Homélie dimanche 24 août 2014

Publié le par Christophe Delaigue

21ème dim. du Temps Ordinaire / Année A

Eglise Ste Thérèse, Valence (avec baptême de Pierre-Louis M.)

Is 22,19-23 / Ps 137 (138) / Rm 11,33-36 / Mt 16,13-20

Je vous propose que nous nous arrêtions un peu sur cette question qui nous est posée par Jésus, cette question qui traverse tous les évangiles : « Pour vous, qui suis-je ? ». C’est une question à mon avis incontournable si nous voulons être sérieux avec nous-mêmes. Elle est incontournable parce que si nous nous reconnaissons chrétiens c’est que nous nous reconnaissons disciples à la suite du Christ, de par notre baptême ; et ce matin c’est du coup à chacun de nous que Jésus pose cette question : « Pour toi, qui suis-je ; qui suis-je réellement ? »

La réponse, elle ne tombe pas du ciel, comme ça par hasard – pour Pierre, peut-être, mais pour nous, je ne crois pas ! Cette réponse, elle est le fruit de notre histoire, de ce que nos parents ou d’autres nous ont raconté de Jésus et de ce qu’ils nous ont fait expérimenter de leur vie de foi ; notre réponse, elle est aussi le fruit de nos propres expériences spirituelles et de comment nous nous laissons façonner, petit à petit, par la prière et par le partage de la Parole de Dieu. La question de Jésus « Pour vous, qui suis-je ? » en appelle du coup une autre et même deux autres qui sont les mêmes questions que nous pose aussi le baptême de Pierre-Louis ce matin : (1) qu’est-ce qui m’a fait chrétien, dans mon histoire, qu’est-ce qui m’a façonné et qui m’a fait croyant ? Et puis (2) qu’est-ce qui me fait chrétien aujourd’hui, qu’est-ce qui fait que mon baptême ça n’est pas rien dans ma vie et que ça a du sens ?

Si je regarde ma propre histoire, je vois bien que ce n’est pas mon baptême qui fait de moi un disciple de Jésus. Du moins pas seulement. Ce n’est qu’un point de départ dans ce qui m’a été donné à vivre. Si aujourd’hui je suis croyant à la suite de Jésus, à la suite du Christ – et je suis croyant avant d’être prêtre – c’est bien parce que cette petite graine semée au jour de mon baptême, il y a des personnes qui ont pris soin de l’entretenir, de l’arroser, parfois avec insistance. Et pour le reste, l’essentiel en fait, c’est vraiment de l’ordre du mystère, en ce sens où nous avons dans notre vie des rencontres, des évènements ou même des expériences spirituelles qui ont pu nous marquer, qui nous ont interrogés, qui nous ont peut-être fait poser tel ou tel choix, et qui font finalement que nous sommes là aujourd’hui…

Je reviens à notre évangile, je me suis demandé pourquoi Jésus fait le détour de demander à ses disciples ce que les hommes et les femmes qu’ils croisent disent de lui, qu’est-ce qu’ils disent de qui il est… C’est peut-être tout simplement parce que si nous voulons pouvoir répondre personnellement à la question de Jésus, il nous faut entendre ce que croient et disent ceux qui nous entourent – et pas seulement les croyants ou les chrétiens –, entendre et entrer en dialogue, comme Jésus tout au long des évangiles, tout simplement pour pouvoir nous positionner les uns par rapport aux autres, mais aussi pour pouvoir nous aider à mettre ensemble des mots sur notre foi et même nous soutenir quand nous doutons ou que notre foi pourrait vaciller ; on sait bien que c’est les uns par rapport aux autres et les uns grâce aux autres qu’on se construit ; notre vie, toute ve, est une histoire de liens, justement comme dans la suite de notre texte.

Je reviens à cette question de Jésus, que j’ai envie d’appeler « préparatoire » ; cette question aux disciples, elle permet aussi de se demander si Jésus est pour nous seulement un prophète, aussi grand et important soit-il, ou un maître vie, un maître de sagesse, ce qui serait déjà pas mal, ou s’il y a plus, s’il est plus que cela… On peut d’ailleurs se demander qu’est-ce que ça changerait que Jésus soit un prophète qui nous laisse un message aussi extraordinaire serait-il, ou alors qu’est-ce que ça change qu’il soit plus. Pour le dire autrement, qu’est-ce que ça change pour nous qu’il soit, comme dit Simon-Pierre, « le Fils du Dieu Vivant » ; et qu’est-ce que ça change pour notre vie qu’il soit ressuscité … ?

Je ne veux pas répondre à votre place car c’est bien à chacun, finalement, qu’il revient de trouver des chemins ou des éléments de réponse. Mais quand même, je crois que ça change tout ; ça change tout parce que nous ne sommes pas les disciples seulement d’un message d’amour et de je ne sais quoi, nous sommes disciples de quelqu’un, qui plus est quelqu’un qui n’est pas que du passé, quelqu’un qui nous promet que quoi qu’il arrive il est là, comme une présence. Et concrètement, c’est encore une histoire de lien(s) ! Nous sommes appelés non seulement à témoigner de ce message extraordinaire que nous laisse Jésus, mais surtout nous sommes invités à vivre avec lui – puisqu’il est ressuscité –, nous sommes invités à lui faire de la place dans notre vie, à le chercher, à le prier ; et c’est non seulement son message que nous annoncerons, avec lui, mais c’est aussi sa présence dans notre vie dont nous nous pourrons témoigner.

Et si nous lui faisons de la place, si nous demandons à Jésus son Esprit Saint, alors la mission qu’il laisse à Pierre et à ceux qui croient en lui, Jésus, cette mission de lier et de délier, cette mission d’ouvrir ou de fermer la porte – pour reprendre ce qu’annonçait Isaïe – eh bien ce ne sera pas du seul fait complètement insensé de notre seule responsabilité – ouf ! C’est à vivre avec lui, le Christ, à l’écoute des appels de l’Esprit Saint, en nous mais aussi dans le monde et dans notre écoute de la Parole. Alors nous pourrons œuvrer, à notre mesure, ensemble et avec le Christ, à l’avènement de ce Royaume qu’il nous confie – c’est notre mission de baptisés –, ce Royaume que nous allons tisser par les liens de la Parole à entendre et à proclamer, et par ces liens à vivre concrètement entre nous et autour de nous, chaque jour, en essayant de vivre en réponse à l’appel de Jésus à aimer et à pardonner…

Je m’arrête et je vous laisse avec cette question que Jésus nous pose : « Pour toi qui suis-je ? »… Dans le silence de nos cœurs nous laissons ces mots résonner pour y entendre le Christ qui est là, déjà, et qui nous assure de sa présence pour tout-jour…

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