Penser l'oecuménisme autrement

Publié le par Christophe Delaigue

Penser l'oecuménisme autrement

Voilà un titre qui pourrait être spontanément intéressant ! D'autant que la 4ème de couverture donnait à penser et stimulait déjà la réflexion, invitant à relire Lumen Gentium (Vatican II) mais à la lumière d'un St Thomas d'Aquin dont on sait combien la pensée a marqué la théologie des derniers siècles.

Le livre est apparemment petit et semblait simple. En fait, c'est finalement très spéculatif, ce n'est pas en tout cas de la théologie pastorale, qui serait plus concrète et donc plus accessible sans doute... Si ces pages peuvent être spontanément passionnantes en soi, plutôt stimulantes en tout cas par certains côté et à certains moments, c'est difficile et ça en devient excédant... Sans doute parce que je suis trop marqué par le concile Vatican II et mon désir de dialogue avec l'autre pour vivre ce que Jean-Paul II appelait un "échange de dons".

Dommage en tout cas... car de fait c'est intéressant de se demander ce que veut dire le concile Vatican II quand il parle des autres Eglises chrétiennes non catholiques comme étant dans une communion au Christ que l'auteur de ce petit livre qualifie d'imparfaite, au regard de ce qui serait une communion "parfaite" qu'aurait ou qui serait l'Eglise catholique (entendez : romaine). Peut-il y avoir, comme le dit Vatican II, d'authentiques éléments d'ecclésialité dans les Eglises séparées qui nous disent quelque chose de l'unique Eglise du Christ, qu'est-ce du coup que l'unité qui peut se dessiner entre nous, dans quelle communion au Christ ? L'unité ne peut-elle être qu'un retour, comme le disent d'autres, dans ce qui serait la seule véritable Eglise telle que Jésus la voudrait et donc telle qu'il l'aurait instituée et telle qu'elle s'est développée en Occident au cours des siècles ? La communion peut-elle être au contraire "progressive" ou un chemin, voire dans une certaine diversité envisagée et acceptée ?

Ces quelque mots sont balbutiants, beaucoup plus que les pages de ce petit livre très tranché et pour la lecture duquel il faut franchement s'accrocher...

Ma question après l'avoir lu (ou avoir essayé de le lire et de le comprendre) : est-on obligé de penser théologiquement avec les notions de la scolastique de St Thomas d'Aquin ? Peut-on lire le concile Vatican II et l'encyclique Ut unum sint pour elles-mêmes y compris dans leur nouveauté qui ne plairait pas semble-t-il à St Thomas en tout cas aux théologiens scolastiques qui se réclament de lui ? Ces questions disent je crois la réponse que je suggère...

Jean XXIII lui aussi parlait il me semble de différents cercles concentriques ou d'appartenance à l'Eglise en tant qu'elle est l'Eglise du Christ, le concile affirmant que celle-ci "subsiste dans" l'Eglise catholique, formule énigmatique pour ne pas dire le "est" qui excluait tant de chrétiens croyants au Christ, mais autrement, dans d'autres Eglises ou communautés ecclésiales séparées, pour des raisons historiques, culturelles et familiales d'abord plus que seulement théologiques de l'époque des divisions...

Un livre... intéressant mais finalement un peu pénible... L'auteur, l'abbé Claude Barthe, est prêtre dans le diocèse d'Auch, pour l'Eglise catholique romaine, après avoir été lefèbvriste... Pour lui, c'est finalement clair, il ne peut y avoir d'autre unité que sur le modèle d'un retour dans le giron catholique, à la rigueur dans une diversité assumée telle les ordinariats anglo-catholiques. Rappelons juste au passage que les accords de Balamand de 1993 rejettent l'uniatisme (qui est une forme de retour dans un respect d'une certaine diversité) comme modèle d'unité (certes, c'est dans le cadre du dialogue avec les Eglises orthodoxes, que le document reconnaît comme Eglises soeurs, ce qui pourrait positionner différemment le débat par rapport aux Eglsies et communautés ecclésiales en Occident, l'expression théologique d'Eglises soeurs n'ayant néanmoins pas de sens ou pas de raison d'être ecclésiologique pour l'auteur de ce petit livre)...

Claude Barthe, Penser l'oecuménisme autrement, Via Romana, 138 pages (format de poche), 12€.

Publié dans Théologie, Oecuménisme

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