Homélie dimanche 25 janvier 2015

Publié le par Christophe Delaigue

3ème dim. du Temps Ordinaire / Année B

St Jean-Baptiste (BJ)

Jon 3,1-5.10 / Ps 24 (25) / 1Co 7,29-31 / Mc 1,14-20

En préparant cette homélie, j’ai été frappé par un petit détail, un « presque rien » dans le texte auquel je n’avais jamais vraiment fait attention en tant que tel mais qui prend tellement de sens, je trouve, au terme de cette semaine annuelle de prière pour l’unité des chrétiens ; je ne sais pas si vous y avez fait attention mais dans ce texte d’évangile, Jésus passe et là, tous les hommes sont frères, eux qu’il rencontre ce sont des frères. Que des frères. Je trouve cela étonnant…

Concrètement, statistiquement, lorsque vous vous promenez, par exemple en montagne ou alors au bord d’un lac, comme Jésus, vous avez peu de chances de tomber coup sur coup sur des paires de frères. Une fois, par hasard, je suis tombé sur mon frère jumeau en haut d’un sommet, dans le Vercors, chacun avec des amis, c’était déjà franchement étonnant. Mais de là à tomber coup sur coup sur des paires de frères, avouez qu’il y a là plus qu’un détail, en tout cas un truc étonnant qui devrait peut-être nous interroger !? Jésus passe le long du lac, et là il rencontre Simon et André, puis, un peu plus loin, ce sera Jacques et Jean. Deux paires de frères. Et non seulement Jésus croise des frères, mais en plus, si j’en crois ce que le texte veut nous dire, il ne croise personne d’autre. C’est comme si au bord de ce lac là, il n’y avait que des frères – j’insiste – !

Si on regarde de plus près ce qui se passe dans ce récit, on voit tout d’abord qu’on nous parle d’appel à la conversion, comme dans la 1ère lecture, avec Jonas et Ninive. Ici, il ne s’agit pas d’abord d’une histoire de pénitence et de repentance, quelque chose qui pourrait virer au jugement moral, mais il s’agit plutôt d’une histoire de demi-tour, plus exactement une histoire de réorientation de la vie. C’est bien ce qui va se passer pour nos deux paires de frères. Non que leur vie était mauvaise, elle était « normale », celle d’hommes qui allaient à la pêche pour vivre et nourrir leur famille. Mais maintenant, maintenant que Jésus est passé, il y a autre chose à faire, autre chose à vivre…

Il s’agit d’entrer dans une fraternité. Et même, je crois, d’entrer dans la fraternité. Jésus passe, je l’ai dit, et, curieusement, je le redis, tous les hommes sont frères. Avec ce texte, nous sommes quinze versets après le tout début de l’Evangile de Marc, et ce texte fait ce pour quoi il est fait, à savoir : présenter Jésus ; or qui est Jésus ? Jésus est l’homme dont le passage sur terre institue, suscite la fraternité. En tout cas devrait susciter toujours plus de fraternité si nous le suivons. De la fraternité entre nous, dans nos communautés, mais aussi entre nos communautés, et de la fraternité avec celles et ceux que nous rencontrons, chaque jour. Jésus est l’homme qui indique le sens de la conversion, vers où se retourner. Jésus est l’homme qui met les choses à leur juste place : qu’est-ce qui est le plus important, la pêche ou la suite de l’autre ? Prendre ou se laisser conduire ? S’occuper de soi et de sa propre vie ou se découvrir frères et sœurs ?

Le passage de Jésus – en hébreu on dit « la pâque » de Jésus – est source de fraternité et appel à la fraternité, car c’est ce qu’il est, lui, un frère. Tout au long des évangiles, on voit bien que c’est cela qu’il nous révèle et c’est à cela qu’il nous appelle ; le reconnaître comme un frère, pas seulement un maître, et se reconnaître entre nous comme ses disciples, certes, mais tout autant, si ce n’est plus encore, comme des frères, responsables les uns des autres. Et ce n’est pas pour rien ni par hasard qu’il nous propose de prier ensemble en appelant Dieu : « Notre Père » ! C’est engageant !

La voilà cette conversion que nous avons à vivre : le passage de Jésus appelle à la constitution d’une fraternité. L’humanité n’est et ne sera pleinement humaine que si elle est et devient fraternelle, réellement ; que si elle permet de vivre une fraternité entre les hommes ; et pour cela il faut changer nos façons de nous appréhender les uns les autres, de nous regarder, de nous juger ; à la suite du Christ il nous faut changer de style de vie et de comportement. Il s’agit de décider, et de lui demander la grâce, de voir en chacun un frère, une sœur, quelle que soit son histoire, sa langue, sa foi, sa race, sa religion… Et travailler à toujours plus de justice, de paix et de respect de la dignité de chacun quel qu’il soit, et quelle que soit notamment son histoire ou sa religion…

Au terme de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, je trouve que l’évangile de ce jour ne pouvait finalement pas mieux tomber. Comment nos Eglises laissent-elles passer Jésus de sorte que la fraternité ne soit pas empêchée ? Comment l’accueillent-elles – et donc comment l’accueillons-nous chacun – et comment vivent-elles de lui, le Christ ? Comment vivons-nous l’évangile, chacun et ensemble, concrètement, que donnons-nous à voir et à vivre, entre nos Eglises et dans nos communautés, de cette fraternité humaine qui est possible, nous dit Jésus, cette fraternité qui est constitutive d’une humanité vraie mais qui est à faire grandir et advenir en laissant Jésus passer dans notre vie ? Vivons-nous vraiment comme des frères et sœurs, déjà entre nous ?

L’idéal de la fraternité ce n’est pas l’uniformité. L’idéal de la fraternité c’est la communion, dans l’écoute de la différence et dans l’accueil de ces différences comme un don pour chacun. Sans unité recherchée, il n’y a pas de fraternité, mais sans diversités acceptées et reconnues, il n’y a pas de fraternité non plus. Nous avons à devenir pleinement frères mais pas des clones les uns des autres !

Prier pour l’unité des chrétiens, c’est prier pour que nos différences soient reconnues et accueillies, même si elles nous bousculent parfois, même si nous ne nous comprenons pas toujours ou pas tout de suite qui est l’autre et ce à quoi il tient. Prier pour l’unité, c’est demander à l’Esprit Saint de venir convertir nos cœurs pour que nous devenions capables d’accepter de nous reconnaître frères et sœurs, vivant les uns et les autres du Christ, cherchant les uns et les autres comment avancer, et comment faire résonner la Parole de Dieu dans notre histoire propre, notre histoire blessée, cette histoire de chacun dans laquelle le Christ veut, si nous le voulons bien, nous donner de nous relever.

Quand Jésus passe, ce jour là, il n’y avait donc que des frères. Puissions-nous le vivre ; le croire, déjà, et vouloir le vivre. C’est ce que je demande au Seigneur dans cette eucharistie. Que l’Esprit souffle, en chacun de nous, mais aussi dans nos communautés et dans nos Eglises, pour que nous voulions servir ensemble cette fraternité humaine à faire grandir ; et que le Pain de Vie soit pour nous, aujourd’hui encore, force, nourriture et communion au Christ, pour vivre avec lui les chemins sur lesquels il nous entraîne.

Publié dans Homélies, Oecuménisme

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