Homélie nuit de Pâques 2015

Publié le par Christophe Delaigue

Samedi 4 avril 2015 - Veillée pascale

Paroisse St François d'Assise, église St JB (Bourgoin)

Gn 1 et Ps 103 (104) / Gn 22,1-18 et Ps 15 (16) / Ex 14 et Ex 15 / Ez 36,16-17a.18-28 et Ps 50 (51) / Rm 6,3b-11 / Ps 117 / Mc 16,1-7.

Cette histoire, l’histoire de Jésus, aurait pu s’arrêter là. Tout cela aurait pu être un véritable « flop ». Voilà ces femmes qui se rendent au tombeau et ce qu’elles découvrent, ou plutôt ce qu’elles entendent, est tellement impensable et incroyable, qu’elles sont effrayées. Elles sont même tellement effrayées, que la suite du texte qu’on vient d’entendre nous dit qu’elles s’enfuirent et ne dirent rien à personne. Il faudra du coup que d’autres personnes, Marie-Madeleine par exemple, fassent l’expérience étonnante de la rencontre du Ressuscité pour que cette nouvelle incroyable puisse se répandre et qu’elle se répande jusqu’à nous.

Tout cela aurait pu faire « flop », mais je les aime bien quand même ces femmes, car je crois que nous sommes bien comme elles !

C’est quand même vraiment fou ce truc là, cette histoire de résurrection ! Jésus a-t-il pu ressusciter, pour de vrai ? Sommes-nous appelés à ressusciter nous aussi, pour de vrai ? Mais alors, comment ? Où ? Et pourquoi, après tout ? La résurrection, ne serait-ce pas juste une vague espérance, une vague consolation pour des hommes et des femmes qui se demandent à quoi ça rime de vivre et de mourir ? Ne serait-ce pas juste une croyance pour se rassurer et pour essayer de se convaincre qu’on ne va quand même pas mourir et donc qu’on est plus que n’importe quel animal ou n’importe quelle créature de ce vaste monde ?

Je ne sais pas si les femmes et les disciples après elles se sont posé ce genre de questions là ; il me semblent que plus fondamentalement tous étaient désespérés de la mort de Jésus ; sans doute qu’ils se disaient que s’il avait pu il aurait échappé à tout cela et que Dieu l’aurait sauvé, que Dieu l’aurait empêché de souffrir et de mourir… Et du coup c’est terrible ce qui leur arrive : celui qui devait les libérer ne les a libéré de rien du tout, celui qui parlait d’un Dieu qui sauve n’a même pas été sauvé, celui qui a dit qu’il était la Vie est mort comme n’importe qui ; alors croire qu’il est ressuscité, ça n’a pas pu être si simple, en tout cas pas plus simple que pour nous…

Ceci dit, nos femmes, elles ont beau être effrayées et avoir peur, peut-être que ce qui les préoccupe en fait c’est qu’on puisse ne pas les croire si elles racontent ce qu’elles viennent de vivre ? En fait, peut-être que leur cœur pressent déjà la vérité de cette nouvelle étonnante et c'est comme si elle se disent déjà, intérieurement : « Et si c’était vrai… ? » N’est-ce pas cela la foi, comme une conviction intérieure, une sorte de force de vie en nous qui pourrait être plus forte que certaines désespérances ou certains doutes ?

Peut-être que nous n’avons pas une foi à transporter les montagnes, apparemment en tout cas. Mais peut-être avons-nous quand même une foi grande comme une toute petite graine de moutarde, minuscule. Ça suffit à croire ! Et ça suffit pour croire que Jésus puisse bien être ressuscité, malgré les apparences peut-être et malgré nos questionnements rationalistes. Et si c’était vrai qu’il est vivant et donc si c’était vrai tout ce qu’il a raconté tout au long de sa courte vie, et donc si c’était vrai que la vie et le don de soi par amour ce sera plus fort que tout mal et que toute mort ?!

Je ne sais pas vous, mais moi ça me suffit… Je veux bien y croire… Même si ça veut dire qu’il me faut mourir à tout un tas de certitudes sur la vie et sur moi-même, tout un tas de choses que le monde veut me faire croire et qui en viennent même à tuer la seule petite idée qui pourrait naître dans le cœur de ceux qui nous entourent en un Dieu qui est là, qui nous aime et qui nous promet la résurrection. Mais moi, je veux bien y croire en cette espérance folle, je veux bien y croire en cette Bonne Nouvelle que la vie est et sera avec le Christ plus forte que tout mal et que la mort. Je veux bien y croire d’autant plus que si je regarde ma vie en vérité, avec ses tempêtes et ses blessures, comme vous tous sans doute, alors je vois qu’effectivement la vie et l’amour des autres pour moi ont pu être plus fort que mes désespérances. Pas comme j’aurai voulu ou comme j’aurai pensé d’avance, mais pour de vrai quand même… Oui, il y a eu des évènements et des rencontres qui m’ont relevés. Oui, j’ai pu faire cette expérience indicible de la présence de Jésus à mes côtés. Pas très souvent, mais suffisamment pour m’y accrocher et pour y croire.

Les femmes du tombeau vide, c’est ce jeune homme dont on ne sait pas bien qui il est qui leur a transmis l’étrange nouvelle. C’est peut-être un ange, quelqu’un qui est là de la part de Dieu pour nous transmettre un message de sa part… La présence de ce jeune homme, j’y entends une invitation pour nous à faire mémoire, faire mémoire de ceux qui nous ont transmis cette foi incroyable, impossible et indicible en la résurrection, faire mémoire de ces expériences que nous avons pu vivre où nous avons comme touché du doigt que oui Jésus est bien là, que c’est fou, mais pourquoi pas. Et dans ce faire mémoire, j’entends aussi une autre invitation, celle à nous plonger sans cesse dans la Parole de Dieu pour y découvrir jour après jour et petit à petit qui est Dieu, qui est Jésus, comment Dieu s’est progressivement révélé au peuple d’Israël et comment il peut être présent aujourd’hui à ma vie, à notre vie. C’est ce que nous avons fait ce soir, comme une veillée au coin du feu où l’on se raconte notre histoire. Le but n’est pas que nous comprenions tout, mais que nous n’oublions pas ces histoires qui façonnent notre foi. Alors, petit à petit et jour après jour, par cette lecture et cette écoute de la Parole, je vais comprendre mieux et nous allons comprendre mieux comment Dieu est là, comment il est présent à nos côtés, quelle est cette résurrection à laquelle il nous convie avec Jésus, et quels sont les appels qu’il nous adresse aujourd’hui, dans ce monde tel qu’il est, au cœur de nos vies fragiles telles qu’elles sont. Et petit à petit, jour après jour, nous allons pouvoir continuer à découvrir que cette belle histoire de Pâques, cette belle histoire qui peut sonner à nos oreilles comme un beau conte, eh bien c’est plus qu’une belle histoire, c’est une Bonne Nouvelle, et que c’est vrai, c’est réel, et que ça fait vivre !

Je le redis : quelle que soit notre foi, aussi petite serait-elle, elle peut être le moteur de notre vie. Mais cette foi elle est aussi fragile que ces petites lumières que nous avons reçue tout à l’heure et que vous les baptisés de ce soir vous recevrez à la fin de cette célébration ; alors n’oublions pas que nous sommes un peuple en marche, c’est-à-dire que nous avons besoin les uns des autres sur ce chemin de vie et de foi sur lequel nous avançons petit à petit, n’oublions pas que nous avons besoin de nous soutenir dans ce qui est bon et dans ce que nous découvrons de Dieu et de sa présence, mais aussi lorsque le chemin est plus obscur ou plus difficile…

Et si nous doutons, demandons aussi au Seigneur qu’il nous éclaire ; ne comptons-pas que sur nos seules forces humaines. Demandons-lui son Esprit Saint. Et faisons avec Lui mémoire des évènements et des personnes grâce à qui nous sommes croyants ou grâce à qui nous avons pu nous relever de ce qui a pu nous clouer au sol. Alors nous pourrons rendre grâce, en demandant au Seigneur, en demandant à Jésus ressuscité, qu’il soit notre force pour avancer. C’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie, c’est donc ce que nous pourrons lui demander tout à l’heure encore en nous approchant pour communier ou en nous approchant pour recevoir une bénédiction, si nous ne communions pas ; c’est d’ailleurs ce que nous pouvons déjà lui demander maintenant dans le silence de nos cœurs et de cette nuit, cette belle nuit…

Publié dans Homélies

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