Homélie dimanche 20 septembre 2015

Publié le par Christophe Delaigue

25ème dimanche du Temps Ordinaire / Année B

St Jean-Baptiste (Bourgoin-Jallieu)

Sg 2,12.17-20 / Ps 53 (54) / Jc 3,16 – 4,3 / Mc 9,30-37

Cette page d’évangile est comme un condensé du mystère de l’identité et de la mission de Jésus. Et par extension, dans cette page d’évangile elle même mais aussi avec la 2ème lecture, nous avons également comme un condensé de ce à quoi il nous appelle.

Je m’explique. Jésus monte à Capharnaüm, vous l’avez entendu, Capharnaüm qui est une ville de désordre et de confusion, un peu comme semble l’être la tête et le cœur de ses proches qui l’accompagnent. Non seulement ils se demandent bien de quoi leur parle Jésus quand il annonce sa mort à venir et sa résurrection, mais en plus ils sont dans une sorte de confusion sur ce qui adviendra après lui quand il ne sera plus là, qui sera appelé à prendre la relève, le commandement, qui sera le plus grand parmi eux ?!

Que vient de leur dire Jésus : que le Fils de l’homme, c’est-à-dire ce Messie attendu que les écrits prophétiques et apocalyptiques de la 1ère Alliance annonçaient, que le Fils de l’Homme non seulement arrive mais qu’il est là, et non seulement qu’il est là mais qu’il est livré, déjà, aux mains des hommes. Il se donne, il se laisse conduire jusqu’au bout, quoi qu’il arrive, au nom du pourquoi de sa venue. C’est après sa mort et sa résurrection que ses disciples comprendront enfin qu’il est ce Fils de l’Homme, qu’il est le Messie attendu mais autrement qu’un libérateur politique, qu’il est le Fils de Dieu qui nous ouvre à une vie nouvelle et une espérance folle qui va changer notre vie, celle de savoir que quoi qu’il arrive, même au plus terrible de nos traversées et de nos épreuves, avec Dieu, avec lui Jésus, la vie sera plus forte que le mal et que la mort.

Mais pour cela et pour l’heure, le Fils de l’Homme, dit-il, se livre aux mains des hommes. Qu’en feront-ils ?

Et nous d’ailleurs, qu’en faisons-nous ? N’est-ce pas la même chose que nous sommes appelés à vivre et déjà à découvrir chaque semaine dans ce mystère étonnant et presque fou de l’eucharistie ? Le Christ ressuscité veut se rendre présent à nous et par nous. Et pour cela il se livre entre nos mains. Nous allons d’ailleurs le recevoir par nos mains, ces mains qui travaillent, ces mains qui prennent soin, ces mains aussi qui trahissent parfois, ces mains qui s’entraident. Il se livre entre nos mains, des mains qui vont faire confiance que oui, ce petit bout de pain sans goût c’est bien le sacrement de sa présence, c’est-à-dire le signe par lequel il nous rappelle sa présence et le moyen par lequel il nous rejoint aujourd’hui pour que nous devenions à notre tour signes de la présence de Dieu et acteurs de cette présence, que nous devenions ses témoins qui sont alors ses mains pour prendre soin, sa voix pour l’annoncer, ses pieds pour aller à la rencontre de tous.

Il se livre tellement entre nos mains qu’il se livre d’abord à note foi, notre confiance. Accepterons-nous de croire qu’il est là, qu’il se donne, qu’il compte sur nous aujourd’hui, qu’il a besoin de nous et qu’il peut changer notre vie et celle de ceux vers qui nous nous tournerons pour vivre concrètement et en actes l’Evangile.

Par contre, comprendrons-nous que dans cette vie avec lui qui nous est offerte et cette mission qu’il nous confie, l’enjeu n’est pas d’être grand, d’être doué, d’être rentable, d’être efficace, l’enjeu il est de se faire le serviteur de tous. Et même de vivre tout cela comme un enfant, un être qui accueille la vie qui est là, un être fragile qui a soif de comprendre et d’être utile, un être joueur et innocent qui peut devenir lui-même grâce à ceux à qui il a été confié, un être en dépendance. Quels « enfants » sommes-nous ? Acceptons-nous de croire que note vie sera belle, bonne, efficace, utile, si nous vivons en dépendance du Père aimant que Jésus nous révèle, c’est-à-dire en comptant non pas d’abord sur nos seules forces mais d’abord sur lui, sur lui le Père aimant qui nous a donné son Fils qui se livre ce matin encore entre nos mains, ce Fils qui a nous appris aussi que notre force nous la tiendrions de Dieu si nous la lui demandons et si nous nous mettons en attente de cette promesse de vie et d’amour qu’il nous fait dans le don de l’Esprit Saint ? Rappelez-vous Jésus à l’Ascension, quand il envoie ses disciples que nous sommes en mission : « Vous allez recevoir une force celle de l’Esprit Saint ; alors vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre »

J’entends ce matin l’appel toujours et encore mais toujours plus à ouvrir notre vie, notre cœur, à la présence de Dieu et de l’Esprit Saint. Enraciner nos vies dans la prière pour que nous puissions agir dans ce monde tel que Dieu le veut. Non pas s’enfermer dans la prière pour être bien tranquille. Mais s’ouvrir dans la prière aux appels de la Vie en nous et donc de Dieu, entendre comment nos questions de vie ou ce que nous voyons et entendons des cris des hommes vient trouver écho avec notre lecture de la Parole et avec ce qui va jaillir du silence intérieur. Alors nous pourrons en communauté nous aider à vivre ces appels que nous aurons discernés, et nous aider à le vivre dans l’esprit de service, cet esprit de service que nous propose Jésus comme attitude juste et véritable.

Rappelez-vous le dernier repas de Jésus et ce geste très beau et étonnant du lavement des pieds. Servir l’autre en prenant soin de lui, quel qu’il soit, même s’il va trahir ou renier. Servir l’autre non pas de haut, parce que nous nous saurions ce qui est bon ou ce qui est juste, mais le servir en nous abaissant à sa hauteur, en nous plaçant sous son regard pour nous envisager et envisager ensemble ce qu’il faut vivre.

Voilà je crois ce que cette page d’évangile nous rappelle ou nous redit. Qui est Jésus et à quoi il nous appelle. Je ne sais pas si vous vous rappelez cette phrase du frère Christophe de Tibhirine que je vous ai invités à retenir lors de la célébration du Jeudi Saint, en avril dernier. Aujourd’hui je ne résiste pas à vous la rappeler elle aussi pour qu’elle nous éclaire dans ce que nous avons à vivre : « N’être plus que le geste seul qu’il me faut devenir : eucharistie ». Eucharistie c’est-à-dire don de soi par amour, dans le service du frère qui est là mais aussi action de grâce, action de grâce pour le Christ qui se livre entre nos mains, pour le Christ qui veut nous relever par sa présence, pour le Christ qui compte sur nous pour être avec lui des acteurs de résurrection, pour le Christ qui nous donne l’Esprit Saint, sa force de vie et d’amour.

Publié dans Homélies

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