Homélie dimanche 12 avril 2015

Publié le par Christophe Delaigue

2ème dimanche de Pâques / Année B

[Baptême d’Elinora]

Ac 2,42-47 / Ps 117 (118) / 1Jn 5,1-6 / Jn 20,19-31

Vous l’avez entendu, ils ont peur, ils sont emmurés, enfermés, verrouillés, nos disciples. Rien à voir avec cette ambiance quasi « exaltée », en tout cas dynamique et joyeuse, de la 1ère lecture. Entre temps il y aura eu des rencontres de Jésus ressuscité, comme celle de notre évangile d’aujourd’hui, et il y aura eu le don de l’Esprit Saint, la force de Dieu, le souffle de vie, la présence nouvelle du Christ qui va permettre aux disciples de devenirs témoins, des témoins du ressuscité, des témoins qui vivent et agissent au nom même du Christ.

En préparant ces quelques mots, je me suis dis : spontanément, dans quelle catégorie est-ce que nous nous situons les uns et les autres ? Ou, pour le dire autrement : qu’est-ce que ça nous fait que Jésus soit ressuscité, qu’est-ce que ça nous fait concrètement ? Est-ce que ça change effectivement quelque chose, et on va le manifester, est-ce que ça nous met profondément en joie, ou est-ce qu’on se dit juste que c’est bien, c’est une bonne nouvelle, mais sans plus ? A moins que la vie soit trop dure et qu’on n’en soit pas encore à se poser ce genre de question même si on veut bien y croire et qu’on aimerait que ça puisse être comme une force de vie et d’espérance ?

En tout cas, pour l’heure, au début de cette page d’évangile, les disciples sont enfermés dans une sorte de mutisme, ils sont paralysés – comme nous parfois quand la vie nous cloue au sol ou quand nous ne savons plus où nous en sommes. Ils sont comme morts nos disciples. Ils ne savent plus où ils en sont. Et, de fait, c’est terrible ce qui leur arrive : trois ans à suivre Jésus et à tout miser sur lui, trois pour apprendre à croire et à comprendre qu’il était le libérateur promis par Dieu et qu’une partie du peuple attendait… Etait-ce trois ans pour rien ? Jésus est mort comme le pire des menteurs, sur la croix. Et en plus il s’est laissé faire… Je ne sais pas si on mesure l’effondrement et la désespérance que ça peut être pour ses compagnons…

Ils sont donc comme morts, les disciples. Ils sont verrouillés dans cette peur qui est le contraire de la confiance. Et voilà que Jésus est là, il se tient au milieu d’eux. C’est tout simplement incroyable, impossible, puisqu’il est mort. Et on le comprend Thomas – notre jumeau dans la foi –, on comprend qu’il veuille une preuve !

Jésus est là et il leur dit : « La paix soit avec vous ». Voilà ce que le ressuscité peut nous offrir. La paix du cœur. Rappelez-vous ce verset de l’évangile de Matthieu quand Jésus dit à ses disciples: « Venez à moi vous tous qui peinez, je vous donnerai le repos », la paix du cœur. Aujourd’hui c’est lui qui vient à la rencontre de ses disciples qui sont enfermés dans la peur et qui ne peuvent plus croire. Il est là. Il peut nous offrir cette paix du cœur qui elle seule peut nous sortir de nos paralysies intérieures et qui elle seule peut nous permettre de reprendre vie et de nous relever ou nous laisser relever les uns par les autres.

Avec cette paix qu’il annonce, Jésus donne aussi son Esprit Saint, sa force, pour que les disciples, une fois relevés et remis en route, puissent vivre en ressuscités et devenir des ressuscitants pour ceux qu’ils rencontreront à leur tour. Voilà ce qui leur est promis. Voilà leur mission – et notre mission, notre mission de baptisés – : être et devenir désormais les mains du Christ dans ce monde pour prendre soin de chacun et devenir sa voix pour qu’il soit annoncé et qu’une parole de paix et de résurrection soient entendues par ceux qui en ont besoin.

Thomas n’y comprend rien à tout cela. Comme nous il n’a pas vu Jésus et il n’a pas entendu tout cela. Il veut bien croire mais il veut une preuve. Comme nous, souvent. Alors Jésus revient. Et de nouveau, pour la 3ème fois il redit ce don de la paix. Il en faut du temps pour que ça passe en nous d’une simple parole entendue, une simple idée, à une parole de vie qui vienne nous rejoindre au cœur, qui vienne nous réveiller, nous remettre en route. Il en faut du temps pour passer du doute à la confiance. Or croire en Jésus ressuscité, croire en la résurrection – croire en la victoire de la vie sur la mort et sur le mal, quoi qu’il arrive et malgré les apparences – ça ne peut être rien d’autre qu’une affaire de confiance. Confiance en cette Parole de Dieu qui nous est transmise et confiance en la parole de témoins, jusqu’à celles et ceux qui autour de nous y croient en la résurrection et pour qui c’est une réel moteur de vie, jusque dans l’accueil de cette paix qui nous est promise, et jusque dans la mise en pratique de l’appel à aimer, c’est-à-dire à prendre soin et à vouloir permettre à l’autre de se relever et de retrouver confiance en la vie et pourquoi pas en Dieu.

Thomas lui aussi va finalement croire sur Parole – je crois que s’il avait touché le corps de Jésus, le texte l’aurait dit explicitement. Certes il a vu Jésus de ses propres yeux. Alors il a cru, il a cru en la résurrection de Jésus et il a cru ce que les autres disciples avaient vu et entendu. A sa suite nous sommes invités, je le redis, à croire sur Parole, celle contenue dans ces textes et celle des témoins de foi autour de nous.

Concrètement pour nous aujourd’hui, maintenant, qu’en est-il ? Je crois que nous sommes invités par ce texte à confier tout d’abord au Seigneur ce qui peut nous paralyser ou nous faire douter de lui ou du sens de la vie, y compris nos difficultés peut-être à croire en la résurrection. Lui demander qu’il vienne là nous rejoindre et nous donner sa paix, par cette eucharistie que nous allons recevoir tout à l’heure… Nous sommes également invités à rendre grâce pour toutes celles et tous ceux grâce à qui nous sommes là, grâce à qui nous sommes debout et grâce à qui nous sommes croyants. Ceux qui nous ont permis de croire sur Parole mais aussi ceux qui ont pu être pour nous les mains du Christ qui ont pris soin de nous… Et nous sommes enfin invités à demander l’Esprit Saint pour vivre de cette résurrection du Christ. En être et en devenir toujours plus des témoins en actes…

C’est bien tout cela que nous pouvons confier au Seigneur et que nous pouvons lui demander dès maintenant. Et c’est bien ce chemin de vie là que nous souhaitons pour Elinora pour qui nous prions tout spécialement aujourd’hui.

Publié dans Homélies

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