Homélie dimanche 22 février 2015

Publié le par Christophe Delaigue

1er dim. de Carême / Année B

ND (samedi soir) / St JB (BJ)

Gn 9,8-15 / Ps 24 (25) / 1P 3,18-22 / Mc 1,12-15

Jésus vient d’être baptisé et l’Esprit Saint le pousse au désert. C’est ce qu’on vient d’entendre. Quand Jésus a été baptisé, une voix venant du Ciel a dit : « Celui-ci est mon Fils Bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ».

Je pense tout spécialement ce soir/matin aux 70 catéchumènes de notre diocèse qui vivent demain/aujourd’hui l’étape de l’Appel décisif, et parmi eux je pense aux 8 catéchumènes de notre paroisse ; et en pensant à eux je retiens déjà deux choses de ces paroles. Au jour de notre baptême, on ne sais pas exactement ce qui s’est passé, en tout cas rien de magique ou d’apparemment extraordinaire qui a sur le coup changé notre vie. Mais au jour de notre baptême, nous avons été invités à entrer dans cette promesse que Dieu, s’il existe, ce que je crois, nous dit à chacun : « Tu es mon enfant bien aimé, et je t’aime, je t’aime tel que tu es, et je crois en toi, en ta capacité de te laisser aimer, ta capacité d’aimer et de pardonner – car c’est indissociable. Sur ce chemin pas tous les jours faciles, je serai avec toi. » Voilà pourquoi l’Esprit Saint accompagne Jésus au désert. L’Esprit Saint c’est le souffle de vie de Dieu, c’est son amour, c’est la force qu’il nous promet pour avancer sur le chemin de vie, la force qu’il nous donnera, nous dit-il, si nous la lui demandons. Parce que nous allons traverser comme Jésus au désert l’épreuve de la tentation et du mal. L’épreuve de la tentation ce sera celle de laisser tomber Dieu, croire que nous pouvons nous en sortir nous-mêmes, être forts sans lui ; la tentation sera celle de réduire Dieu à de belles idées et du coup en trouver d’autres, un jour, qui nous charmeront. La tentation ce sera aussi celle de croire qu’il nous a abandonné dans l’épreuve du mal et de la souffrance qui va marquer notre vie et qui marque toute vie.

J’aimerais ce soir/matin que nous nous rappelions ces deux choses : nous sommes les enfants bien aimés de Dieu et l’Esprit Saint nous est donné. A nous d’en faire quelque chose. A nous de décider d’associer Dieu à ce que nous aurons à vivre, pour continuer à croire en sa présence et en sa force de vie. Le carême nous est donné pour en reprendre conscience et le réentendre comme une Bonne Nouvelle.

En tout cas retenons et réentendons que Dieu ne fera rien pour nous si nous ne lui laissons pas une place dans notre vie. Tout simplement parce qu’il nous aime et que quelqu’un qui aime en vérité c’est quelqu’un qui laisse l’autre libre de sa vie, y compris de se détourner et de s’éloigner. Quand Dieu nous paraîtrait loin de nous, demandons-nous si, nous, nous ne nous sommes pas éloignés de Dieu. Et du coup, demandons-nous quels moyens nous donner pour revenir à Dieu, quels moyens nous donner pour lui faire à nouveau une place comme quelqu’un qui est là à nos côtés. C’est ça la conversion dont parle Jésus dans ce bout d’évangile quand il redit : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile » ! Ce sont ces mots par lesquels nous sommes entrés en Carême, ce temps donné pour refonder notre vie chrétienne.

Je crois que la 2ème lecture nous a dit des choses pas très différentes. Être baptisé, nous dit l’apôtre Pierre c’est s’engager envers Dieu, s’engager résolument, s’engager avec ce Dieu dont la 1ère lecture nous a rappelé qu’il fait alliance avec nous, c’est-à-dire un Dieu qui nous propose d’être partenaires ensemble pour la vie. C’est ça une Alliance. Et St Pierre ajoute que vivre cet engagement envers Dieu, décider de rendre Dieu partenaire de ma vie c’est pouvoir ainsi participer à la résurrection du Christ qu’on va célébrer dans 40 jours, participer à la résurrection du Christ qui veut nous délivrer de tout mal et de toute mort… Attention, je n’ai pas dit supprimer le mal et la mort, mais nous en délivrer, au sens de nous permettre de sortir vivants de ces épreuves que sont le mal et la mort qui de toute façon vont toucher notre vie humaine.

Participer à la résurrection du Christ ça veut dire trois choses : (1) croire en sa résurrection et donc à la résurrection qu’il nous promet à nous aussi, après la mort ; mais ça veut aussi et déjà dire (2) croire qu’il peut me ressusciter aujourd’hui pour qu’à mon tour (3) je permette à d’autre, autour de moi, de faire cette expérience de la résurrection. Concrètement ça veut dire quoi ? Jésus vient nous offrir le salut qui est libération de l’emprise du mal, qui est consolation et apaisement de nos cœurs et qui est pardon de nos péchés. Ce salut il n’est pas magique, il dépend de ma capacité à vouloir me laisser sauver par Dieu, à vouloir me laisser ressusciter et donc à lui faire une place dans ma vie.

Dans ce qui me fait douter du bonheur, dans mes difficultés peut-être à aimer et à pardonner pour de vrai ou à me laisser aimer tel que je suis et malgré la mal que je fais parfois, dans tout ce mal qu’il y a dans le monde ou autour de moi et qui m’affecte mais aussi ce mal que je fais, est-ce que je demande à Dieu la force de sa présence et de son Esprit pour arriver à avancer et à grandir sur le chemin de la vie ? C’est ça vivre son baptême, c’est croire que Dieu est là avec moi et qu’il sera là à mes côtés, malgré les apparences parfois, malgré ce qui m’apparaît être son silence ou son absence. C’est garder confiance. Peut-être que parfois c’est trop dur et c’est bien pour cela qu’être baptisé c’est l’être avec d’autres, en communauté, en Eglise, pour nous porter les uns les autres, pour nous laisser relever, pour continuer à croire en la prière, pour nous soutenir les uns les autres. Alors, à mon tour, je pourrai vivre l’évangile comme une Bonne Nouvelle pour d’autres qui ont du mal à croire ou qui souffrent, je pourrai permettre à l’autre de se relever, d’être consolé, d’être aimé et pardonné.

Dans les quelques instants de silence qu’on va prendre maintenant, je vous laisse vous demander, chacun : qu’est-ce qui aujourd’hui, dans le monde ou autour de moi, me fait parfois douter de Dieu ou de la beauté de la vie ? Et qu’est-ce qui en moi, me fait douter aussi du fait que Dieu m’aime et qu’il a confiance en ma capacité de prendre soin de ce monde, avec lui ? Est-ce que je crois qu’il est là à mes côtés ?

Tout à l’heure, quand nous nous approcherons pour communier, ou quand nous demanderons une bénédiction si nous ne communions pas, c’est bien tout cela que nous pourrons confier au Christ en nous approchant pour lui demander sa présence et sa force, son amour et son pardon.

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