Homélie funérailles

Publié le par Christophe Delaigue

Funérailles Andrée S. / Hauteville-Lompnes (01), 6 décembre 2014

[1Th 4,13-14.17d-18 / Ps 22 (23) / Mt 5,1-12]

C’est toujours une question pour moi de savoir comment nous recevons ces textes, les uns et les autres. D’autant que je ne sais rien ou pas grand chose de votre foi ni de vos questions ou de vos doutes. Je sais juste que la mort reste, quoi qu’il arrive, une question, pour nous tous. Et que même dans la Bible, et donc pour la foi chrétienne, elle est une question aussi.

Comment est-ce que nous entendons par exemple cette espérance de Paul dans la 1ère lecture ? Comment est-ce que nous entendons ces Béatitudes que Jésus nous partage et qui peuvent sonner pour nous comme une sorte d’espérance consolatrice un peu facile pour un au-delà un peu rêvé, comme si Jésus nous disait « ça ira mieux plus tard, dans ce monde promis après la mort »…

St Paul a cette assurance que nous avons entendue dans la 1ère lecture que la mort n’est pas la fin de tout. Je crois qu’en fait nous le savons bien, même si nous n’en avons pas une telle conscience ; mais nous le savons bien si nous voulons bien y regarder de plus près : parce que quoi qu’il arrive, la mort n’efface pas ce qui a été vécu, et quoi qu’il arrive toute vie donnée et tout amour vécu jusqu’au bout sont toujours plus forts que tout mal et que toute mort car il en reste toujours quelque chose, au moins dans la mémoire et dans ce que ça a pu produire. L’espérance en la résurrection est bien de cet ordre là. Certes, nous allons mourir, mais est-ce la fin de toute vie et de toute présence pour autant ? La question se pose depuis des milliers d’années et dans toutes les civilisations ont fait ce constat d’une espérance qui reste plus forte que la vie ne soit pas détruite complètement par la mort. La mort comme passage pour une autre présence. Mystérieuse, c’est vrai, improuvable, c’est vrai aussi, mais de l’ordre de la foi, c’est-à-dire d’une confiance et d’une espérance.

Si nous sommes chrétiens, nous croyons que Jésus est ressuscité. Il est bien mort, comme nous ; et il a souffert, comme nous. Mais Dieu nous ouvre par sa mort et sa résurrection un passage. Si Dieu existe – ce que je crois – et si Dieu est vraiment Dieu, alors il peut très bien ressusciter son Fils, Jésus. Et si Dieu est bien celui dont nous parle Jésus, celui qui voudrait sauver tous les hommes, s’ils veulent bien se laisser rejoindre par lui et accueillir par lui, alors la résurrection n’est pas de l’ordre de l’impossible pour nous non plus. Et c’est bien ce que nous célébrons cet après-midi. Comment cela se passera, concrètement, je ne sais pas. Nous verrons quand ce sera notre tour. Et nous le verrons si nous voulons en être, car c’est laissé à notre liberté.

En tout cas, pour moi, c’est vraiment de l’ordre de cette espérance là, dans la confiance, du coup, que si Jésus est ressuscité et mystérieusement présent à nos côtés, comme il nous l’a promis, alors nous pouvons lui ouvrir notre cœur et lui confier notre tristesse comme nos questions. Je crois que c’est cela être pauvre de cœur, pour reprendre l’expression qu’on a entendue dans l’évangile. Heureux les pauvres de cœurs, ceux qui ont conscience ou qui prennent conscience qu’ils ne sont pas le tout de leur vie, qu’il leur manque quelque chose intérieurement, ceux qui acceptent qu’une part de nos vies reste un mystère. Oui, heureux sont-ils, car ils ont en eux un peu de place pour un Autre, pour Celui qui attend patiemment que nous voulions bien croire en lui, celui qui peut entendre et porter avec nous nos prières, nos joies et nos peines, nos questions. C’est ce Dieu là que Jésus nous révèle. Un Dieu qui veut bien se faire partenaire de notre vie comme une présence et un soutien dans ce que la vie nous donnera de traverser.

Ce Dieu il veut pour nous le bonheur, d’où les appels de l’Evangile et d’où cette promesse de vie qu’il nous fait, pour demain, après la mort, mais aussi pour aujourd’hui. Il veut pour nous le bonheur, mais pas de façon magique. Dans l’accueil de la vie dans les rencontres, les évènements et les gestes qui vont relever ou aider à avancer. Heureux les artisans de paix, heureux aussi les miséricordieux, nous dit-il.

Nous voudrions parfois que Dieu agisse dans notre vie de façon visible et même magique. Non… Il souffle juste en nous sa présence pour qui se fait pauvre de cœur c’est-à-dire pour qui accepter d’écouter en lui les appels de la vie. Et Dieu souffle en nous comment être réponse les uns pour les autres dans ce que nous allons pouvoir vivre ensemble, dans notre façon de nous soutenir, de nous aider, de nous épauler…

Peut-être que nous ne savons pas trop ou pas toujours qui est Dieu ni s’il existe. Mais si nous voulons bien faire ce pari de confiance, maintenant, nous pouvons lui confier, justement, ce qui nous habite cet après-midi, et notamment ce que ces mots éveillent en nous. Il s’agit tout simplement de lui faire cette confiance que s’il existe– ce que je crois – alors il entend bien ce que nous voulons lui dire et il peut même être pour nous une présence consolatrice qui apaise, si nous en avons besoin et si nous le lui demandons.

Publié dans Homélies

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