Homélie dimanche 15 mars 2015

Publié le par Christophe Delaigue

4ème dim. Carême / Année B

ND (samedi soir) / St JB (BJ)

2Ch 36,14-16.19-23 / Ps 136 (137) / Ep 2,4-10 / Jn 3,14-21

Je crois que ces paroles qu’on vient d’entendre ne sont pas très faciles à comprendre... Il y a même une Fraternité locale qui a osé envoyé une question pour que je tente d’y répondre dans ces quelques mots – elle a bien fait !

De cette page d’Evangile, je retiens 3 phrases qui me paraissent capitales et que j’aimerais qu’on réentende :

  1. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. »
  2. « Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
  3. « Celui qui croit en lui [Jésus] échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. »

Première Bonne Nouvelle : Dieu veut pour nous le salut et la vie éternelle. C’est son projet pour l’humanité. C’est son projet pour chacun de nous. C’est ce que nous allons fêter à Pâques. Le salut – je le dis souvent mais je me permets de le redire encore – c’est être libéré de ce qui emprisonne notre vie, ce qui nous entrave, ce qui nous empêche d’être pleinement nous-mêmes. La résurrection, le salut, ce sera comme cette vieille femme que Jésus rencontre dans un récit de l’évangile de Luc [au chapitre 13, versets 10 à 13], cette vieille femme toute courbée qu’il déplie, qu’il redresse et qu’il ouvre du coup à elle-même et à la vie. Le salut qui nous est promis c’est de nous libérer de tout ce qui nous replie sur nous même, tout ce qui nous fait nous recroqueviller. Alors la vie sera re-suscitée pleinement, elle sera libérée.

Deuxième Bonne Nouvelle : Dieu ne veut pas nous juger au sens de nous condamner, c’est-à-dire nous enfermer dans un jugement péremptoire et définitif. Au contraire, il voudrait que dès maintenant nous nous laissions rejoindre par la présence du Christ pour que nous puissions entrer avec lui dans cette dynamique de salut.

Sauf que visiblement, si j’en crois ce texte, il y aura bien un jugement quand même… D’autres passages d’évangiles le disent d’ailleurs – pensez par exemple au chapitre 25 de St Matthieu, cet épisode qu’on appelle du « Jugement dernier ». Cette idée de jugement est à comprendre non pas comme une condamnation mais dans son sens premier de mise en lumière, de révélation de la vérité. C’est l’idée que dans cet acte de salut qui nous est promis, Dieu nous accueillera en vérité, dans la vérité de son amour et de sa miséricorde. Et que, déjà, il veut nous accueillir dans la vérité de ce qui fait notre vie, c’est-à-dire tels que nous sommes.

D’ailleurs, ce n’est pas lui, Dieu ou Jésus, qui nous juge. Mais l’accueil de sa présence va mettre en lumière ce que nous vivons réellement ; et c’est ça le jugement. Ce sont nos actes eux-mêmes qui vont nous juger, c’est-à-dire qui disent où nous en sommes. Ou plutôt, c’est la mise en lumière de nos actes et de la vérité de notre vie qui va nous dire où nous en sommes. C’est alors notre foi au Christ qui va nous faire entrer alors dans une dynamique de salut, si nous le voulons.

Parce que croire en Jésus, c’est-à-dire mettre notre confiance en lui, c’est accepter de se laisser éclairer par sa présence. Et donc par les appels de l’Evangile. Ce sont eux qui vont révéler, dévoiler, là où nous en sommes. Si lumière il y a, alors ça veut dire que nous allons prendre conscience de nos parts d’ombres et de ténèbres. Celles qui obscurcissent notre vie, et notamment celles qui sont en nous. C’est parce que j’accepterai de me laisser être mis en lumière que je vais pouvoir être sauvé. Parce que Dieu ne me sauvera pas sans moi, sans me laisser libre de le laisser éclairer ma vie.

Accepter de le recevoir et de croire en lui c’est, du coup, accepter de reconnaître que dans ma vie il y a des zones d’ombres, notamment tout ce qui relève de ce qu’on appelle le péché, c’est-à-dire tout ce qui est de l’ordre des manquements à l’amour. Toutes ces fois où je n’arrive pas à aimer, toutes ces fois aussi où je ne veux pas aimer celui qui est là, à mes côtés, quel qu’il soit, celui qui est en attente d’une présence ou d’une aide qui le relève et le remette en chemin. L’autre aussi qui est Dieu et l’autre que je suis à moi-même.

Et c’est le refus d’accueillir la vérité de ma vie, c’est le refus de mettre en lumière mes zones d’ombres qui sont déjà mon jugement. Alors même que Dieu, pourtant veut me sauver. Refuser de regarder ma vie en vérité, c’est déjà être jugé ; entrer sur un chemin d’accueil de la vérité, un chemin de mise en lumière, c’est accepter de se laisser sauver. Ma liberté est en jeu…

Je me permets, du coup, de vous dire un mot de ce « lieu » de salut qu’est le sacrement du pardon. Pour bon nombre d’entre nous, ce sacrement n’a pas très bonne presse. Pour tout un tas de raisons, certaines qui peuvent être bien compréhensibles au regard de nos histoires personnelles et de la façon dont ce sacrement a pu être mis en œuvre. Certains parmi nous se demandent notamment pourquoi aller voir un prêtre et pourquoi aussi, nommer notre péché.

Je retourne la question : comment puis-je entrer sur un chemin de mise en lumière, comment puis-je vouloir grandir dans la vérité sur ce que je suis aujourd’hui, sans regarder et sans nommer, déjà pour moi, ce que je vis, jusque dans ces parts de ténèbre qui m’habitent ? Nommer, c’est déjà mettre en lumière, pour moi, pour avancer sur un chemin de libération. Aller voir un prêtre, c’est croire qu’il porte avec moi, auprès de Dieu et au nom du Christ, ce que j’ai à lui déposer, pour qu’il vienne, lui le Christ, me réconcilier avec moi-même et avec Dieu. Et qu’il me donne la force d’aimer et d’apprendre à aimer. Vivre en vérité une réconciliation c’est décider de se laisser sauver, c’est permettre à la vie d’être re-suscitée en moi là où mon cœur pourrait me condamner ou au contraire là où je ne veux pas voir ce qui a pourtant besoin de guérison.

Faut-il tout dire, me demande-t-on parfois ? Ma réponse est simple : l’enjeu est de nommer, déjà pour soi. Il est donc bon, je crois, que je sache ce que je ne veux pas dire et pourquoi. Par contre, le jour où j’arriverai à le dire à ce frère qui est là, et qui est là au nom du Christ lui-même, si c’est si lourd que ça, alors c’est sûr je serai sur un chemin de guérison et de salut.

Je prie ce matin/soir pour que nous osions croire en cette Bonne Nouvelle du pardon, cet appel à regarder notre vie en vérité pour nous laisser sauver de nos difficultés ou nos incapacités à aimer.

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