Homélie dimanche 7 décembre 2014

Publié le par Christophe Delaigue

2ème dim. de l'Avent / Année B

St JB (BJ) / Petites Sœurs des Maternités Catholiques

Is 40,1-5.9-11 / Ps 84 (85) / 2P 3,8-14 / Mc 1,1-8

Chaque fois que j’entends ces appels de l’évangile et du prophète Isaïe, l’appel à préparer le chemin du Seigneur et à aplanir sa route, ça me fait penser à des tractopelles ou de bulldozers qui construisent une autoroute. On image bien un terrain un peu chaotique et légèrement vallonné ; et l’engin qui passe et qui met tout à plat. Qu’est-ce que ça produit ? Ce qui se passe c’est que ça rend l’accès facile. Et c’est bien ça l’enjeu de ce temps de l’Avent.

Car l’Avent – je vous le rappelle – c’est ce temps qui nous est donné pour nous préparer à accueillir la Bonne Nouvelle de Noël. Ce temps qui nous est donné pour nous donner les moyens de réentendre cette Bonne Nouvelle d’un Dieu qui veut venir à notre rencontre, cette Bonne Nouvelle de ce Dieu qui nous aime et qui vient nous rejoindre. On le sait par cœur ce truc là ; on n’arrête pas de nous le redire, chaque année, et même plus. Mais comment, justement, l’entendre encore comme une Bonne Nouvelle pour aujourd’hui, c’est-à-dire comme une nouvelle qui fait du bien, au cœur de ce que je suis en train de vivre aujourd’hui, cette année ; pas une parole rabâchée, mais bien quelque chose de neuf, quelque chose à réentendre avec des oreilles vierges, en tout cas des oreilles et surtout un cœur qui veulent bien se laisser rejoindre par cette annonce que nous réentendons pourtant année après année.

Nous croyons en un Dieu qui est venu rejoindre notre humanité, par Jésus son Fils. Nous allons en faire mémoire dans quelques jours. Mais nous croyons aussi que ce Dieu là, continue de venir nous rejoindre, aujourd’hui encore. Qu’aujourd’hui encore il veut naître à notre monde ; qu’aujourd’hui encore il veut renaître à nous-mêmes, renaître en nous-mêmes, qu’aujourd’hui encore Jésus vient à notre rencontre et se donne, pour que ce Dieu d’amour qu’il vient révéler soit encore annoncé et découvert, dans ce monde qui est le nôtre. Et nous croyons même que Jésus, qui est ressuscité et qui est présent en notre vie, grâce à l’Esprit Saint, nous croyons qu’il reviendra quand les temps seront accomplis, quand ce sera prêt, quant notre monde sera en mesure de le reconnaître pleinement. C’est tout cela que nous allons fêter à Noël et c’est tout cela que l’Avent nous donne à entendre déjà et surtout à préparer…

Qu’est-ce que ça nous fait de savoir que Dieu, par Jésus, veut nous rejoindre aujourd’hui ? Qu’est-ce que ça nous fait, concrètement, de savoir ou d’entendre qu’il veut rejoindre ce monde dans lequel nous sommes et qui lui laisse pourtant si peu de place … ? Est-ce que nous croyons que la Bonne Nouvelle du salut, cette promesse d’une libération de ce qui nous empêche de vivre pleinement et de croire en un bonheur possible, est-ce que nous croyons que c’est une Bonne Nouvelle dont notre monde a besoin et que nous avons donc à transmettre ?

Dans la nuit de Noël, deux choses importantes vont nous être dites, que j’aimerais vous rappeler pour nous y préparer : il y aura tout d’abord cette annonce du prophète Isaïe : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, sur le pays de l’ombre une lumière a resplendi »… C'est ce qui doit orienter notre attente, c'est notre espérance pour les nuits ou les déserts que nous traversons... Et puis, la deuxième chose qu’on va entendre c’est ce chant qui va retentir au milieu de la nuit : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». Ces mots sont tellement importants qu’on ne les chante plus pendant l’Avent (sauf demain pour fêter Marie), pas pour que la messe soit plus courte ou parce que ce chant serait une espèce de fioriture liturgique, mais pour redonner du sens à ce chant de louange, pour que ça sonne comme un cri de joie, une explosion de louange. Et pour qu’on entende vraiment cet appel à la paix dont on a tellement besoin, chacun et dans ce monde !

Pourquoi vous dire tout cela aujourd’hui, alors que ce n’est pas encore Noël ? Tout simplement parce que c’est ce mystère là, ce mystère de Noël, que Jean-Baptiste indique. C’est vers ce mystère là qu’il veut nous orienter. Le peuple à qui il s’adresse, le peuple juif, le peuple élu, c’est-à-dire le peuple choisi et créé par Dieu pour être témoin de sa présence au milieu des nations, ce peuple attendait le Messie de Dieu, son envoyé, celui qui allait apporter le salut, la consolation, ce salut qui est déjà et avant tout promesse de paix. Et quand Jean-Baptiste crie dans le désert qu’il faut se préparer à accueillir Celui qui vient, Celui que Dieu avait promis à son peuple, quand Jean-Baptiste crie dans le désert qu’il faut lui préparer un chemin vers nous, pour qu’il nous rejoigne, le peuple a tout cela en tête : il est ce peuple qui traverse depuis des siècles les épreuves et qui parfois a douté sévèrement de Dieu, jusqu’à lui reprocher son éloignement – c’est ce qu’on entendait la semaine dernière – ; et il est ce peuple qui espère que Dieu va venir le libérer, et que Dieu va offrir cette paix si fragile mais si importante pour qu’un bonheur soit envisageable…

Et c’est à nous que Jean-Baptiste annonce aujourd’hui cette venue. Il vient Celui dont nous parlent les Ecritures ; il vient Celui qui veut nous rejoindre, chacun, aujourd’hui, au cœur de ce que nous portons, au cœur de nos questions ou de nos doutes, au cœur de nos joies de vivre aussi, au cœur de notre monde si désespérant parfois, au cœur de notre recherche d’un bonheur possible et d’un sens à ce que nous vivons. Il vient. Mais voulons-nous de lui ? Voulons-nous faire ce pari de confiance que sa venue est pour nous, et surtout qu’elle peut changer quelque chose à ce que nous vivons les uns et les autres ? Il vient et d’ailleurs, déjà il se donne à nous, dans ce Pain de la Vie qu’il nous a laissé et que nous venons mendier semaine après semaine, présence offerte, mystérieuse, tellement surprenante… Voulons-nous l’accueillir pour de vrai, voulons-nous faire de ce temps de Noël un temps de grâce ?

Ce que Jean-Baptiste nous dit avec force aujourd’hui c’est bien tout cela. Et pour chacun il s’écrie : « Donne-toi les moyens de vivre ce temps qui t’est donné, car Jésus veut te rejoindre. Déblaies la route de ton cœur pour lui, car il arrive, il passe dans ta vie. Il est là. Ouvre-toi à sa présence… Il vient éclairer ton chemin, il vient t’offrir la paix du cœur… » Comment l’ouvrir cette porte de notre cœur, comment la déblayer cette route intérieure ? Par exemple en reconnaissant que ce salut que Jésus vient offrir nous en avons besoin, et donc en décidant de célébrer ce sacrement du pardon qui nous sera proposé dans les jours et semaines qui viennent. Et puis par la prière, l’écoute intérieure, celle que nous pouvons offrir dès maintenant au Seigneur.

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