Homélie dimanche 10 mai 2015

Publié le par Christophe Delaigue

6ème dim. de Pâques / Année B

Salagnon

Ac 10,25-26.34-35.44-48 / Ps 97 / 1Jn 4,7-10 / Jn 15,9-17

Avec ces paroles de Jésus, nous sommes au cœur de ce qu’on pourrait appeler son testament spirituel. Des paroles que je trouve personnellement d’une profondeur étonnante et même bouleversante, si nous voulons bien les entendre et les accueillir comme une Bonne Nouvelle – je rappelle au passage que le mot évangile ça veut justement dire « Bonne Nouvelle », en grec.

Au cœur de ces paroles, un commandement. Spontanément nous n’aimons pas trop ce mot. On a l’impression que cela ne nous laisse pas libre, que c’est une règle contraignante, quelque chose qu’il faut suivre sans se poser de question. Ce mot « commandement », dans la bouche de Jésus, ça sonne plutôt comme une invitation, une proposition, mais à laquelle il nous presse, avec insistance, tout simplement parce qu’elle est la condition de notre bonheur, ou plutôt d’une joie profonde, celle de Dieu, dit-il, et la nôtre.

« Comme je vous ai aimé, aimez-vous les uns les autres »… Voilà le cœur de l’évangile et donc de toute vie chrétienne. L’appel à aimer. Nous aimer les uns les autres… Mais pas seulement nous aimer les uns les autres, nous aimer comme lui nous aime, comme lui nous a aimé…

Juste à la fin du lavement des pieds, Jésus avait déjà dit à ses disciples : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples ». C’est engageant cette histoire là ! Avec cette question que ça me pose : qu’est-ce que nous donnons à voir, nous chrétiens ; qu’est-ce que nous donnons à voir de ce que nous vivons, dans nos familles, mais aussi dans nos communautés ; qu’est-ce que nous donnons à voir dans nos liens avec ceux que nous rencontrons ? Peut-on dire de nous que nous vivons pour de vrai cet appel à aimer ? Je ne dis pas cela pour que nous entrions soit dans une sorte d’éloge de ce que nous serions ou de ce que nous croyons être, peut-être, ni, à l’inverse, pour que nous nous condamnions et nous culpabilisions de ne pas toujours y arriver. La question c’est celle de savoir si nous vivons, même avec difficulté parfois, cet appel à aimer, et si nous voulons nous en donner les moyens. L’autre question, c’est de savoir ce que ça veut dire aimer ? Au lavement des pieds, Jésus nous montre qu’aimer c’est se mettre à hauteur de l’autre et prendre soin de lui pour qu’il puisse se relever ; et dans le texte de ce matin il nous dit qu’aimer c’est entrer dans une connaissance de l’autre, de ce qu’il est et de ce qu’il peut apporter.

Nous aimer les uns les autres, donc, comme Jésus a aimé. Et même, je l’ai déjà dit, nous aimer comme lui, Jésus, nous as aimés… Je ne sais pas si nous mesurons ces mots… Ça veut d’abord dire que Jésus nous aime. Il a d’ailleurs donné sa vie pour nous. Pour traverser comme nous l’épreuve de toute vie qu’est la souffrance et qu’est la mort, et pour nous ouvrir un passage vers Dieu son Père. Il a donné sa vie, il est resté fidèle jusqu’au bout à son message d’amour, il s’est livré entre nos mains humaines qui l’ont mis à mort, pour nous faire découvrir qui est vraiment Dieu. Un Dieu qui nous aime et qui pardonne car il veut permettre à chacun de trouver son chemin, un Dieu qui nous aime mais qui ne s’impose pas à nous et qui nous laisse libre. Un Dieu qui ne veut pas agir comme un magicien, à coup de baguette magique, et qui ne peut pas, du coup, nous empêcher de souffrir, mais un Dieu qui nous accompagne quoi qu’il arrive, si nous lui faisons une place et si nous le lui demandons ; un Dieu, du coup, qui peut nous aider à traverser l’épreuve et à nous en relever. C’est le mystère de la croix, qui est au cœur de notre foi…

Jésus rajoute cette phrase étonnante et bouleversante : « Je vous appelle mes amis ». C’est ce qu’il veut vivre avec nous et ça veut donc dire que ce que nous arrivons à vivre avec nos amis, ça fonctionne pareil avec Dieu… Qui sont vos vrais amis ? Ce sont ceux à qui vous pouvez tout partager, même l’indicible et même s’il faut du temps ; ceux sur qui vous pourrez toujours compter mais qui savent rester à leur place et attendre patiemment que vous osiez faire appel à eux ; ceux qui ne peuvent pas toujours être présents à vos côtés mais qui trouverons le moyens de vous offrir l’aide dont vous avez besoin ; ceux aussi qui parfois vous bousculent pour que vous vous bougiez quand vous auriez tendance à vous laisser vivre ; ceux, enfin, avec qui l’amitié peut grandir et durer car vous vous en donnez les moyens en prenant le temps de vous voir, de vous donner des nouvelles, de vous partager ce qui vous fait votre vie. Vos amis, nos véritables amis, nous disent quelque chose de cette relation que nous pouvons décider de vivre avec Jésus, si nous le voulons, si nous osons lui faire la confiance de sa présence mystérieuse.

Je crois que c’est parce que nous prendrons le temps d’apprendre à lui faire une place dans notre vie, par exemple par la prière et le silence, que nous découvrirons aimé de lui. C’est parce que nous apprendrons à écouter sa Parole et à nous laisser éclairer par elle que nous comprendrons mieux qui il est et que nous entendrons ses appels d’évangile. Et c’est parce que nous l’accueillerons dans ses sacrements et notamment dans l’eucharistie que notre confiance en sa présence pourra grandir et que nous découvrirons qu’il peut être la force et la paix dont nous avons besoin pour vivre et pour permettre à d’autres autour de nous de vivre et de se relever à leur tour.

Je ne sais comment vous accueillez tout cela. Puissions-nous l’entendre, déjà, et vouloir y croire. Puissions-nous aussi nous découvrir vraiment aimé de Dieu et de Jésus et le vivre concrètement, toujours plus, toujours mieux, envers ceux que nous croisons. Alors notre joie sera profonde. C’est Jésus qui le dit…

Publié dans Homélies

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