Laudato si - Pape François

Publié le par Christophe Delaigue

Laudato si - Pape François

A dire vrai la lecture de cette lettre encyclique me faisait peur. Car je n'y connais pas grand chose à ces questions écologiques et leur pendant économique (ce lien là j'en avais conscience). Peur donc de m'y mettre... Mais à dire vrai ça se lit plutôt facilement ! Certes ce n'est pas un roman, n'exagérons rien, mais c'est franchement lisible et même intéressant !

Par contre le titre qui invite à la louange ne doit pas nous cacher le réel : ces pages sont dures car la réalité de l'état de notre terre n'est pas très rose... Nous sommes pris dans ce que le pape François appelle à plusieurs reprises une spirale d'autodestruction où les enjeux environnementaux et écologiques sont en même temps un défi culturel, spirituel, éthique et éducatif. Mais tout cela il l'expose, l'analyse et le développe sans tomber dans un pessimisme que je qualifierais de "plombant" ; non, car chaque fois qu'il le peut le pape François n'hésite pas à dire ce qui germe, le positif déjà là, les chemins d'espérance qui sont possibles, qu'ils soient déjà en mise en œuvre ou qu'ils soient de l'ordre d'un réalisable.

Ces pages sont à la fois un état des lieux et tout autant un appel fort. Qui concerne chacun. Riches et pauvres, croyants ou non, écologistes et économistes ou politiques comme les "simples" citoyens et habitants de cette terre ; tous car nous sommes tous responsables de cette "maison commune" qui nous est confiée, tous responsbes chacun à notre mesure, chacun où nous sommes. Certes les systèmes économiques qui misent tout sur le gain et le rentable sont particulièrement visés. Certes aussi nous savons combien les choix politiques et économiques de quelques uns ont forcément du poids. Mais c'est pour le pape une conviction : c'est la prise de conscience de chacun et les mises en œuvres possibles par chacun (et communautairement) qui pourront faire réellement avancer les changements indispensables.

Dans ces pages le pape nous montre et nous redit combien tout est lié, combien il nous faut envisager une écologie qui doit être "intégrale", jusque dans la défense de toute vie, donc de toute vie humaine aussi, jusqu'en ses dimensions sociales et sociétales. Avec toute la question de la prise en compte concrète et réelle des plus pauvres.

J'ai été touché à plusieurs reprises dans cette lettre encyclique par le fait que le pape François évite tout jugement quand il pointe les responsabilités et les dérives ; jamais il ne pointe nommément tel ou tel Etat ; non, ce qu'il préfère pointer et nommer ce sont - je le disais déjà plus haut - les signes d'espérance déjà perceptibles ou envisageables.

Ajoutons que ce texte aborde beaucoup de questions de ce qu'on appelle habituellement la Doctrine sociale de l'Eglise (la propriété, le travail, le bien commun, etc.) mais sans jamais jargonner, ce qui le rend lisible par beaucoup. C'est d'autant plus important que le pape souhaite s'adresser au plus grand nombre, en tout cas à tous les hommes et les femmes de bonne volonté. Certes il faut s'accrocher un peu mais c'est vraiment lisible.

Concrètement, après une introduction qui remet ce livre dans la contexte d'autres écrits, le pape François fait tout d'abord un état des lieux de la crise que nous traversons. Puis ayant fait un détour par un très beau chapitre biblique, il aborde les causes humaines de cette crise. Vient alors le chapitre central de cette encyclique (le ch. 4) sur la fameuse "écologie intégrale" ; après quoi il propose quelques pistes d'action (que certains commentateurs pointent comme n'étant pas assez concrètes, de fait ce sont plutôt des orientations). Il termine enfin par un chapitre sur les enjeux éducatifs et spirituels de la conversion qu'il nous faut opérer.

Le tout se termine en forme de méditation avec tout d'abord la présentation d'attitudes spirituelles et concrètes dont nous pouvons déjà vivre et ensuite une invitation à la contemplation qui se fait prière en toute fin de ces pages. C'est là que nous retrouvons l'esprit de louange par lequel cette encyclique commençait en ses premiers mots qui lui ont donné son titre et son nom.

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Pape François, Lettre encyclique sur l'écologie Laudato si, Bayard-Cerf-Mame, juin 2015, 205 pages (4,50 €).