Homélie 100 ans d'une Petite Soeur des Maternités catholiques

Publié le par Christophe Delaigue

Messe d’action de grâce à l’occasion des 100 ans de Petite-sœur Marie-Vianney

Chapelle de la Miséricorde / Clinique St Vincent-de-Paul BJ

Ga 5,22-25 / Mc 10,13-15

Je crois que dans ces mots de Jésus, tout est dit. Tout est dit de ce qu’il nous faut entendre pour vivre à sa suite, tout est dit de ce qu’il nous faut comprendre de la relation que Dieu veut vivre avec nous.

« Le royaume de Dieu est à ceux qui ressemblent à ces enfants » qui étaient là autour de Jésus, ces enfants qu’on lui présentait pour qu’il les bénissent. Voilà la voie de sainteté qui nous est proposée : être et devenir comme des enfants, redevenir comme ces enfants qui se laissent conduire à Jésus.

J’y entends tout d’abord un appel à simplifier nos vies. Arrêter de tout complexifier. Nous laisser faire. Pas n’importe comment. Nous laisser faire sous le regard de Dieu, accepter que nous ayons besoin d’être conduits à lui, accepter de nous tenir en sa présence. C’est le signe de l’imposition de la main dont il est question dans ces mots d’évangile, c’est ce même signe de l’imposition de la main que nous refaisons à chaque baptême pour dire le don de la présence de Dieu à notre vie, sa présence que nous demandons comme une force pour les épreuves que nous aurons à traverser.

Un enfant, c’est un être fragile, dépendant. Voulons-nous reconnaître que nous sommes fragiles, que nos vies et nos choix de vie sont fragiles, et qu’il nous faut nous en remettre à d’autres pour avancer et pour tenir, qu’il nous faut nous en remettre à d’autres pour trouver notre chemin de vie au cœur de ce que cette vie, justement, nous donnera ou nous donne de traverser ? Cet autre, ce sont nos proches, évidemment, mais ce sont plus largement tous ceux qui croisent notre chemin et qui nous ont donné de nous relever quand la vie nous clouait au sol, tous ceux qui nous ont redonné un peu de confiance et d’espérance, tous ceux grâce à qui nous continuons d’avancer, petit à petit. Et cet autre, c’est aussi Dieu lui-même, celui pour qui vous avez donné votre vie, mes sœurs, celui qui se tient silencieusement et patiemment à nos côtés, attendant avec un profond respect pour chacun de nous que nous décidions – ou pas – de lui faire une place à nos côtés, de lui faire une place dans nos questionnements, de lui faire une place au cœur de ce que nous traversons, les joies comme les épreuves, les doutes aussi, les révoltes.

Ce Dieu là, ce Dieu qui est Père et duquel nous sommes donc les enfants, ce Dieu nous le savons n’est pas un Dieu magicien qui fait de nous des marionnettes en agissant à sa guise pour répondre à je ne sais quelles demandes que nous lui ferions. Non, il est ce Dieu qui nous aime et qui pour cela nous laisse libre de le rendre partenaire ou non de notre vie, ce Dieu qui ne s’impose pas mais se révèle petit à petit au gré des rencontres et de évènements, ce Dieu qui a besoin de nos mains d’hommes et de femmes pour prendre soin de nous. Il est ce Dieu qui répond à nos prières en nous donnant ce dont nous avons besoin, ce Dieu qui nous donne même la seule chose dont nous ayons véritablement besoin : l’Esprit Saint. C’est dans l’Evangile de Luc, quand Jésus dit à ses disciples : « Demandez et l’on vous donnera, frappez et l’on vous ouvrira… Il vous sera donné ce dont vous avez besoin… l’Esprit Saint ». Qu’est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire que Dieu va répondre, toujours, mais pas comme on voudrait spontanément, selon nos logiques bien humaines. Il va répondre en nous donnant ce dont nous avons besoin, et il va répondre en soufflant en nous des chemins de réponses qu’il va nous falloir entendre. Ces réponses elles peuvent être dans une intuition intérieure, quand nous sommes à l’écoute du silence de notre cœur, à l’écoute de tout ce qui bouillonne en nous. Ces réponses elles peuvent être aussi dans l’écoute de la Parole et la mise en résonnance avec ce que nous traversons. Ces réponses enfin, elles peuvent être dans la prise de conscience intérieure que dans telle rencontre ou tel événement que je viens de vivre, il y a eu comme une bribe de réponse, un quelque chose de l’ordre de la vie qui surgit ou qui est plus forte que ce que je traverse.

Ne serait-ce pas de cet ordre là cet esprit d’enfance qu’il nous faut retrouver ? Se découvrir, se savoir en dépendance du Père. Apprendre à l’écouter car il souffle en nous. Décider et apprendre à entrer dans une dynamique de confiance : « Seigneur je veux bien croire que tu es là ; je sais que tu es là ; je te remets ma vie, je te remets mes joies et mes peines, mes questions, mes révoltes, mes doutes, je te confie ce qui fait mon quotidien, je te demande de m’éclairer… de souffler en moi ce qui va dessiner pour moi des chemins de vie et de bonheur… »

Comme dirait St Paul dans l’extrait de l’épître aux Galates que nous avons entendu en 1ère lecture : laissons-nous conduire par l’Esprit, le souffle de Dieu, sa force de vie et d’amour. Laissons-nous conduire par l’Esprit qui souffle en nous, laissons-nous faire, car l’Esprit de Dieu est du côté de la vie. Faisons à Dieu cette confiance là que de fait, les fruits de la présence de l’Esprit Saint dans notre vie seront notamment de l’ordre de l’amour, de la joie, de la paix, de la patience, de la bonté, etc.

Petite sœur Marie-Vianney, mes sœurs, et vous tous ici rassemblés ce matin, quelle que soit notre foi, quelle soit la solidité de notre foi ou nos questionnements, quels que soient nos choix de vie et notre amour de Dieu, qu’il soit celui que votre cœur aime ou celui qui reste une question, j’aimerais ce matin que nous osions entrer dans cette confiance sans cesse à renouveler qu’il est bien présent à nos côtés, notamment par le mystère de Jésus ressuscité que nous célébrons dans cette eucharistie et par le don de l’Esprit Saint promis à ceux qui le demanderont, l’Esprit Saint déposé en germe en chacun de nous depuis la création où Dieu a déposé en l’homme son souffle de vie. Que nous osions cette confiance de sa présence, sa présence aimante et donc discrète et respectueuse de nos choix, sa présence qui ne demande qu’une réponse de notre part, celle d’un oui d’enfant qui se précipite dans les bras de son Père pour y ressentir amour, protection, réconfort.

Je ne sais finalement quelle est la foi de la plupart d’entre vous, je ne sais comment nous recevons ces mots d’homélie. Tout simplement nous prenons quelques instants de silence pour laisser monter en nous ce que cela peut éveiller, et dans la confiance toute simple du cœur nous offrons ce qui remonte en nous à celui qui est là à nos côtés, celui que nous yeux ne voient pas mais que nos cœurs peuvent pressentir.

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