Homélie dimanche 28 juin 2015

Publié le par Christophe Delaigue

13ème dim. T.O. / Année B

Demptézieu

Sg 1,13-15 ; 2,23-24 / Ps 29 (30) / 2Co 8,7.9.13-15 / Mc 5,21-43

Dans ce double récit d’évangile, il y a des choses étonnantes. Je ne parle même pas du fait qu’on nous raconte des guérisons miraculeuses, ce qui peut parfois nous paraître de belles histoires pas très réelles parce que ce n’est pas notre expérience immédiate ordinaire… Ceci dit, plus du quart des évangiles n’est constitué que de récits de miracles, avec, très souvent, cette demande de Jésus qu’on n’en parle pas.

Il me fait rire Jésus : la petite fille vient de mourir, il la guérit, et il voudrait qu’on ne le dise pas trop ! Pourquoi la guérir si ça doit rester secret ?! Et pourquoi y aller entouré et pressé par une foule nombreuse qui a soif de magique et de miraculeux, comme c’est parfois le cas aujourd'hui encore dans certains lieux de pèlerinage … ? Ces miracles sont des signes du salut que Jésus vient apporter à tous les hommes, mais ils ne restent que des signes, et Jésus a visiblement trop peur qu’on fasse de lui d’abord un faiseur de miracles ; or il n’est pas un guérisseur ou un magicien, il est le Messie promis par Dieu, celui qui doit apporter la libération, la guérison intérieure…

Parmi les choses étonnantes de ce texte, il y a cette imbrication entre les deux guérisons. Deux récits dont le point commun est un nombre d’années : les 12 ans de la jeune fille qui vient de mourir et ces 12 années de perte de sang pour la femme malade. Pour les orientaux, les chiffres et les nombres ont une grande valeur symbolique, je vais y revenir. Le sang aussi a une connotation très symbolique : le sang c’est la vie ! Rappelez-vous au soir du passage de la mer rouge, dans le livre de l’Exode : on marque les portes des habitations du peuple avec le sang de l’agneau, pour que la vie des enfants d’Israël ne leur soit pas enlevée ; c’est le même sang qu’on retrouve pour les sacrifices dans le Temple. Et Jésus va verser son sang pour nous, il va faire le don de sa vie jusqu’au bout, pour notre salut, pour nous libérer de tout ce qui emprisonne notre vie.

La fillette qui vient de mourir avait 12 ans et la femme malade perd son sang depuis 12 ans ; et donc elle meurt lentement depuis 12 ans. Peut-être que saint Marc veut évoquer à travers ces deux mourantes, le peuple de Dieu, le peuple des 12 tribus qui est en train de mourir de toutes ses infidélités et de ses recherches de réussites humaines qui l'éloignent de Dieu et dont ne cessent de témoigner les cris et les appels des prophètes... La seule voie de salut et de vie, nous dit ce texte, c’est de faire confiance à Jésus : il est venu pour nous donner la vie et nous la donner en abondance...

Si Israël pouvait au moins avoir en Jésus une confiance aussi grande que la femme aux pertes de sang ! Sa confiance la conduit à aller à contre-courant de toutes les traditions de son peuple : une femme qui perd du sang était considérée comme impure, et elle rendait impure tous ceux qu'elle touchait... Mais, comme s’il n’y avait plus d’autre solution, comme si elle n’avait plus d’espoir en tous ces remèdes que lui proposent sans doute les guérisseurs de l’époque, elle fend la foule et tant pis pour les conséquences ! Elle saisit le manteau de Jésus : « S’il y en a un qui peut me sauver, su dit-elle, c’est lui » ; et Jésus ressent à travers tout son corps le geste de la femme... « Qui m'a touché ? » dit-il. Imaginez la tête des apôtres qui doivent se sentir un peu gênés de cette question et qui doivent se demander si Jésus a bien les pieds sur terre : il est serré de toute part par la foule et il demande qui l’a touché. « C'est moi Seigneur », dit la femme. Ça y est, la rencontre est possible. Elle est là, toute tremblante de confusion pour ce qu’elle a fait et en même temps pleine de joie parce qu’elle sent bien qu’elle est guérie. Et Jésus ne la rabroue pas. Au contraire on dirait qu’il la félicite, et tant pis si elle a enfreint la loi pour poser et oser ce geste de confiance en lui ; ce n'est pas la loi ou les règles qui sauvent, mais c'est la foi...

Pendant ce temps, vous l’avez entendu, les bons amis de Jaïre tentent de le dissuader de demander à Jésus de venir auprès de sa fille, elle est morte, c'est fini, il n’y a plus rien à faire... Les pleureuses convoquées pour le deuil se moquent de celui qui prétend les priver de remplir leur office... « Ne crains pas, dit Jésus, crois seulement ! » Et prenant la main de la fillette, loin du regard de la foule, il s’adresse à elle comme si elle pouvait l'entendre : « Talitha Koum », « Lève-toi, réveille-toi »… Et elle se relève... Elle se réveille de ce sommeil qu’est la mort…

A travers ces deux femmes marquées par le nombre 12, Je crois que Jésus signifie qu’il vient proposer sa vie au peuple d’Israël. Il vient lui proposer la nouvelle alliance que les prophètes avaient promise et à laquelle tous pourront avoir accès par le moyen étonnant et encore plus intrigant que ces guérisons qu’est le moyen d’un repas. Un drôle de repas où il va se faire nourriture pour communiquer à ceux qui le recevront l’énergie de son amour, les imprégner de sa vie, leur façonner un cœur d’enfant de Dieu semblable au sien et qui regarde chacun avec amour et confiance... Et c’est sans doute pour faire référence à ce repas que saint Marc termine son récit en précisant que Jésus leur dit de la faire manger... Il vient de rendre la vie à cette jeune fille de 12 ans et il a le souci de la maintenir en vie, de la faire grandir... C’est bien cela que Jésus vient proposer à son peuple : grandir dans la vie, dans la confiance de sa présence qui ouvre à plus de vie et qui ouvre même à la vraie vie, avec Dieu...

Si Jésus est venu, conformément aux promesses des prophètes, appeler d'abord le peuple des 12 tribus, nous croyons qu’il a ouvert la table de son alliance aux croyants de toutes les nations, à tous ceux qui décident de le suivre et de s’en remettre à lui dans la foi, c’est-à-dire dans la confiance... Et nous qui faisons aujourd’hui partie de son Eglise, nous avons finalement bien mieux qu’un manteau à toucher pour recevoir sa vie et nous ouvrir à sa présence ; il nous invite à manger son Corps et à boire son Sang pour devenir, chacun et ensemble, ses mains qui prenne soin de l’autre et qui relèvent et sa voix qui ose des paroles de résurrection... La seule question qui nous soit du coup posée : voulons-nous bien croire que la puissance de Dieu pourrait être une force de vie pour nous ? Si oui, voulons-nous vraiment recevoir cette force de Jésus qui se fait lui-même notre force et notre nourriture pour que nous vivions de lui et par lui ?

Publié dans Homélies

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