Tout amour véritable est indissoluble

Publié le par Christophe Delaigue

Tout amour véritable est indissoluble

Ce petit livre qui vient de sortir, aux Editions du Cerf, est signé de Jean-Paul Vesco, évêque d'Oran, ancien prieur des dominicains de la Province de France. Le frère Jean-Paul Vesco a fait parler de lui il y a quelques mois par un article dans le Journal La Croix au coeur des débats du synode de la famille quant à la question des divorcés-remariés. Son article tentait de proposer une voie possible dans le cadre juridique qui est la logique principalement mise en avant dans les débats ecclésiaux sur la situation de ces personnes en nouvelle union qui sont empêchées (par le droit, justement) de communier et de célébrer le sacrement du pardon.

Après son article qui a fait parler de lui, l'évêque d'Oran a développé sa pensée dans ces pages que je viens de lire et qu'il a surtout remises au pape il y a quelques semaines, lors de la visite ad limita des évêques du Maghreb. Le pape a-t-il lu ce petit livre ? Depuis, il a rajouté l'auteur parmi les membres nommés pour participer au synode des évêques à Rome, sur ces mêmes questions, en octobre prochain.

Et de fait, ces pages sont vraiment intéressantes, et fort stimulantes. L'auteur nous accompagne bien dans sa pensée, petit à petit, dans une construction bien faite, de chapitre en chapitre, qui sont des petits pas qui se suivent. L'introduction pose bien le cadre et les questions qui traversent cette situation douloureuse qu'est celle des divorcés-remariés, et la conclusion tente de reprendre de façon claire et simple le cheminement de la pensée. Au milieu, nous sommes conduits lentement. Certes, il faut s'accrocher un peu, c'est quand même difficile, car il faut comprendre à la fois les logiques actuelles de la discipline et de la théologie de l'Eglise quant au mariage et quant aux personnes divorcées vivant une nouvelle union, et celle que propose l'auteur en s'appuyant sur sa formation de juriste. Une comparaison facile à appréhender nous aide à comprendre ce qu'il tente de nous expliquer : un meurtrier dont la faute demeure pourtant et n'est finalement pas réparable peut recevoir le sacrement du pardon et communier là où des personnes divorcées-remariées ne le pourraient pas car elles restent "enfermées" dans leur faute (le remariage) et ses conséquence. Est-ce très normal et compréhensible ?

La thèse de l'auteur est juridique et par là-même théologique, dans ses conséquences, proposant un chemin d'accompagnement et de vie pour des personnes vivant une seconde union après une rupture de leur mariage sacramentel, un chemin qui pourrait permettre d'envisager de vivre et célébrer le sacrement du pardon et donc de vivre concrètement un chemin de réconciliation, et permettre ainsi que la communion eucharistique soit possible. D'ailleurs, comment l'Eglise peut-elle refuser ces deux sacrements qu'elle tient pour vitaux à des croyants et des pratiquants sincères quand bien même leur mariage a pu être un échec ? Et d'ailleurs aussi, un tel chemin d'accompagnement et de réconciliations permettrait de ne pas faire comme si toutes les situations étaient égales, qu'on soit celui qui ait abandonné l'autre ou celui qui ait dû s'enfuir pour se protéger ainsi que ses enfants, le panel de possibles étant multiple et large entre ces deux situations.

Vous l'aurez compris, ce livre est intéressant, un peu ardu mais accessible quand même. Il est en tout cas stimulant à la réflexion. Au passage l'auteur re-interroge de façon intéressante les textes bibliques du Nouveau testament qui sont souvent mis en avant dans les débats, même si on pourra regretter qu'il les creuse peu finalement, nous livrant assez vite ses conclusions.

L'enjeu de ce livre est de chercher quel chemin est possible pour ces personnes, quel chemin est possible pour l'Eglise, quel chemin est possible pour tenir vérité et miséricorde sans dénaturer ou minimiser cette indissolubilité du lien qui est la base ou le point saillant de la théologie catholique du mariage, mais sans pour autant enfermer des personnes vivant des situations d'échec et de blessure dans un rejet par l'Eglise ou ce qui peut être ressenti comme tel. Il ne s'agit pas de relativiser la beauté du mariage et l'appel à la fidélité pour toute la vie comme chemin possible de bonheur, avec Dieu comme partenaire (d'ailleurs, comment l'associons-nous dans les "oui" quotidiens qui sont à redire jour après jour ?), il s'agit d'accompagner des personnes blessées qui retrouvent un jour un chemin de vie et de leur permettre de le vivre en Eglise, dans un compagnonnage qui leur permette de grandir sur la vérité de ce qui s'est joué et dans l'accueil de cette miséricorde qui est bien la signature du Père, l'appel qu'il nous adresse.

Un livre passionnant, donc, pour qui osera s'y lancer.

Jean-Paul Vesco, Tout amour véritable est indissoluble, Editions du Cerf, mars 2015, 109 pages (petit format), 9 €.

--------------

NB : pour ceux qui, comme moi, ont été étonnés et même interpelés par le titre qui sonne un peu bizarrement, comme ça spontanément, la réponse à ce choix est p.52.

NB 2 : pour ceux qui veulent aller directement à la thèse de l'auteur (lancée par l'article du Journal La Croix dont il est question au début de mon post), allez voir les p. 71 et 82 (complétées par la p.107).

NB 3 : un lien texte et vidéo sur le site du Journal La Croix à l'occasion de la sortie de ce livre.

Publié dans Théologie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :