Homélie dimanche 22 mars 2015

Publié le par Christophe Delaigue

5ème dim. de Carême

Eclose (avec 3ème scrutin pour un catéchumène)

Ez 37,12-14 / Ps 129 (130) / Rm 8,8-11 / Jn 11,1-45

Au cœur de ce texte, il y a cette phrase qui me touche, qui est répétée deux fois comme pour marquer les étapes de ce qui se passe et pour insister aussi, cette phrase reprise dans la bouche des deux sœurs : « Seigneur, si tu avais été là notre frère ne serait pas mort… » Comme une supplication qui n’est pas sans rappeler un certain nombre de nos prières spontanées quand un drame nous tombe dessus… « Seigneur, si tu [étais] là »

Ce récit de la résurrection de Lazare, son relèvement, est comme une annonce de ce que va vivre Jésus lui-même dans quelques jours. Sa mort, sa mise au tombeau, sa résurrection… Avec cette même question qui se posera à nous lors de la mise à mort de Jésus : mais pourquoi Dieu ne fait rien, en apparence ?

La première chose que nous pourrions retenir ce matin c’est le fait que les sœurs de Lazare voyant leur frère qui ne va pas bien ne peuvent que s’en tourner vers Celui qui a fait déjà tant de chose, Celui qui en plus est un ami, nous le dit le texte. Marthe et Marie se tournent vers Jésus, et elles le prient, elles sont comme des « intercesseurs » pour Lazare… Je le dis souvent, je le redis, nous avons les uns envers les autres un devoir, celui de prendre soin, de nous prendre mutuellement en soin ; et cela commence par un devoir d’intercession et de prière. Quand ceux que l’on connaît ne vont pas bien ou quand ils sont malades ou même dans la mort, nous avons le pouvoir d’intercéder pour eux. Nous avons le pouvoir et le devoir de soutenir bien entendu par notre présence concrète mais aussi, j’insiste, par la prière. C’est à dire nous tourner vers Celui qui peut faire tant de chose !

« Crois-tu cela ? » avons-nous entendu… Il y a un acte de foi à poser. Une confiance. Nous sommes invités à croire que Jésus peut faire quelque chose, au regard même de ce qu’il a peut-être déjà fait dans notre vie, et au regard de ce que Jésus dévoile de lui-même dans la suite de notre texte de ce matin. Nous tourner vers le Seigneur pour lui demander force et secours dans l’épreuve, c’est déjà lui faire confiance, c’est croire que nous pouvons oser lui dire : Seigneur, toi tu peux faire quelque chose ! Quoi ? Nous verrons...

Je reviens d’ailleurs au début de notre récit, avec cette phrase qui m’interpelle : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » C'est la même expression que dans l'évangile que les catéchumènes ont entendu la semaine dernière pour le 2ème scrutin, avec le récit de l'aveugle de naissance. C'est "pour la gloire de Dieu"... C’est à dire sa manifestation et l’annonce du salut. Cette expression de Jésus c’est comme pour nous faire entendre que même les épreuves que nous traversons peuvent être porteuses d’une certaine manifestation de Dieu, malgré tout, que le salut est promis justement au cœur de ce que la vie nous donne de traverser y compris les épreuves…

Et quand Jésus dit : « cette maladie ne conduit pas à la mort », il ne dit pas que Lazare ne va pas mourir ; la preuve c’est qu’il meurt tout de suite après. Ce que Jésus vous que nous découvrions – c’est peut-être la seconde chose qu’il nous faut retenir de ce texte – c’est que la véritable mort, pour nous croyants, c’est ce qui nous sépare de Celui qui est la vie, c’est ce qui nous sépare de Dieu.

« Moi, dit Jésus, je suis la résurrection et la vie. Tout homme qui croit en moi même s’il meurt, vivra. » La voilà la Bonne Nouvelle qui doit guider notre vie. Jésus promet la vie, quoi qu’il arrive. Cette vie éternelle, c’est la vie en Dieu, c’est de connaître pleinement Dieu, c’est de vivre dans son amour. Cette vie, cette vie éternelle, il la propose à tous et nous pouvons l’accueillir dans la foi – jamais elle ne s’impose à nous. Et cette vie éternelle, elle est déjà commencée, elle est déjà là. Jésus a déjà ouvert pour nous le passage. Et nous avons été plongé dans ce passage et cette espérance au jour de notre baptême, ce que nous célèbrerons et revivrons dans la nuit de Pâques. Cette vie éternelle qui nous est donnée et promise, nous pouvons déjà en vivre si nous répondons dans la foi, dans la confiance, à Celui qui est la source de cette vie ! Et un peu comme Marthe qui vacille entre doute et foi nous pouvons oser répondre à la question de Jésus : « Crois-tu cela ? »

Cela restera toujours un choix, un pas à faire, un acte de foi, une réponse à donner, comme Marthe le fait. Et parmi les juifs qui ont vu ce fait extraordinaire de la résurrection de Lazare, certains se mirent à croire en Jésus, mais d’autres, voyons-nous dans la suite de ce passage, vont le condamner. Et c’est d’ailleurs ce signe et cet acte de Jésus, cette résurrection de Lazare, qui va tout renverser : Jésus, Celui qui rend la vie, va être condamné à mort.

Pour l’heure, retenons que croire en Dieu et marcher à la suite de Jésus c’est faire le choix de vivre, c’est faire le choix de recevoir de Dieu la vie, la vie qui est là même dans les épreuves et les morts apparentes que nous avons à traverser ! Pour vivre vraiment, ce qu’il y a de mieux, ce qui nous est proposé, c’est de rester branché à la source de Celui qui est La vie.

Voilà du coup un récit qui interroge notre foi. Pas pour nous mettre la pression mais pour nous inviter à une confiance renouvelée. Car c’est un récit qui nous révèle à la fois la tendresse infinie de Dieu, par Jésus, sa tendresse pour ceux qui souffrent – Jésus pleure avec ses amis ! – et un récit qui nous révèle en même temps la puissance de Celui qui donne la vie, sa puissance étonnante et mystérieuse manifestée dans sa mort et sa résurrection. Voilà ce que nous allons fêter dans quelques jours ; voilà ce qui doit orienter notre vie… car il en va en fait de notre bonheur.

Pour l’heure, un peu comme Marthe et Marie, nous prenons le temps de la prière, en confiant au Seigneur celles et ceux autour de nous en besoin d’une présence qui relève. Et nous lui confions aussi dans notre vie personnelle ce qui est chemins de morts, nos doutes aussi, mais également nos aspirations à la vie ; dans cette confiance que Jésus, dans l’eucharistie, se rend présent au milieu de nous comme il l’a promis, qu’il vient nous rejoindre dans ce que nous sommes chacun en train de vivre. Enfin, nous prions tout spécialement aussi pour Julien et les autres catéchumènes de notre paroisse qui se préparent à recevoir le baptême, c’est-à-dire à se laisser plonger avec Jésus dans cette dynamique de salut et de vie.

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