Homélie dimanche 30 août 2015

Publié le par Christophe Delaigue

22ème dim. du Temps Ordinaire / Année B

ND, Jallieu [sam. soir - Journée Appel et mission] / St JB, Bourgoin

Dt 4,1-2.6-8 / Ps 14 (15) / Jc 1,17-18.21b-22.27 / Mc7,1-8.14-15.21-23

Ces paroles de Jésus sont vraiment dures… dures à entendre, dures à comprendre peut-être ; en tout cas dures à l’encontre des pharisiens. Je vous rappelle que les pharisiens sont des spécialistes de la Torah, la Parole de Dieu pour les Juifs, la Loi – avec un L majuscule – et spécialistes aussi des traditions qui ont été mises en place, au fil des années et des siècles, pour servir les commandements de Dieu, pour permettre au peuple d’arriver à les vivre et à entrer dans leur sens. Sauf que c’est comme toujours, on finit parfois par oublier le cœur et à n’en rester qu’à la forme, ces traditions qui ont dû s’accumuler finissent par devenir des règles contraignantes et qui ont parfois perdues de leur sens. On est alors dans la pratique pour la pratique.

Voilà ce que reproche Jésus aux pharisiens. Et il le leur reproche parce que du coup ils enferment des gens dans des catégories, des jugements – le pur et l’impur par exemple –, alors que les commandements de Dieu, les Paroles révélées à Moïse sur le Mont Sinaï, devaient être des balises de vie, des Paroles de vie.

Les règles que nous imposons nous permettent-elles d’ouvrir un chemin de vie, de délimiter ce qui est de l’ordre du vivre ensemble et du bon pour l’homme, en opposition à ce qui serait des chemins de mort ; ou ces règles sont-elles enfermantes et peut-être mêmes mortifères ?

Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas de règles, de traditions, de rites, et tout ce que vous voulez. Mais comment tout cela est-il au service de l’homme, au service d’une croissance et d’un chemin de vie et au service de la relation des hommes et des femmes avec Dieu, comment est-ce que c’est au service d’un chemin de libération ?

Jésus cite le prophète Isaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C'est en vain qu'ils me rendent un culte »... C’est une parole qui vient de loin et qui semble encore d’actualité dans la bouche de Jésus. Une parole qui l’est peut-être encore pour nous… Même s’il faut bien le reconnaître le contexte a changé : nous sommes finalement peu ou moins nombreux à honorer Dieu par le culte, beaucoup se disent croyants mais non pratiquants. Or la prophétie d’Isaïe parle de ceux qui pratiquent, cultuellement. La question que pose cette prophétie d’Isaïe est celle de notre cohérence de vie – et même, pour nous, de vie chrétienne. Du coup elle est complètement d’actualité pour nous, nous qui sommes là, nous qui nous disons chrétiens.

Nous avons trois dimensions à tenir ensemble : (1) la foi, (2) la pratique cultuelle (mais qui soit ajustée, en cohérence de vie et de foi), et (3) les conséquences pour notre vie concrète, pour notre agir de chaque jour.

Notre foi, ce que nous croyons, nous ouvre-t-elle à une pratique cultuelle ? C’est-à-dire, quelle place faisons-nous à Dieu, concrètement ? Comme je le dis souvent, n’est-il qu’une idée ou est-il vraiment quelqu’un ? S’il est quelqu’un alors je suis appelé à le rendre partenaire de ma vie. Et pour cela, je suis appelé à lui faire une place et, comme il m’y invite, à me mettre à l’écoute de sa Parole, à le prier – c’est-à-dire à lui parler et à me mettre à son écoute, dans le silence, dans ce silence où je vais pouvoir laisser la Parole de Dieu lue et méditée entrer en résonnance avec ce que je vis et les questions que je porte. Et si Dieu est quelqu’un et si je veux rendre Jésus vraiment partenaire de ma vie, alors je suis aussi invité à enter dans ce mystère du Christ qui se donne à nous dans l’eucharistie. Tout cela impliquant certes une dimension personnelle de la foi mais aussi un vivre ensemble pour nous porter les uns les autres sur ce chemin et pour vivre concrètement entre nous les appels de l’évangile et pouvoir trouver ensemble comment les vivre dans le monde.

C’est toute la question alors de ce que ça vient changer concrètement dans notre agir quotidien. St Jacques nous l’a rappelé dans la 2ème lecture : il s’agit d’écouter, d’accueillir la Parole de Dieu, mais tout autant de la mettre en pratique. Ce ne sont pas que des mots. Est-ce que c’est pour nous, réellement, une Parole – avec un grand P – c’est-à-dire des mots qui nous sont adressés par quelqu’un pour nous ouvrir un chemin de vie ? Du coup, comment est-ce qu’on les écoute, par exemple à la messe ? Est-ce qu’on les écoute vraiment ou est-ce qu’on parle à son voisin parce qu’on considère que ce sont juste des mots qui s’alignent ou de vieilles histories que d’ailleurs on croit connaître ? Est-ce que ces mots, ces Paroles, nous voulons bien croire que par elles Dieu nous parle aujourd’hui et du coup qu’est-ce que ces mots, ces Paroles, viennent changer concrètement dans notre vie ? Là aussi on va avoir besoin les uns des autres, et ça pourrait s’appeler les Fraternités locales…

En tout cas nous ne pouvons pas, je crois, entendre et réentendre, dimanche après dimanche, l’appel à aimer, c’est-à-dire l’appel à prendre soin de l’autre quel qu’il soit, quelle que soit son histoire, sa foi, sa croyance, son appartenance ethnique, l’appel à ne pas juger, l’appel à pardonner, et ne rien en faire ! Ou alors Jésus peut nous aussi nous traiter d’hypocrites, excusez-moi, comme les pharisiens. L’évangile c’est concret, c’est à vivre ; certes en balbutiant parfois, en tâtonnant, en nous trompant peut-être, mais c’est à mettre en pratique, si nous croyons que c’est chemin de vie et de libération, pour nous et pour ceux qui nous entourent.

Parce que nous croyons, je me permets de vous le rappeler, que Dieu veut nous sauver, nous libérer, nous offrir la vie, mais pas seulement nous qui aurions foi en lui et qui l’honorerions par notre pratique cultuelle et notre capacité à nous occuper des pauvres et des malades ; non, pas que nous ; Dieu veut sauver tous les hommes ! Et il a besoin pour cela de chacune de nos mains, à notre mesure évidemment. Il s’agit tout simplement de vouloir vivre les appels de l’évangile, et de lui demander sa force, sa présence, pour que nous y arrivions, chacun et ensemble, de conversion en conversion.

C’est bien ce que nous pouvons, aujourd’hui encore, lui demander, maintenant. Et c’est bien ce que nous célébrons et allons recevoir tout à l’heure, avec le Pain de l’eucharistie : la force et la présence du Christ, pour que nous devenions en ce monde ce que nous avons reçu.

Publié dans Homélies

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