texte dit même que Dieu passe dans « le bruit d’un silence ténu ». Dans du pas grand chose de palpable…

C’est si discret que c’est pour cela qu’il nous arrive de prendre peur quand les tempêtes nous assaillent et c’est pour cela qu’il nous arrive de croire soit que Dieu nous abandonne soit que nous nous sommes trompés et qu’il n’existe pas.

Dans notre Evangile de ce jour, Jésus se retire – on nous dit qu’il avait besoin de prendre le temps de la prière dans le calme du silence de la montagne – ; il avait besoin de prendre de la hauteur, et voilà que les disciples se retrouvent dans la tempête. Sans Jésus, la tempête se déchaîne. Est-ce que ça n’est pas un peu pareil dans nos vies ? Est-ce que ça ne nous paraît pas un peu trop lourd parfois au point que nous nous rendons compte que nous avons laissé Dieu de côté ou que nous nous demandons ce que fait Dieu et où est Dieu ? Moi je me rends compte à ma toute petite échelle que les journées sont biens plus apaisées et les problèmes bien moins tempétueux quand j’arrive dans ma journée – le matin notamment – à me donner les moyens de prendre le temps de la prière, la prière silencieuse, l’oraison, c’est-à-dire quand je me donne le temps de ne pas oublier de recharger les batteries de ma boussole ; et ma boussole, c’est le Christ.

D’ailleurs, dans notre texte, Jésus ne nous dit pas autre chose à propos de Pierre : tant que Pierre a les yeux levés vers lui, tant que Pierre a les yeux fixés sur Jésus, il reste dans la confiance, mais dès qu’il se rend compte de ce qu’il est en train de vivre, dès que son regard se désoriente et se tourne vers les vents forts qui l’assaillent, alors il se détache de Jésus et alors il manque de se noyer et de sombrer.

Quand nous aussi nous traversons des tempêtes ou quand nous aussi nous sommes invités à rejoindre des rives lointaines ou étrangères et que ça nous ferait chavirer tellement ça bouleverse nos habitudes, alors crions vers le Christ, c’est-à-dire prions-le, recentrons-nous sur lui. Faisons nôtre cet appel d’Evangile avec lequel nous sommes entrés en période estivale il y a quelques semaines : « Venez à moi vous tous qui peinez… et moi je vous procurerai le repos »

Il y a des tempêtes dans notre vie ou des peurs, des incertitudes au cours desquelles il n’y a parfois plus que le Christ qui peut les porter avec et pour ceux qui les traversent ; le Christ qui sera là dans chaque geste d’amour et de tendresse que leurs proches et leurs amis pourront avoir pour les accompagner, le Christ à qui ils pourront aussi tout déposer dans le silence de leur cœur, le Christ qui peut nous faire le don de son Esprit pour que nos cœurs trouvent la paix …

En vous disant cela, je pense aux chrétiens d’Irak dont la foi est vraiment le moteur de vie et d’espérance. Mais plus proche de nous, je pense aussi à tant de malades, autour de nous et je repense à l’un ou l’autre que j’ai pu avoir la chance d’accompagner dans mes premières années de ministère comme aumônier d’hôpital, certains en phase terminale d’un cancer ou souffrant de graves traumatismes cérébraux. Certains ont été ou sont témoins pour moi que, malgré tout, ils font l’expérience qu’ils ne sont pas seuls, que Dieu ne les a pas abandonnés qu’il est toujours là avec eux et donc qu’ils peuvent vivre ce qui leur reste à vivre dans la confiance que la vie garde bien un sens.

Ce matin je rends grâce que Pierre ait eu peur. Je ne sais pas si cette histoire est ‘vraie’ au sens historique et scientifique, je ne me pose pas cette question, mais je sais qu’elle est ‘vraie’ parce qu’elle fait sens et qu’elle nous rejoint dans l’expérience et les peurs de ce que la vie nous oblige à traverser. Je rends grâce que Pierre ait eu peur et que le Christ puisse du coup nous inviter à la confiance. Parce que quoi qu’il arrive, je le crois, Dieu se tient là avec nous et le Christ peut porter ce que nous lui confions. Dieu est là même lorsque le silence de son apparente absence semble nous envahir ; Dieu est présent dans le silence, il est là, il est là dans « le bruit d’un silence ténu »… Il est là, il peut passer, dans ce silence que nous luis offrons maintenant.

Publié dans Homélies

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