Homélie dimanche 1er février 2015

Publié le par Christophe Delaigue

4ème dim. du Temps Ordinaire / Année B

ND (samedi soir) / St Jean-Baptiste BJ

Dt 18,15-20 / Ps 94 (95) / 1Co 7,32-35 / Mc 1,21-28

L’évangile qu’on vient d’entendre nous pose à sa façon une question qui n’a rien d’original, vous allez voir, une question ordinaire comme le temps liturgique dans lequel nous sommes. La question c’est celle de savoir : qui est Jésus ? Et donc : qui est-il pour nous ?

Pour le dire autrement : que savons-nous de Jésus ? S’agit-il d’ailleurs de savoir – savoir quelque chose – ou devrait-il s’agir d’autre chose ? Je pose la question parce que dans ce texte, qu’est-ce qu’on nous dit ? Celui qui sait, celui qui sait qui est Jésus, c’est un esprit mauvais : « Je sais fort bien qui tu es »… Il sait… Mais sait-il tout ? Ou plutôt : sait-il vraiment ? Je m’explique : c’est juste ce qu’il dit, c’est juste ce qu’il sait ; Jésus est bien « le Saint, le Saint de Dieu » ; mais n’est-ce pas un peu court ? On peut d’ailleurs se demander qu’est-ce que ça veut dire pour nous ? Est-ce que c’est ça que nous aussi on dirait, spontanément ?

Personnellement il me semble que je dirais d’abord que Jésus, pour moi, c’est une présence… Je crois qu’il est le Fils de Dieu et qu’il a été vraiment homme ; la preuve, il est né et il est mort, et entre temps il y a eu des témoins de ce qu’il a été et de ce qu’il a dit. Je crois qu’il est celui que Dieu nous a envoyé ; je le crois parce qu’on me l’a dit ; mais aussi parce que mes expériences de vie et mes quelques petites expériences spirituelles ont confirmé ce qu’on m’avait dit ; non pas sans questions, c’est vrai ; mais j’ai eu la chance de découvrir qu’il y a une présence de Dieu dans notre vie ; que cette présence a pour moi un visage : Jésus ressuscité ; ça ne veut pas dire que je l’ai vu de mes propres yeux, mais j’ai fait cette expérience pas tellement facile à mettre en mot que sa résurrection ce n’est pas que des mots et que ça a du sens, et même que ça donne du sens à ce que je vis ; donc que c’est vrai et donc que ce que Jésus dit et annonce c’est vrai aussi… Et j’ajoute que je crois qu’il se donne à nous dans ce pain et ce vin de l’eucharistie qui est centrale pour ma vie avec lui et avec vous ; je crois aussi que lorsque deux ou trois sont réunis en son nom – j’insiste sur le « en son nom » – alors il est là, puisqu’il l’a dit à ses disciples et même qu’il l’a promis ; je crois également qu’il peut nous donner son Esprit Saint, c'est-à-dire sa force, son amour, sa présence de vie, si nous le lui demandons.

Je le crois… Tout simplement parce que j’ai pressenti quelque chose de lui dans ma vie ; parce que ça donne sens, et parce qu’il l’a promis… Je crois… Je crois mais je ne sais rien, je ne sais rien au sens d’un savoir… Ni certitude ni preuve… Vous remarquerez que dans l’évangile de Marc seuls les démons ou les esprits mauvais savent qui est Jésus ; ils savent, mais ne croient pas. Ça change tout… Moi je ne veux pas juste savoir, même si parfois j’aimerais mieux comprendre ; je veux vivre, et vivre avec lui, Jésus ! Parce qu’un jour – je l’ai dit – j’ai pressenti quelque chose de sa présence dans ma vie et dans la vie d’autres autour de moi ; du coup je veux le chercher, je veux lui faire une place dans ma vie, et même je veux l’annoncer ; et surtout, je veux être en relation avec lui, car je crois qu’il est présent… Je n’ai aucune preuve, aucune certitude ; j’ai juste la foi, je fais juste confiance…

En plus, pour revenir au texte, ceux qui savent, les démons, les esprits mauvais, c’est un peu court ce qu’ils nous disent ! Au risque de vous choquer - je suis volontiers un peu provocateur ce soir/matin -, je m’en fous, moi, que Jésus soit « le Saint, le Saint de Dieu » : ça peut n’être que des mots ! Jésus, lui, il ne fait pas de discours sur qui il est. Il vit, il agit, il se révèle progressivement. Et quand ses disciples comprendront qu’il est le Messie, il leur demandera de se taire et de ne pas le dire ! Il a trop peur, on dirait, que les gens comprenne mal qui il est et donc quelle est réellement sa mission ; il aura peur qu’ils en restent seulement aux mots ! Il préfère que ça prenne du temps son dévoilement, le dévoilement de qui il est ; et il accepte, Jésus, que ça prenne du temps que nous comprenions nous aussi qui il est, que ça prenne du temps que nous découvrions sa présence réelle en notre vie...

Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça veut dire ! Ça veut dire que notre mission ça n’est pas d’abord de convaincre les gens ou d’espérer que la catéchèse ou je ne sais quelle autre activité d’évangélisation remplisse en soi nos églises. Ce n’est pas le problème, en tout cas c’est une façon limitée de voir les choses. Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas annoncer ce en quoi nous croyons, évidemment ; je veux juste dire qu’il nous faut surtout entrer dans une dynamique de confiance, une dynamique de foi ; nous laisser saisir, petit à petit, par cette présence mystérieuse ; pour en vivre et alors en témoigner ; offrir alors des mots sur ce que nous croyons non pas comme un savoir doctrinal, qui devrait s’imposer ; mais offrir des mots sur ce qui nous fait vivre de cette présence, pour qu’un chemin puisse se faire, pour qu’un chemin puisse commencer par ces quelques mots que nous aurons balbutiés comme moi ce soir/matin, et qu’un jour l’expérience de foi soit possible pour ces enfants, ces jeunes et ces adultes que nous accompagnons ; qu’un jour ils puissent entendre pour eux cette question de Jésus : « Qui suis-je, qui suis-je pour toi ? ». Les mots de l’Eglise seront là, alors, pour nous aider à rendre compte de l’expérience que nous vivons avec Dieu et pour comprendre mieux qui il est et à quoi il nous appelle.

Je trouve tout cela finalement assez fou. Et elle est là, je crois, cette nouveauté dont parle notre évangile de ce jour : nous croyons en un Dieu qu’on ne peut pas enfermer dans une connaissance et dans des mots ; nous ne pouvons rien savoir si ce n’est faire une expérience, petit à petit, grâce à ce qui aura pu nous être dit, mais surtout grâce à ces témoins qui nous auront permis de croire, croire en une présence de vie et de résurrection qui peut être comme un moteur de vie ! La voilà la bonne nouvelle. C’est ce Dieu là, révélé par son Fils Jésus, celui-là même qui se donne à nous, en nourriture, pour venir nous renouveler de l’intérieur, c’est en ce Dieu là que je veux bien croire. C’est lui qui nous rassemble, mais plus encore qui nous visite.

Alors qui est-il pour nous Jésus, le Ressuscité ? Nous prenons quelques instants de silence tout simplement pour nous rendre disponibles, de cœur et de corps, à cette présence qui nous est promise et donnée, cette présence qui va s’offrir à nos pauvres vies humaines, cette présence mystérieuse qui va se donner dans ce modeste bout de pain qui va devenir, par notre prière, source de tout amour pour nous et pour notre monde. Il n’y a là rien à comprendre ni à savoir ; c’est juste offert à notre confiance, à notre foi… Alors dans la foi, nous osons maintenant le silence, avec Dieu…

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