Homélie 21 juin 2015 - (Presque) 10 ans d'ordination

Publié le par Christophe Delaigue

Homélie 21 juin 2015 - (Presque) 10 ans d'ordination

12ème dim. Temps Ordinaire / Année B

Eglise St JB (BJ) – Messe d'action de grâce 10 ans d’ordination

Jb 38,1.8-11 / Ps 106 (107) / 2Co 5,14-17 / Mc 4,35-41

Je suis très heureux que la liturgie nous donne à entendre ces textes là pour cette célébration et cette journée. Notamment j’aime beaucoup cette page d’évangile qu’on vient d’entendre… En méditant ce récit de cette tempête apaisée, j’ai deux choses qui me sont venues :

  1. J'ai pensé d’abord à tous ceux parmi vous ou dans les personnes que j'ai accompagnées qui traversent des épreuves ou qui en ont traversées, à tous ceux qui parfois se sentent ou se sont sentis perdus, tous ceux qui se demandent ce que Dieu fait pour eux ou plutôt pourquoi Dieu ne fait apparemment rien pour eux. Je peux dire que j’en ai été à certains moments…
  2. Et puis – deuxième chose – j'ai pensé à cette question un peu banale pour ceux qui m’entendent souvent mais qui me paraît vraiment importante : qu’est-ce que j’attends de Dieu, ou plutôt qui il est pour moi et qu’est-ce que ma foi change ou peut changer dans ce que la vie me fait traverser…

Jésus, vous l’avez entendu, est monté avec ses disciples dans cette barque où ils sont rassemblés. Il ne leur a pas dit « Passez sur l’autre rive », mais il leur a bien dit « Passons sur l’autre rive », c’est-à-dire « passons-y ensemble » ! Dans l’épreuve qu’ils vont traverser, cette tempête, il est donc bien avec eux, ils ne sont pas seuls. Au détail près que Jésus semble dormir et que se disciples, du coup, prennent peur. Je les imagine bien en colère contre Jésus, un sentiment qui a pu nous traverser nous aussi dans certaines épreuves : il leur a demandé d’embarquer et finalement, à cause de lui, ils sont dans la tempête et ils ont peur de mourir. Alors qu’ils n’ont fait que lui obéir. Et lui, voilà qu’il dort et qu’ils se sentent du coup abandonnés…

Dans les tempêtes que nous traversons – et la vie, c’est vrai, ne nous épargne pas beaucoup, certains plus que d’autres d’ailleurs – nous sommes tentés nous aussi de nous révolter contre Dieu. Nous nous disons que s’il existe alors il ne devrait pas laisser le mal nous assaillir ; en plus, si nous sommes croyants et même pratiquants, nous trouvons que c’est injuste et que Dieu pourrait bien nous protéger !

Du coup, c’est toute cette question de savoir qui est Dieu, qui il est pour nous, et qu’est-ce que nous attendons de lui. Est-ce que Dieu n’est pour nous que quelque chose qui devrait nous protéger ou bien est-il d’un autre ordre ?

Dans l’histoire qu’on vient d’entendre, Jésus semble dormir, et il laisse ses disciples se débrouiller. Il est là, bien présent, mais il ne sert à rien en tant que tel. Par contre, dès que ses disciples l’interpellent, alors ils les aide à traverser l’épreuve ; il leur « prouve », j’ai envie de dire, qu’il est bien là et qu’avec lui, en fait, ils n’ont rien à craindre.

Ce que je retiens de cela, c’est que malgré son silence apparent, Dieu est bien à nos côtés. Il est là. Par contre, il est de notre responsabilité de faire appel à lui et de lui faire une place dans notre vie. Parce que notre Dieu est un Dieu qui nous laisse libre ; il nous laisse libre de lui faire une place ou pas. Et jamais il ne s’impose à nous ; je le dis souvent aux couples en préparation mariage ou baptême, jamais il n’interviendra comme par magie dans le cours des choses. Je trouve d’ailleurs que ce serait en fait assez terrible un tel Dieu, un Dieu qui serait tout-puissant sur les évènements et sur notre vie, un Dieu qui tirerait les ficelles à sa guise ou en réponse à celui qui crierait le plus fort.

Le Dieu auquel nous croyons, le Dieu que nous révèle Jésus Christ, c’est un Dieu qui se tient à nos côtés, dans le silence. Un Dieu qu’il nous faut appeler, un Dieu qui attend de nous que nous lui fassions une petite place à nos côtés. Et je crois que Dieu est patient avec nous, tout simplement parce qu’il nous aime trop pour oser ne pas nous laisser maîtres de notre vie et de notre embarcation.

Et il m’arrive parfois de dire que si nous attendons de Dieu qu’il nous protège au sens où il serait cette sorte de magicien dont je parlais, alors je comprends que la foi se perde, parce que nous voyons bien que ça ne fonctionne pas comme cela ; et si nous espérons un tel Dieu, eh bien nous nous trompons.

Par contre, ce que je crois – et c’est pour moi une sorte de « certitude » de foi – c’est que Dieu est vraiment là à nos côtés, pour nous aider à traverser si nous le lui demandons et donc si nous le prions. Non pas qu’il empêchera l’épreuve de nous tomber dessus, et de manquer de nous engloutir même, mais sa présence et notre confiance en lui vont nous permettre justement de ne pas sombrer, de ne pas couler, de tenir le cap, malgré tout, envers et contre tout. C’est juste une question de confiance en lui – et quand je dis « en lui », ça n’exclut pas celles et ceux qui sont là à nos côtés et qui vont être ses mains pour prendre soin et sa voix pour oser une parole d’espérance ou qui relève. Peut-être que nous ne nous rendrons pas compte tout de suite qu’il était bien là avec nous, lui Dieu, Jésus ; mais ce sera après coup, quand nous découvrirons que nous sommes toujours en vie et que la tempête n’a pas eu le dernier mot sur nous. Nous découvrirons que parce que nous avons osé crier vers lui alors il a bien été là ; il a été présent dans telle main tendue qui nous a permis de continuer à avancer, dans telle rencontre qui nous a donné de la joie et qui nous a permis de garder le moral ou de retrouver un peu d’espérance, dans telle personne qui a su manifester très concrètement de la tendresse et une présence qui faisait du bien… Parfois dans de toutes petites choses, mais qui sont bien du côté de la vie quand même.

Nous sommes vraiment appelés à avoir foi, à avoir confiance en cette présence mystérieuse de Dieu avec nous. Et pour avancer et grandir sur ce chemin il faut que nous nous donnions les moyens, par exemple en décidant de recevoir Jésus et de l’accueillir dans le mystère de l’eucharistie, ce mystère du sacrement de sa présence qui nous rassemble et qui est pour moi le lieu par excellence où je nourris ma foi ; mais aussi en apprenant ou en nous obligeant à nous tourner sans cesse vers lui, dans la prière, notamment pour lui demander l’Esprit Saint, sa force de vie et d’amour, l’Esprit Saint que nous allons prier sur ce pain et ce vin de l’eucharistie et sur chacun de nous pour que nous devenions ensemble ce que nous allons recevoir : des signes et des moyens concrets de la présence de Jésus dans ce monde.

Je vais m’arrêter là et je vous propose qu’on prenne le temps du silence ; tout simplement pour laisser monter en nous ce que ces mots éveillent et pour confier au Seigneur nos joies, nos peines, nos traversées, nos tempêtes, mais aussi nos mercis pour celles et ceux qui nous permettent d’avancer…

---------------

L'illustration de ce post' est de Tony Castro, missionnaire laïc Brésilien de la Communauté Rainha de Paz à Bourgoin-Jallieu. Cette image a été faite pour l'occasion.

Publié dans Homélies

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :