Homélie dimanche 23 août 2015

Publié le par Christophe Delaigue

21ème dim. du Temps Ordinaire / Année B

Demptézieu

Jos 24,1-2a.15-17.18b / Ps 33 (34) / Ep 5,21-32 / Jn 6,60-69

On vient d’entendre que ce jour là beaucoup cessèrent de suivre Jésus… Ce qu’il avait dit juste avant dans le discours du Pain de Vie, au chapitre 6 de l’évangile de Jean, ce sont de fait des paroles qui ont déjà été dérangeantes pour les disciples qui étaient avec Jésus et qui peuvent paraître encore inaudibles pour certains d’entre nous, par exemple quand il dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour »

Dans ce qu’on vient d’entendre aujourd’hui, il y a deux phrases qui sont à mon avis capitales pour comprendre tout cela :

  1. il y a d’abord cette quasi confession de foi de Pierre que personnellement je trouve bouleversante : « Seigneur, à qui irions-nous ; tu as les paroles de la vie éternelle »… Rappelez-vous qu’un jour les disciples ont demandé à Jésus ce qu’est la vie éternelle et il a répondu (Jn 17,3) : « La vie éternelle c’est de te connaître, toi le seul vrai Dieu, et de connaître Jésus que tu as envoyé »… Connaître au sens de vivre avec, de comprendre pleinement, d’être en relation…
  2. L’autre phrase capitale d’aujourd’hui c’est ce que Jésus a dit aux disciples juste avant cette confession de foi de Pierre : « personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père » ; je comprends que la foi est un don de Dieu ! Et donc que ce n’est pas étonnant que certaines paroles de Jésus nous bousculent ; par contre nous avons le droit – et même le devoir ! – de demander à Dieu qu’il nous éclaire, que ça prenne sens pour notre vie ; ça s’appelle la prière…

J’ai été frappé cet été au Brésil de voir et même de sentir combien la foi des gens que j’ai rencontrés et des communautés chrétiennes que j’ai visitées est rayonnante et joyeuse et combien elle est communicative ; et j’ai été vraiment frappé de sentir et de voir combien Dieu fait partie de leur vie. Et en entendant les mots de Jésus, ce matin, la question qui m’habite c’est : est-ce que nous voulons de fait aller à Jésus – je pense au moins un peu, si nous sommes là de temps en temps à la messe – ; mais est-ce que nous voulons vraiment, au sens de : est-ce que Dieu est vraiment quelqu’un pour nous, quelqu’un sur qui nous comptons, quelqu’un vers qui nous nous tournons, quelqu’un que nous voulons connaître et que nous voulons apprendre à découvrir et à comprendre, quelqu’un que nous voudrions faire connaître aussi ?

Quand je vous dis ça, évidemment je ne juge la foi de personne, rassurez-vous, et surtout je n’oublie pas que dans les évangiles, on voit bien que ce n’était pas plus facile pour les apôtres de croire et qu’on est bien comme eux. Ceci dit on voit aussi que la rencontre de Jésus et sa résurrection ça a changé leur vie ! La preuve, nous sommes là ce matin, plus de 2000 ans après !

En fait, la question c’est de savoir qui est Jésus pour nous : est-il le Fils de Dieu, c’est-à-dire Dieu lui-même qui vient nous rejoindre et qui nous donne sa force de vie et d’amour, ou bien est-il un simple prédicateur ou un prophète de sagesse parmi tant d’autres ? Du coup, cette eucharistie que nous célébrons, est-ce que c’est pour nous – même si nous n’y comprenons pas grand-chose – le sacrement de sa présence pour nous – le sacrement ça veut dire le signe et le moyen de sa présence, le signe de cette présence et le moyen qu’il a trouvé pour nous rejoindre, pour être avec nous – ? Pour le dire autrement : voulons-nous bien croire ou croyons-nous vraiment que dans cette eucharistie qui nous rassemble c’est bien lui, Jésus, qui est là et qui se donne, mystérieusement ; ou alors est-ce que considérons que ce n’est qu’un geste de partage et de souvenir de sa venue et de son message ?

Voilà, je crois, un des enjeux de ce chapitre 6 de Jean que nous entendons depuis plusieurs semaines ! Car si Jésus est bien le Fils de Dieu et donc qu’il est bien ressuscité, alors il peut être là, puisqu’il l’a promis, et il peut se donner à nous, même de cette façon là, étonnante c’est vrai mais réelle.

Peut-être que tout le monde n’arrive pas encore ou pas toujours à dire au Christ : « Seigneur, à qui irions-nous ; tu as les paroles de la vie éternelle ». Par contre nous pouvons choisir, nous pouvons décider – c’est de cela dont était question dans la 1ère lecture – nous pouvons décider de faire confiance, nous pouvons choisir de miser notre confiance en ces Paroles qui nous ont été transmises depuis des générations et nous pouvons décider de les laisser résonner en nous en demandant au Seigneur le don de la foi, pour que ça devienne, justement, des paroles de vie et même des Paroles de vie éternelle.

Mais, est-ce que nous voulons bien y croire que c’est Parole de vie ? Est-ce que nous voulons bien croire que Jésus a pour nous – pour chacun de nous – les Paroles de la vie éternelle ? Par exemple quand il nous invite à croire qu’il est ressuscité et donc qu’il est présent pour toujours avec nous et qu’avec lui la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort ; par exemple encore quand il nous invite à croire que lorsque nous communions à son Corps et à son Sang il demeure en nous et du coup qu’il devient cette force de vie dont nous aurions besoin à la fois pour traverser ce que la vie nous donne de traverser et en même temps pour devenir ces témoins qui vont permettre à d’autres de se relever de ce qui les cloue au sol et de découvrir qu’il y a un Dieu qui est là, qui les aime et qui veut pour eux aussi la vie…

« Seigneur, à qui irions-nous ; tu as les paroles de la vie éternelle »… Nous prenons quelques instants de silence pour laisser tout ça résonner en nous… Et puisque « personne ne peut venir à [Jésus] si cela ne lui est pas donné par le Père » nous le lui demandons…

Publié dans Homélies