Homélie dimanche 19 avril 2015

Publié le par Christophe Delaigue

3ème dim. de Pâques / Année B

St JB (Bourgoin)

Ac 3,13-15.17-19 / Ps 4 / 1Jn 2,1-5a / Lc 24,35-48

Ces textes qu’on vient d’entendre, comme ceux de la semaine dernière, viennent interroger, une fois encore, la compréhension que nous pouvons avoir de la résurrection de Jésus ; et plus largement c’est la question de la présence de Jésus, pour nous aujourd’hui, qui nous est posée, et même celle de savoir ce que ça change que Jésus soit ressuscité, ce que ça change pour notre vie à nous aujourd’hui et puis, c’est lié, à quoi ça nous appelle.

Entre le vendredi Saint et Pâques, vous vous rappelez, c’est l’incompréhension totale qui habite les disciples de Jésus, et même la désespérance. Pensez au texte que nous connaissons bien des disciples d’Emmaüs, c’est juste avant le passage d’évangile que nous venons d’entendre. Celui en qui ils avaient mis leur foi, celui qui devait être leur libérateur, a été mis à mort, injustement, comme le pire des malfaiteurs, et même comme le pire des menteurs. Dieu ne l’a pas empêché de souffrir et il ne s’est même pas sauvé lui-même ; il s’est laissé faire – la 1ère lecture nous l’a rappelé…

[Les disciples vivent très concrètement cette question qui peut être la nôtre : mais que fait Dieu quand souffre et meurt le juste qui pourtant avait foi en lui ? Je ne développe pas la réponse, vous irez lire sur mon blog le texte de la conférence que j’ai donnée au lycée St Marc il y a 15 jours…]

L’expérience que font pourtant les disciples – on vient de l’entendre – c’est que Dieu a bien sauvé Jésus, mais pas comme nous l’aurions cru spontanément, pas comme nous le voudrions nous, pas à la manière d’un magicien qui ferait un grand numéro qui en mette plein la vue ; pas non plus comme dans un film hollywoodien. Non, Dieu ressuscite Jésus, discrètement, et le livre à notre foi, notre confiance. Pas de preuve qui s’impose à nous, rien qui soit logique à vue humaine, ni même compréhensible par la raison.

La question va être désormais celle de savoir comment Jésus est présent, Jésus ressuscité… Dans la scène que vient de nous rapporter l’évangile de Luc – je le redis, c’est la suite des pèlerins d’Emmaüs – dans cette scène, donc, Jésus est là. On ne sait pas comment. Ce qui importe c’est qu’il est là. Et plus encore, ce qui importe c’est que c’est bien lui, c’est réellement lui. A la fois méconnaissable alors même que plusieurs, juste avant, l’avaient déjà reconnus, sur le chemin d’Emmaüs notamment – méconnaissable, c’est-à-dire toujours à reconnaître dans les évènements et les rencontres –, méconnaissable, donc, mais en même temps vraiment réel et présent. Pas sous la forme d’un esprit, mais bien en chair et en os. Il a son corps marqué des blessures de sa Passion et il mange comme n’importe qui. C’est bien lui. C’est bien lui alors même que c’est impossible. C’est livré à la foi. Pas de preuve qui s’impose, mais une rencontre étonnante qui est de l’ordre d’une expérience de foi. Et en même temps un envoi en mission : les disciples sont appelés par Jésus à croire, mais plus encore à en devenir les témoins. Croire en la résurrection, se convertir, c’est-à-dire en tirer les conséquences concrètes pour notre vie, et en témoigner. C’est la mission des disciples. Et pour passer du statut de disciples à celui de témoins, ce sera la parole de Jésus au jour de l’Ascension : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint ; alors vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre ».

Le problème, pour nous, c’est que nous n’avons pas fait cette expérience d’une rencontre corporelle ou physique du ressuscité. Nous sommes dépendants du témoignage transmis de génération en génération. Car à l’Ascension, justement, Jésus va s’en aller, physiquement, il va rejoindre son Père, nous laissant cette promesse de l’Esprit Saint par lequel il sera désormais présent. C’est par lui que nous avons peut-être fait l’expérience d’une présence de Jésus, c’est en tout cas l’Esprit Saint que nous invoquons pour que le pain et le vin de l’eucharistie deviennent le Corps et le Sang du Christ, comme Jésus nous l’a promis ; et c’est le même Esprit Saint que nous invoquons, dans la prière eucharistique aussi, pour que nous devenions ce que nous allons recevoir, que nous devenions ensemble et par notre communion au Pain et Vin consacrés, le Corps du Christ. Très concrètement, cela veut dire que certes Jésus est présent dans l’eucharistie, mais pour que par notre vie avec Lui et notamment par la communion que nous pouvons recevoir, que nous soyons et devenions, chacun et ensemble, son Corps, c’est-à-dire ses mains pour prendre soin du monde, ses pieds pour qu’il soit présent de par le monde et partout où quelqu’un est en attente d’être relevé et remis en route ; et sa voix pour qu’il soit annoncé et que des paroles de résurrection, des paroles de vie, puissent être prononcées.

Croire au Christ ressuscité c’est croire qu’il est présent à nos côtés, par son Esprit, comme il l’a promis, c’est donc croire que nous pouvons lui confier ce qui fait nos vies et notamment nos traversées de l’impossible pour qu’ils viennent y déposer cette paix du cœur qu’il peut nous offrir et dont nous allons avoir besoin pour nous relever. Mais croire au Christ ressuscité c’est aussi et inséparablement croire que nous sommes responsables, ensemble, les uns des autres et de ceux que nous allons croiser.

Certes nous ne sommes pas meilleurs que les autres et nous ne sommes pas toujours à la hauteur de cette mission, d’où l’appel à la conversion dont il est question dans les lectures de ce jour ; certes aussi, nous ne sommes pas, nous, le sauveur du monde – c’est lui seul, Jésus, qui nous sauve et qui sauve le monde – ; c’est pour cela que nous le prions et que nous mendions sa présence, pour qu’il soit, lui, notre force – notre force pour avancer avec lui et grandir dans la confiance de sa présence, notre force aussi pour vivre l’appel à aimer. Le prier et mendier sa présence, c’est bien ce que nous faisons aujourd’hui encore dans cette eucharistie. C’est bien ce que nous faisons déjà et maintenant en laissant monter en nous tout ce que cela éveille.

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