50 ans d'oecuménisme depuis Vatican II : enjeux, questions...

Publié le par Christophe Delaigue

[Notes, en style parfois un peu oral, de l'intervention faite le 27 novembre 2014 à l'occasion des 50 ans du décret sur l'oecuménisme de Vatican II et l'entrée officielle de l'Eglise catholique dans le dialogue oecuménique] [1]

Pour commencer, j’aimerais rappeler que la date du 21 novembre 1964, il y a 50 ans, est une date importante, pour l’Eglise catholique et plus largement pour les Eglises et communautés ecclésiales (je reprends ici la distinction ecclésiologique que fait Vatican II même si d’un point de vue sociologique on peut parler plus simplement des Eglises), car c’est l’entrée, officielle de l’Eglise catholique dans le mouvement œcuménique, un mouvement où elle tient aujourd’hui sa place, de façon réelle, un mouvement aussi dont certains trouvent qu’il s’épuise (on entend parler parfois d’hiver œcuménique) là où moi j’ai peur parfois qu’il ne nous intéresse plus car on s’est habitué au fait que nos Eglises se parlent et coexistent. A-t-on le désir du dialogue et de l’unité ?

Quand je dis Eglises et communautés ecclésiales, je vous rappelle qu’il y a eu dans l’histoire de l’Eglise deux grandes fractures :

  • d’abord entre l’Orient et l’Occident, en 1054 (date « théologique » et symbolique, avec la question du Filioque, et en 1204 avec la 4ème croisade et le sac de Constantinople) ; une rupture de communion qui entraîne un éloignement réciproque, mais l’ecclésiologie reste la même : ce qui fait l’Eglise c’est une communauté rassemblée, ou un ensemble de communautés, qui célèbre l’eucharistie sous la présidence et la conduite d’un évêque ; celui veille à la communion dans la foi avec les autres Eglises locales, par la profession de la même foi, la célébration de la même eucharistie, et la reconnaissance et le dialogue avec les autres évêques ; on appelle ça l’ecclésiologie eucharistique ;
  • puis en 1517 avec le schisme d’Occident qui là n’est pas un éloignement réciproque mais une sorte d’implosion de l’Occident avec un changement d’ecclésiologie : l’Eglise c’est la communauté locale qui vit et proclame la Parole de Dieu, c’est son critère d’unité et de régulation de la vie ecclésiale ; celle-ci, de plus, n’est plus pensée de façon « pyramidale » mais plutôt « horizontale », chacun à place égale avec quelques uns qui reçoivent une fonction spécifique au service de la communauté et notamment au service de la proclamation de la Parole (les pasteurs, mais aussi, dans certaines Eglises du Nord de l’Europe, des évêques).

A ce tableau très rapide vous rajoutez qu’il y avait d’autres Eglises en Orient déjà séparée depuis le 5ème siècle à peu près, en partie pour des raisons d’éloignement géographique, par exemple hors des frontières de l’Empire romain, et du coup des raisons de non participation à certains des grands conciles dont celui de Chalcédoine par exemple en 451. Et à tout cela encore vous rajoutez des enjeux politiques qui vont accentuer les séparations et les identités propres dans chacun de ces « mondes » ecclésiaux (en Orient il y aura aussi tous les phénomènes d’Eglises qui prennent leur autonomie, on appelle ça l’autocéphalie ; et en Occident la démultiplication des Eglises issues de la Réforme suite à un certain nombre de réveils spirituels).

C’était un bref rappel pour ceux d’entre nous qui ne connaissent pas bien les différentes familles d’Eglises.

Je reviens à ce que je vous disais au tout début de mon propos sur ce mouvement œcuménique dont certains trouvent qu’il s’épuise et pour lequel j’ai peur parfois que ça ne nous intéresse plus tellement… La question qui m’habite, moi, c’est celle de savoir si ce que j’ai envie d’appeler la « coexistence pacifique » que nous connaissons aujourd’hui nous suffit ou si nous voulons réellement avancer vers une communion réelle entre nos Eglises, qui n’est pas acquise, et même si nous voulons envisager, prier et travailler à une unité visible entre nos Eglises…

Est-ce que ça nous fait mal qu’on soit divisé ? Le Père Couturier, dans sa prière, demande que l’on ressente douloureusement le scandale de nos divisions… C’est ma question de tout à l’heure : est-ce qu’on a le désir du dialogue et de l’unité ?

Quand je vous dis tout cela je pense à deux phrases de l’évangile de Jean que j’aimerais qu’on ait en tête – et même qu’on prenne au sérieux ! – :

  • Jn 13 : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaitra que vous êtes mes disciples »
  • Jn 17 : « Que tous soient un, comme toi et moi, Père, nous sommes un… afin que le monde croit »… Voilà l’enjeu : « pour que le monde croit ». Quel témoignage donnons-nous quand des nouveaux convertis se demandent dans quelle Eglise il faut aller ou même quand ils sont témoins de rivalités entre nos Eglises… La question ce sera de savoir de quelle unité on parle, dans quelle diversité accepté (le Père et le Fils, si je reviens à cette phrase de St Jean, ne sont pas les mêmes, ils ont chacun leur identité, en même temps ils sont vraiment dans une même unité de relation et de communion, l’unité n’est donc pas l’uniformité, mais ça n’empêche pas de se demander comment cette unité va se donne à voir, concrètement).

1. Quelques rappels et un peu d'histoire :

Le mouvement œcuménique est né, je vous le rappelle, hors de l'Eglise catholique. Ce mouvement la précède. Elle a dû s'y convertir, ce qui ne veut pas dire qu'elle est entrée dans toutes les conceptions du mouvement œcuménique ni qu'elle a récusé tout ce qu'elle pensait avant quand elle ne voulait pas en être.

D’où vient ce mouvement ? A grands traits, je vous rappelle que c’est au début du 20ème siècle que commence à se poser de façon cruciale la question œcuménique telle qu’elle va orienter en tout cas le mouvement œcuménique tel qu’on le connaît (je fais cette précision car tout au long du 2ème millénaire il y a eu entre l’Eglise latine et les Eglises orthodoxes des essais de rapprochement ou d’union, il y avait donc une idée d’unité à retrouver ; le problème, pour dire vite, c’est qu’on l’envisageait comme un retour dans le giron catholique ou, de l’autre côté, comme un retour dans la vraie foi orthodoxe et dans un schéma institutionnel et ecclésial que l’Eglise latin rejetait pour un tout tas de raisons historiques et géopolitiques assez complexes).

Au début du 20ème siècle, donc… et plutôt en milieu protestant (je détaille très vite) :

  • 1910 : la conférence mondiale missionnaire d’Edimbourg, qui concerne les Eglise issues de la Réforme. Il y a eu deux décisions importantes : à la fois donner leur autonomie aux nouvelles Eglises, les Eglises naissantes, dans les pays dits de mission, c’est-à-dire les pays colonisés ; et, parallèlement, adopter ce qu’on pourrait appeler une stratégie commune, en tout cas unifiée, par rapport à l’évangélisation, en veillant et en travaillant à ne pas se faire concurrence entre Eglises, et donc en apprenant à se reconnaître les uns et les autres comme des Eglises du Christ, quelles que soient les sensibilités propres des pasteurs et des communautés. A cette époque là on est en plein « réveil » protestant avec beaucoup de petites Eglises qui naissent, y compris dans les vieux pays de chrétienté, des communautés qui sont des Eglises plus charismatiques et pentecôtistes ; du coup, pour dire vite, le monde Protestant, se morcelle. Il y avait don un enjeu d’évangélisation à ne pas se faire concurrence et à essayer de marcher ensemble. On peut dire que c’est la naissance du mouvement œcuménique.
  • Deuxième date à retenir : 1919. C’est la 1ère fois que le mot « œcuménisme » semble utilisé de façon officielle pour parler d’une recherche d’unité entre les Eglises. Ce mot nous vient d’un évêque luthérien, Söderblom. Alors qu’est en train de se créer la Société des Nations, il propose que soit créé, pareillement, une sorte de Conseil des Eglises qu’il appelle Conseil œcuménique, qui rassemblerait des responsables de toutes les Eglises, tous ceux qui se réclament du Christ. Je vous rappelle juste que ça n’arrive pas par hasard en 1919 : nous sommes au lendemain de la 1ère guerre mondiale, qui est née dans l’Europe chrétienne ; et ce sont des chrétiens, baptisés, qui se sont entretués. C’est comme s’il y avait une prise de conscience que ça ne va pas, qu’il faut se réveiller. C’est prophétique. Je rajoute que pour Söderblom ce mot « œcuménique » évoque très clairement l’unité des chrétiens du monde au service d’une unité de l’humanité à construire et à faire advenir. Si les chrétiens ne vivent pas unis, comment le monde pourrait-il trouver son unité et donc la paix ? C’est la question qui se pose. A cette époque là, n’oublions pas que c’est l’Occident qui dirige le monde avec tout un tas de pays colonisés qui n’ont – pour dire vite – qu’à suivre et qu’à obéir.

Cette intuition de Söderblom d’une unité des chrétiens au service de plus de fraternité humaine ce sera la même plus tard pour un frère Roger de Taizé, après la seconde guerre mondiale. Quand frère Roger lance ses rencontres européennes de Taizé, dans les années 70, il a cette conviction forte que la paix dans cette Europe qui a donné deux guerres mondiales absolument horribles, la paix en Europe pourra permettre de faire grandir plus de paix dans le monde et qu’il n’y aura pas de paix véritable et durable en Europe si ce n’est pas la préoccupation des jeunes et des chrétiens et donc des jeunes chrétiens qui se rassemblent, qui se rencontrent et qui prient ensemble. Et c’est bien ce qui se vivait, à petite échelle, à Taizé, depuis les années d’après-guerre.

  • Je reviens à Söderblom. Son intuition sera à l’origine de la création du Conseil Œcuménique des Eglises, en 1948 C’est la troisième date que je voulais que vous reteniez. 1948. On est dans l’après deuxième guerre mondiale. On voit que ça a mis du temps. Mais il y a eu pas mal de choses entre deux, notamment la création du mouvement « Life and Work » en 1925 et « Faith and Order » en 1927. On peut dire que le Conseil Œcuménique des Eglises c’est la fusion de ces deux mouvements : à la fois théologique et en même temps éthique et pratique.

Le Conseil Œcuménique des Eglises n’est pas une super-Eglise mais une sorte de libre association d’Eglises. J’ai trouvé cette définition qu’on peut retenir si vous voulez : c’est « une association fraternelle d’Eglises qui confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et Sauveur, selon les Ecritures, et s’efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu Père, Fils et St Esprit » [2]. Toutes les Eglises n’en sont pas membres, même si beaucoup d’Eglises issues de la Réforme et d’Eglises évangéliques sont entrées au Conseil Œcuménique des Eglises. Un certain nombre d’Eglises orientales et d’Eglises orthodoxes sont également membres même s’il y a eu une sorte de crise interne il y a quelques années et que certaines ont failli quitter ; le problème, à ce moment là, était celui de la représentativité numérique des Eglises : est-ce qu’une petite Eglise de quelques centaines de membres a autant de poids qu’une Eglise de plusieurs milliers ou même millions de fidèles ? Combien de représentants par Eglises et sur quels critères ?

A ce jour, l’Eglise catholique n’est pas membre du Conseil Œcuménique des Eglises. Pour trois raisons au moins :

  • d’abord elle n’était pas engagée dans l’œcuménisme en 1948, elle y vient officiellement avec le concile Vatican II ; 1ère raison…
  • il y avait et il y a très clairement cette question aujourd’hui de la représentativité numérique et du poids à avoir dans les débats et votes du Conseil…
  • et puis – 3ème et principale raison – nous ne sommes pas d’accord sur la définition ou la compréhension de ce qu’est une Eglise. Selon les critères du concile Vatican II, nous ne pouvons pas dire de toutes les Eglises issues de la Réforme ou des Eglises évangéliques qu’elles sont des Eglises au regard de la conception que nous en avons – à savoir une structure hiérarchique ministérielle épiscopale et les sacrements, pour dire vite. Nous reconnaissons les Eglises orthodoxes et plus largement les Eglises d’Orient comme des Eglises sœurs – car elles ont gardé la structure ecclésiale des premiers siècles avec l’épiscopat, l’eucharistie et les sacrements [3] – mais nous préférons parler de « communautés ecclésiales » à propos des Eglises issues de la réforme. Par contre, si l’Eglise n’est pas membre à part entière du Conseil Œcuménique des Eglises, nous sommes membres à part entière du département théologique du Conseil Œcuménique, « Foi et Constitution », et nous avons un observateur permanent aux assemblées du Conseil Œcuménique. Parce que depuis Vatican II ça nous intéresse la recherche de l’unité des chrétiens et donc les autres chrétiens et donc ce qu’ils vivent, partagent et décident ensemble ! Et aujourd’hui nous sommes en dialogue officiel avec toutes les Eglises ou familles d’Eglises.

C’était donc mes trois dates. 1910, 1919 et 1948.

Je reviens à Vatican II et l’entrée de l’Eglise catholique dans le mouvement œcuménique. Quelles étaient nos réticences de départ :

  • au niveau doctrinal, la crainte de perdre ou de sacrifier des sa Tradition, de sa doctrine, son credo ; peur d'être obligé d'entrer dans des consensus qui soient du relativisme doctrinal ;
  • au niveau institutionnel, le refus de n'apparaître plus qu'une Eglise parmi d'autres alors que l’Eglise catholique se concevait comme l'unique Eglise (l’idée qui se cache derrière c’est que l’Eglise du Christ ne peut être qu’une, elle ne peut pas être divisée !) ; crainte d'une communion qui serait de façade et qui masquerait des divisions réelles, le tout légitimant une ecclésiologie dont l'unité envisagée ne serait qu'invisible.

La conception catholique impliquait alors une perspective de retour pour ceux qui étaient considérés comme des transfuges ou des hérétiques ; on envisageait ce qu’on a appelé au cours de l’histoire de l’Eglise l'unionisme ou l'unionisme.

Si l’Eglise catholique avait donc des réticences à entrer dans ce mouvement œcuménique c’était donc pour ces raisons, et si finalement elle y entre c’est parce qu’un travail patient s’est fait en dehors des canaux officiels, lié à ds personnalités qui ont été gagnées à la cause œcuménique, soit par des rencontres soit par leur réflexion théologique. Je pense spontanément à un Père Paul Couturier, à Lyon, ou à un théologien comme Yves Congar (Chrétiens désunis) ; pensez aussi au cardinal Béa qui sera nommé par Jean XXIII responsable de ce qui va devenir le secrétariat pour l'unité des chrétiens. Et concrètement, pendant les sessions du concile Vatican II, c’est indéniable que les observateurs non catholiques ont joué un réel rôle, par leurs rencontres des uns et des autres entre les séances, et aussi par leur seule présence pendant que les Pères prenaient la parole. Vous vous doutez bien qu’on ne parle pas pareil de l’Eglise et de ceux qu’on considère comme en dehors de celle-ci si ils ont présents à ce qu’on dit ou s’ils ne sont pas là. Ils étaient présents selon la volonté de Jean XXIII qui a connu des chrétiens et des responsables d’autres Eglises quand il était nonce apostolique et qui avait rencontré des chrétiens croyants avec qui il partageait sa foi au Christ.

Outre ces acteurs, ces personnalités qui ont aidé à ce que l’Eglise catholique entre dans le mouvement œcuménique, on peut relever rois facteurs qui ont pu faire évoluer la position catholique à Vatican II :

  • la prise de conscience que les chrétiens deviennent minoritaires, en tout cas moins majoritaires (c'est le début de la sécularisation) ; si vous repensez à la citation de tout à l’heure en Jn 17, la question c'est celle du « pour que le monde croit » qui prend une nouvelle ampleur, une nouvelle importance, et qui fait du coup bouger la condition à cette finalité, le « qu'ils soient un ». Mission et communion vont ensemble [4] ! La question œcuménique est justement à la jonction entre ces deux thématiques, ces deux champs. Sans doute que la résistance au totalitarisme et le martyr commun pendant la guerre ont joué aussi (cf. ce qu’a dit le pape François lors de la rencontre de Jérusalem avec Bartholoméos 1er des martyrs en Orient : on dit qu’ils sont chrétiens, pas catholiques ou protestants ou orthodoxes ! Leur unité, c’est leur foi et leur témoignage de foi jusque dans le martyre).
  • L'ensemble des renouveaux intellectuels de l'Eglise catholique au début du XXème siècle : le renouveau biblique notamment (découverte de l'importance de l'Ecriture, la lire et la travailler avec d'autres chrétiens, la prier, la traduire aussi ; l'expérience que le texte uni même si l'interprétation peut être différente) ; le renouveau patristique également (Sources chrétiennes à Lyon naît dans les années 1940) et notamment une redécouverte des Pères grecs, mais aussi l’exégèse patristique du P. de Lubac ; le renouveau liturgique encore (avec la découverte de l'histoire des rites et de la liturgie, la découverte aussi des autres rites qu'on avait latinisé petit à petit en Orient ; on reconnaît aujourd'hui la validité de l'anaphore d'Adaï et Mari, du IIIème siècle, cette prière eucharistique qui n'a pas de récit des l'institution et de consécration !).
  • L'ensemble de causes le plus fondamental qu'est l'aggiornamento, la réforme, de Vatican II qui positionne l’Eglise comme une Eglise qui est et qui doit être par nature en dialogue, une Eglise qui se décentre du coup d’elle-même (Vatican II est, je crois, un concile de décentrement – l’expression est je crois de Gustave Martelet). Une Eglise qui se décentre, qui est dialogale, out simplement parce qu’elle doit être le témoin d’un Dieu qui a voulu et qui veut entrer en dialogue avec les hommes et s’adresser à nous comme à des amis (dit la constitution Dei Verbum sur la Révélation), un Dieu qui n’a cessé au cours de l’histoire des hommes et de la Révélation d’entre en dialogue pour se faire connaître, un Dieu qui vient nous visiter en Jésus Christ qui nous confie ce Royaume de Dieu qui est à vivre et à faire grandir en ce monde. Beaucoup de textes de Vatican II nous parlent d’une façon ou d’une autre de cet appel et de cette exigence du dialogue, dans l’Eglise elle-même (ça appelle la synodalité et ça passe par exemple par la collégialité entre les évêques ; ça reste un défi aujourd’hui encore, et on voit que le pape François s’y attelle vraiment), entre les Eglises (c’est toute la recherche et le mouvement œcuméniques), avec les autres religions, et enfin avec les cultures et avec ce monde dans ce qu’il vit…

2. Qu’en est-il aujourd’hui, 50 ans après ?

Aujourd'hui... L'œcuménisme, semble-t-il, est moins au goût du jour, en tout cas beaucoup moins que le dialogue interreligieux pour lequel il y a des enjeux sociétaux et mondiaux vraiment importants, notamment avec l’islam (je ne vous apprends rien)... Quelles sont les causes à cet « hiver » (comme disent certains) :

  • Les questions internes dans chacune des Eglises, qui mobilisent de l’énergie (la situation ad intra jouera toujours dans le rapport au monde).
  • Le retour de sentiments plus identitaires en raison du contexte de minorité, de déchristianisation, et d'ambiance parfois ressentie comme anti-religieuse (les évolutions de la laïcité, par exemple, pour la France).
  • L'histoire elle-même du mouvement œcuménique : on démarre à pas de géants, on croit que tout va se résoudre très vite de ce qui était séparateur (et de fait, concrètement, aujourd'hui on a fait beaucoup d'avancées jusque dans une reconnaissance implicite de l’existence des autres Eglises, dans une certaine forme de « coexistence pacifique », mais on voit que tout n'est pas résolu et sans doute que de fait ça se ralentit ce qui n'est pas étonnant) ; les premiers gestes symboliques ont été importants. Et en théologie beaucoup a été envisagé jusqu’à faire dire à un certain nombre de théologiens qu’aujourd’hui on a travaillé tous les dossiers et qu’on arrive à de réels consensus sur beaucoup de questions séparatrices ; sauf que tout ce travail reste relativement méconnu et non reçu dans chacune de nos Eglise, et qu’il reste quand même quelques grosses questions vraiment séparatrices encore qui sont les questions d’ecclésiologie et notamment celle des ministères. Certes on a levé des malentendus, on a appris à se connaître et à mieux se comprendre. Mais force a été de constater que tout n’était pas que malentendus, qu'il y a des blessures qui restent et qui ont créé de vraies distances entre nous, et qu’il y a encore de réelles divergences ; la question sera de savoir qu'est-ce qu'on en fait ?

Certaines difficultés du dialogue œcuménique :

  • Avec les protestants : la question séparatrice de la division (qui a été, je le redis, une implosion de l’Eglise en Occident et qui a provoqué un changement de conception de l’Eglise), cette question séparatrice du salut par la foi ou par les œuvres (pour dire trop vite) est aujourd’hui résolue ; nous sommes arrivés à un consensus avec le texte de 1999 sur la justification, un texte d’accord et de consensus signé par l’Alliance luthérienne mondiale et l’Eglise catholique, signé aussi par les Eglises méthodistes. Sauf que la division du 16ème siècle nous a aussi éloigné, petit à petit, quant à nos conceptions de ce qu’est l’Eglise et la question des sacrements et des ministères. Il y a des textes de convergence comme le document Baptême, eucharistie, ministère de Foi et Constitution ou le tout dernier, L’Eglise, vers une vision commune, mais ces questions ne sont pas résolues encore…

Et puis le monde protestant s’est diversifié et complexifié, avec notamment le mouvement évangélique (et le mouvement pentecôtiste aussi) qui est une sorte de « nébuleuse » avec laquelle on ne sait pas toujours qui peut être l'interlocuteur ; en plus ce sont des Eglises qui se démultiplient très vite avec une réelle volonté d’expansion numérique. Rajoutez à tout cela que le monde protestant se divise en interne sur les questions éthiques avec de grandes différences théologiques et même anthropologiques entre des tendances libérales d’un côté et fondamentalistes de l’autre (entre les deux, vous avez tout un panel de possibilités) ; plus la fracture entre pays du Nord et pays du Sud.

  • Avec les orthodoxes : il y a des difficultés de principes, s'ils se reconnaissent comme la seule véritable Eglise (ce que nous disons nous aussi parfois et ce qui en tout cas a été notre façon de penser les choses pendant de nombreux siècles), s'ils ne reconnaissent pas la validité du baptême hors de leur seule Eglise, pour certaines Eglises orthodoxes ; sans parler des différences de mentalités entre nous (contrairement aux protestants où nous sommes quand même du même monde culturel, celui de l’Occident ; du coup même si nous ne sommes pas d'accord sur un certain nombre de choses nous nous comprenons quand nous parlons, ce qui n'est pas le cas avec les orthodoxes, même si souvent on est en fait beaucoup plus proche qu'on ne le croit, théologiquement et ecclésiologiquement, sauf qu’on ne parle pas la même langue culturelle ; en plus pour eux faire de la théologie c'est rappeler les Pères là où pour nous c'est interpréter, confronter aux mutations et révolutions mentales dans la société).

A cela rajoutez les questions internes de communion entre les Eglises, et les blessures liées à l’histoire de l’Orient et notamment l’histoire proche qu’est celle du joug communiste mais déjà avant avec les siècles de domination ottomane (et la chute de l’Empire ottoman au début du 20ème siècle) ; il y a aujourd’hui des rivalités réelles entre Constantinople et Moscou (dans cette bipolaristaion due à ces pages de l’histoire). On attend depuis très longtemps un concile de toutes les Eglises orthodoxes, c’est compliqué, qui devait le convoquer et le présider, à quelles conditions, pour parler de quels sujets ? Il n’y a pas aujourd’hui cette instance régulatrice et de communion effective qu’on a dans l’Eglise catholique avec le ministère de communion de l’évêque de Rome. On nous reproche que ce soit trop centralisateur, ce qui est vrai, mais ça a de réels avantages aussi ! Ce concile panorthodoxe est annoncé pour Pentecôte 2016, il sera sans doute un événement de grande importance, pas seulement pour l’Eglise orthodoxe, mais aussi et plus largement pour le dialogue avec les autres Eglises et notamment avec l’Eglise catholique.

Vous rajoutez qu’aujourd’hui la question de l’islam devient aussi une question séparatrice entre nos Eglises (faut-il dialoguer ou convertir ? C’est la question du salut qui se cache là derrière).

L'état des dialogues :

Je le disais, on a beaucoup avancé dans une connaissance commune et même une compréhension commune de nos théologies, de notre façon aussi de vivre concrètement en Eglise, dans une compréhension aussi d’où ça nous vient au regard de nos histoires propres et des implications géo-politiques qui sous-tendent nos histoires respectives et l’histoire de nos divisions.

Ce dialogue il est complexe car il se joue sur plusieurs niveaux. Théologique, évidemment, mais aussi sur plusieurs niveaux que j’ai envie d’appeler « géographiques ». Nos Eglises se conçoivent différemment, dans leur façon de vivre la communion et l’unité en interne, et du coup on ne peut pas dialoguer de façon unique. Je m’explique : l’Eglise catholique est universelle dans sa façon de vivre comme Eglise, avec une tête institutionnelle forte, le pape et les services de la Curie ; du coup, pour elle c’est logique de dialoguer à l’échelon international. Sauf que ce n’est pas évident du tout pour les Eglises issues de la Réforme où, pour dire vite, l’Eglise c’est d’abord la communauté locale, en lien avec d’autres par des synodes. Le dialogue, du coup, il se conçoit d’abord ou de préférence à l’échelon local ou à la rigueur national, grâce aux instances de concertation interne à ces Eglises. Mais d’ailleurs, pour l’Eglise catholique elle-même, pour que la dialogue soit supra-national, il faut bien avoir entendu ce qui se vit au niveau local, ce qui implique des dialogues œcuméniques à l’échelon national par exemple. En plus, on ne va pas dialoguer pareil avec l’Eglise orthodoxe qui conçoit quand même l’Eglise de façon vraiment proche de la conception catholique ou avec les Eglises issues de la Réforme où très clairement on a changé de monde ecclésiologique. La conséquence très concrète c’est que la plupart de nos dialogues sont bilatéraux et qu’ils vont avancer de façon parallèle, et une avancée avec une Eglise peut être compliquée à accepter pour un dialogue avec une autre Eglise. Et nos dialogues ils seront locaux, nationaux et supra-nationaux. L’enjeu sera que tout cela se « tricote » ensemble et qu’il y ait des aller-retour ou des va-et-vient entre toutes ces instances de dialogue. Et forcément c’est lent, ça prend du temps, et ça ne peut pas être reçu de partout et à tous les échelons en même temps.

On trouve que le dialogue œcuménique avance lentement mais c’est normal… Au regard des siècles d’éloignement, de blessures réciproques, et de méconnaissance de l’autre, pas étonnant qu’en 50 ans tout ne soit pas résolu. Par contre la question sera celle de savoir si on veut encore avancer ou si en fait ce n’est plus notre problème… Cette fameuse « coexistence pacifique » qui semble nous aller très bien mais qui moi ne me satisfait pas car elle cache un risque de non acceptation de l’autre dans ce qu’il est en propre et dans ce qu’il peut m’apporter, dans ce qu’il peut offrir à mon Eglise de ses richesses propres.

Je me permets de vous rappeler une expression de Jean-Paul II qui me paraît importante : vivre l’œcuménisme comme « un échange de dons » (Ut unum sint, 1995). Non pas seulement entrer dans la connaissance de l’autre, mais passer de la connaissance à la reconnaissance de l’autre tel qu’il est, jusque dans la reconnaissance comme action de grâce de ce que l’autre a en propre et me révèle. Le pape François reprend à son compte cette expression d’un œcuménisme comme « échange de dons » dans son exhortation apostolique La joie de l’évangile. Je vous cite le n°246 :

« Étant donné la gravité du contre témoignage de la division entre chrétiens, particulièrement en Asie et en Afrique, la recherche de chemins d’unité devient urgente. Les missionnaires sur ces continents répètent sans cesse les critiques, les plaintes et les moqueries qu’ils reçoivent à cause du scandale des chrétiens divisés. Si nous nous concentrons sur les convictions qui nous unissent et rappelons le principe de la hiérarchie des vérités, nous pourrons marcher résolument vers des expressions communes de l’annonce, du service et du témoignage. La multitude immense qui n’a pas reçu l’annonce de Jésus Christ ne peut nous laisser indifférents. Néanmoins, l’engagement pour l’unité qui facilite l’accueil de Jésus Christ ne peut être pure diplomatie, ni un accomplissement forcé, pour se transformer en un chemin incontournable d’évangélisation. Les signes de division entre les chrétiens dans des pays qui sont brisés par la violence, ajoutent d’autres motifs de conflit de la part de ceux qui devraient être un actif ferment de paix. Elles sont tellement nombreuses et tellement précieuses, les réalités qui nous unissent ! Et si vraiment nous croyons en la libre et généreuse action de l’Esprit, nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres ! Il ne s’agit pas seulement de recevoir des informations sur les autres afin de mieux les connaître, mais de recueillir ce que l’Esprit a semé en eux comme don aussi pour nous. Simplement, pour donner un exemple, dans le dialogue avec les frères orthodoxes, nous les catholiques, nous avons la possibilité d’apprendre quelque chose de plus sur le sens de la collégialité épiscopale et sur l’expérience de la synodalité. A travers un échange de dons, l’Esprit peut nous conduire toujours plus à la vérité et au bien. »

Les grandes questions qui restent, je l’ai déjà dit, c’est ce qui touche à l'ecclésiologie... L'Eglise, les sacrements, les ministres... Ça touche des questions théologiques mais ca concerne aussi la vie concrète et pratique des fidèles (cela joue donc forcément ; participer à une autre liturgie c'est changer de monde). Certes on peut être en communion les uns avec les autres, avec des systèmes ecclésiaux très différents, mais à quelles conditions ? [5]

Cette question cache celle des modèles d’unité à envisager… Quelle unité visible faut-il chercher (et recevoir de l’Esprit Saint, c’est inséparable) ? Une unité « seulement » spirituelle et de reconnaissance mutuelle serait-elle suffisante, mais n’est-elle pas l’acceptation que de façon visible nous restons séparés ? C’est toute la question (aussi) de la diversité légitime entre nos différentes Eglises dans une communion réelle et visible… En ayant conscience que notre façon de vivre l’unité et la communion à l’intérieur de chacun de nos Eglises joue forcément sur le modèle d’unité que nous envisageons et que l’écart entre ce que nous disons de notre communion et notre unité en interne et le réel de ce que nous en vivons concrètement, ça joue forcément aussi dans notre façon d’envisager la communion des Eglises (c’était tout le sujet du colloque de Lyon de la semaine dernière). Vous ajoutez à cela que notre façon de dialoguer avec les autres Eglises et de travailler à des modèles d’unité ça va forcément jouer en interne sur cet écart entre le rêvé (ou l’annoncé) et le réel.

Il y a de réelles avancées, j’insiste. Je citais tout à l’heure le document récent de Foi et Constitution L’Eglise, vers une vision commune. Mais la question c’est : comment le recevons-nous dans nos Eglises et comment le travaillons-nous entre nos Eglises ?

(3) Quelques éléments de conclusion…

En 50 ans, je crois qu’un grand chemin a été parcouru, vraiment. A tel point qu’on a oublié que prier ensemble, entre membres d’Eglises séparées, ça n’allait pas de soi, pour nous catholiques, avant le concile, en tout cas pas officiellement et du coup pour beaucoup de gens ; à tel point aussi qu’on ne se rend pas compte ou plus compte de ce qui nous paraissait impensable il y a 50 ans à peine, comme par exemple la présence du patriarche de Constantinople Bartholoméos 1er à l’installation du pape François, le 19 mars 2013 (on trouve cela normal alors qu’en fait c’était une 1ère dans l’histoire de l’Eglise et de nos Eglises ; on s’est habitué à ces visites de responsables d’Eglises). Je pense aussi à une visite dans les prochains jours du pape François chez le même patriarche de Constantinople ; ça nous paraît normal ou banal, mais il y a un peu plus de 50 ans en arrière c’était impensable !

Les dialogues théologiques ont vraiment posé beaucoup de choses également et en termes d’avancées, je pense aussi à des formes de collaboration concrète entre nos communautés, par exemple dans le domaine de la diaconie ou de la solidarité, je pense également à des collaborations concrètes jusque dans le prêt ou le don d’églises (bâtiments) ; cela aussi ça a vraiment avancé, au risque là encore que les choses nous paraissent évidentes… et qu’on en reste là…

Par contre c’est vrai que des gestes « symboliques » forts restent attendus comme l’intercommunion entre nos Eglises, qui est possible en théorie dans certaines conditions et pour certaines de nos Eglises, mais qui engagent beaucoup que le seul fait de communier ensemble à l’eucharistie ou à la Sainte Cène et qui amènerait d’autres questions, sans parler de celles qu’elles font émerger et qui ne sont pas encore résolues. Concrètement, on peut trouver qu’on piétine car on a beaucoup espéré, sur cette question là notamment. Le risque c’est soit de ne plus y croire, du coup, soit de se dire qu’on fait bien comme on veut sans mesurer les conséquences concrètes que ça pourrait avoir. Par exemple sur la question de l’intercommunion, est-ce qu’on ne risque pas de ne plus chercher l’unité visible le jour où l’on pourra communier ensemble, et s’en arrêter là, alors que la communion eucharistique est bien liée, est le signe, de la communion ecclésiale ? En plus, est-ce que nous célébrons vraiment la même chose ? C’est un exemple… La question, pour le dire autrement, c’est celle de savoir si nous sommes ou pas en communion (communion ecclésiale et communion de foi) et du coup, faut-il communier au pain eucharistique comme si nous étions en communion ? Est-ce que de communier ça peut permettre d’avancer vers la communion ecclésiale ou au contraire ne risque-t-on pas de s’en arrêter là ? Et laisser tomber le fait qu’on soit séparé, et le fait qu’on ne comprenne pas encore de façon convergente le rôle ou plutôt la nature et la mission de l’Eglise, jusque dans son exercice concret et donc jusque dans la question des ministères mais aussi de nos compréhensions, par exemple, des sacrements ? Nous ne sommes pas d’accord sur le nombre de sacrements ni sur leur participation ou non au salut…

Certains trouvent qu’on pourrait faire table rase de toutes les histoires du passé et décider qu’on est en communion. Mais ce serait oublier qu’il y a des blessures du passé qui sont encore à cicatriser et que les pardons trop faciles, on le voit dans nos histoires personnelles et familiales, n’aident pas à ce que des réconciliations réelles soient vécues. Et l’on sait bien, chacun, qu’il en fait du temps pour mettre en mot les blessures, qu’il en faut du temps pour entendre le mal qui a pu être fait ou reçu, qu’il en faut du temps pour se connaître et se comprendre quand la distance et le temps nous ont éloigné ; et on fait tous un jour ou l’autre l’expérience que si l’on ne fait pas se détour du temps et de la mise en mot lente et progressive, il y aura un jour un effet « boomerang » ou « bombe à retardement »… J’aime assez une image que Jean-François Chiron, co-président du Groupe des Dombes, utilise pour dire leur travail lent et patient : non pas faire tomber les murs, les détruire violemment et à grands coups de massue (on risque de se faire mal en se prenant les pieds dans les gravas et on risque aussi de faire tomber des murs ou des bouts de murs qu’il aurait mieux valu conserver, du style murs porteurs), mais regarder chaque brique, voir en quoi elle était séparatrice, tenter de comprendre comment elle l’est devenue, ce qui sous-tendait ces conceptions qui sont devenues différentes ; voir aussi celles qui restent ou qui sont des pierres précieuses. Et avancer ainsi. Avec la difficulté que chacun doit faire ce travail, petit à petit et en ayant conscience ou en (re)découvrant qu’on n'a pas construit des murs seulement pour se diviser mais aussi pour se protéger (l'histoire), l'enjeu étant du coup de construire avec cela aussi, construire des passerelles, permettre des espaces de rencontres... Sans doute en vue d'une communion différenciée comme modèle d'unité... Regarder ce qui peut être remodelé petit à petit, plutôt que tout raser pour reconstruire autre chose. [6]

Je termine en ajoutant deux points et une question finale :

  • d’abord qu’il y a un enjeu autre dont a bien conscience aujourd'hui et qui fut au départ du mouvement œcuménique, en tout cas tel que l’envisageait l’abbé Couturier : l'œcuménisme spirituel ; si on se rapproche du Christ, si on avance vers lui, depuis le lieu où l'on est, alors on se rapproche entre nous aussi ! Et c’est bien l’Esprit Saint qui nous soufflera au regard et au cœur de ce que nous vivrons petit à petit ensemble quels chemins d’unité peuvent se dessiner…
  • Et puis, s’engager en œcuménisme je me dis que c’est finalement accepter d’entrer dans le projet de salut de Dieu qui veut rassembler. Or si nous sommes divisés nous ne sommes pas dans ce projet de rassemblement, nous le contredisons !

Les perspectives des autres nous obligent à approfondir les nôtres, à les relire dans leur histoire, à les confronter et à les faire évoluer (deux exemples très concrets qui nous viennent de l’orthodoxie et un du protestantisme : la collégialité entre les évêques et la question d’un chemin de miséricorde pour les divorcés en nouvelle union, côté orthodoxie ; et la place de la Parole de Dieu, côté protestantisme ; le dialogue nous a fait avancer et bouger). C’est vrai que ça oblige à se laisser insécuriser car de fait ça va nous faire bouger ; c’est parfois difficile, mais c’est passionnant. Et c’est finalement l’enjeu de toute rencontre et de toute vie. Peut-être, donc, que l’œcuménisme ou plutôt le désir de travailler à l’unité des chrétiens ou à la chercher, peut-être ça nous oblige tout simplement à être vraiment chrétiens.

Ma question finale : j’ai commencé en demandant si nous avons réellement le désir d’entrer en dialogue et le désir de l’unité… Concrètement, ça nous engage : qui sont-ils ces frères et sœurs autour de moi, dans mon quartier ou village, et que se partage-t-on de notre foi et de notre vie ecclésiale ?

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[1] 27 novembre 2014, à la maison diocésaine à Grenoble (12h30-14h30) et à la maison paroissiale de Bourgoin-Jallieu (20h30-22h) ; partenariat CTM-service diocésain à l’œcuménisme.

[2] Maurice Vidal, A quoi sert l’Eglise ? », p.216.

[3] Dominus Iesus ajoute la question de la succession apostolique.

[4] Tiens... c’est le titre de la lettre pastorale de notre évêque (Pentecôte 2013) : Communion et mission !

[5] Jean-François Chiron, le 21 novembre 2014, au CTM : Les questions ecclésiologiques sont les suivantes : l'Eglise est nécessaire et on peut même dire qu’elle est instrument de salut, mais peut-on parler de coopération au salut ; pour le dire autrement, l'Eglise n'est-elle que réceptrice de l'œuvre de Dieu ou y participe-t-elle, mais comment ? C'est finalement et en fait la question du salut qui se cache derrière celle de l'Eglise... Même si on a avancé réellement sur cette question là, elle demeure… Sans doute parce qu’en fait c’est la question théologique et elle reste pour chacun de nous une question, quoi qu’il arrive…

Pour les catholiques l'Eglise du Christ subsiste dans l'Eglise catholique ce qui n'exclut pas qu'il y ait de l'Eglise du Christ soit présent ailleurs (puisque l'Ecriture, le baptême, l'Esprit Saint y sont présents, il y a donc de l'Eglise chez les autres !). Pour les catholiques l'Eglise du Christ est présente à un titre spécial dans l'Eglise catholique, en raison de la plénitude des instruments du salut que sont les sacrements et les ministères donc celui de Pierre aussi. Ce qui ne veut pas dire que le salut ne puisse pas être atteint ou accueilli même en dehors d la totalité de ces moyens de salut, donc en dehors de la seule Eglise catholique.

Si on dit que l'Eglise est présenté au même titre dans toutes les Eglises alors il suffit qu'elles se reconnaissent comme autant de visages de l'Eglise du Christ, comme autant de lieux de présence de l'Eglise du Christ (c'est la position protestante de reconnaissance mutuelle d'ecclésialité) ; alors que la reconnaissance n'est pas encore possible, pour l'Eglise catholique, dans la mesure où nous restons séparés dans nos conceptions du ministère et de l'eucharistie. Nos conceptions respectives de l'unité et de la communion sont donc radicalement différentes. L'unité telle que Jésus la pensait ou la penserait n'est-elle donc que celle envisagée par l'Eglise catholique qui serait visible ou peut-elle être invisible car nos reconnaissances réciproques n'enlèvent pas, visuellement, nos divisions (nous restons séparés) ?

[6] Jean-François Chiron, le 19 novembre 2014 au terme du colloque Unité chrétienne-Université catholique de Lyon, et le 21 novembre au CTM.

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