Homélie fête ND de La Salette

Publié le par Christophe Delaigue

Samedi 19 septembre 2015 / Fête de ND de La Salette

[Chapelle ND de la miséricorde - Petites sœurs de Maternités catholiques]

Chapelle ND de la Salette de Meyrié (samedi après-midi)

2Co 5,17 – 6,2 / Jdt 13,18b-20 / Jn 19,25-27

Vous le savez [mes sœurs], fêter Marie – et donc fêter ND de La Salette, aujourd’hui – c’est toujours fêter par elle et avec elle Jésus, Jésus son Fils, Jésus qui est le Salut advenu en ce monde grâce au « Oui » de Marie.

Et fêter aujourd’hui ND de La Salette, fêter Marie en son apparition miraculeuse sur cette haute montagne éloignée de tout, c’est faire nôtre deux aspects importants et même centraux du message de l’Evangile : l’appel à la réconciliation, si présent dans les prières et la 1ère lecture de ce jour, et l’appel à faire une place concrète et réelle à Jésus dans notre vie quotidienne, cet appel qui est au cœur du message de Marie aux deux petits bergers, Maximin et Mélanie, quand elle parle de conversion à vivre toujours et encore et quand elle invite à la prière chaque jour, matin et soir.

L’appel à la réconciliation, il est double, vous l’avez entendu. Se laisser réconcilier par Dieu et devenir des ambassadeurs de cette réconciliation. Se laisser réconcilier par Dieu parce que nous ne lui ferions pas assez de place dans notre vie ou parce que nous avons du mal à vivre pour de vrai et à vouloir vivre les appels de l’Evangile et notamment le cœur de tout qui est l’appel à aimer, aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. Pécher, en hébreu, c’est manquer la cible, la cible de ce double appel à aimer. C’est ne pas y arriver, c’est aussi ne pas vouloir, parfois, y arriver ou se faire aider pour y arriver. Aimer même nos ennemis, dira Jésus. C’est dur, nous le savons. Mais c’est dur aussi parce que très souvent nous comptons d’abord sur nous-même.

Peut-être qu’on pourrait se demander ce matin/soir qui sont ceux que nous avons du mal à aimer, ceux que nous jugeons, ceux que nous ne voulons pas chez nous, ceux qui nous ont fait trop de mal pour que nous puissions envisager qu’ils aient le droit de vivre et d’être aimés ; qui sont-ils ceux pour qui un pardon nous est difficile ? Prions pour eux, prions pour que Dieu nous donne sa force ! Rappelez-vous ce que Jésus a dit au jour de l’Ascension : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint ; alors vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre » ; devenir témoin c’est devenir des témoins en actes, pas juste dire qu’il faut s’aimer et que le pardon ce serait bien si on y arrivait. Non, devenir des témoins c’est devenir des acteurs concrets de cet appel à aimer.

En vous disant cela je pense à Jean Vanier, fondateur des communautés de l’Arche qui sont des communautés de vie avec des personnes vivant l’expérience du handicap mental. Jean Vanier aime à dire que Jésus ne nous demande pas seulement ou pas d’abord de dire aux gens que Dieu les aime, il nous demande de les aimer concrètement au nom de Dieu et de l’Evangile !

C’est à cela que nous sommes appelés, et c’est bien pour servir cela que nous devons demander à Dieu sa force, la force de l’Esprit Saint. Ça s’appelle prier, et ça veut dire compter d’abord sur Dieu avant de compter sur nous-mêmes.

C’est pareil d’ailleurs pour les pardons que nous avons à vivre pour nous-mêmes. Si nous sommes en vérité avec notre conscience et notre cœur, nous voyons bien que nos vies sont loin d’être parfaites. Est-ce que nous comptons sur Dieu et donc sur ce si beau sacrement du pardon et de la réconciliation ou est-ce que nous comptons d’abord sur nous ? Et si nous comptons sur Dieu, est-ce que nous voulons bien le lui signifier concrètement par une démarche qui engage, ou est-ce que nous nous contentons de savoir qu’il nous pardonne – le savoir, j’ai envie de dire, de façon abstraite ou intellectuelle – ? Ça nous coûte d’aller voir un prêtre et de mettre des mots sur la faillibilité de notre vie, ça nous coûte sur l’image de nous-mêmes, nous avons peur d’être jugé ? Le pape François redisait cet été que c’est donc le signe qu’il se joue là quelque chose d’important. Et là aussi il nous faut demander la force de l’Esprit Saint, dans la prière. Qu’il nous aide à discerner quels sont ces lieux en mois et ces actes qui ont besoin d’être guéris par Dieu pour que j’apprenne à mieux aimer et aussi à m’aimer tel que je suis en vérité et pas tel que je voudrais paraître.

Alors, parce que je vivrai cette expérience intérieure et réelle du pardon, c’est sûr j’arriverai mieux à pardonner autour de moi, et je deviendrai ainsi un ambassadeur du Christ, pour reprendre les mots de Paul, un acteur concret de pardon et donc de salut, de libération, un témoin qui peut dire d’expérience : « Compte sur Dieu, fais lui une place, il est là à tes côtés, il t’aime malgré tes difficultés à l’aimer et à aimer ton prochain, malgré tes difficultés à l’aimer non pas comme une idée ou une hypothèse mais comme quelqu’un qui est là et qui de ce fait là est forcément blessé quand il voit comment nous nous comportons les uns avec les autres ».

Voilà, je crois, ce que la liturgie de ce jour et le message de La Salette nous invitent à nous redire et même à redécouvrir. Et Marie est là, à nos côtés, présente avec nous comme avec Jean au pied de la croix où Jésus est mort pour nous sauver, la croix où Jésus est mort en raison du péché des hommes qui conduit à la mort. Marie est là et Jésus lui dit : « Porte avec eux ce que chacun te confiera et me confiera ainsi, porte avec eux pour qu’ils ne soient pas seuls sur leur chemin, porte avec eux pour qu’ils avancent et décident d’oser avancer sur des chemins concrets de réconciliation, porte avec eux et avec moi… » Voilà ce que Jésus nous dit à nous ce matin/soir, voilà ce qu’il nous dit avec Marie.

La question sera de savoir ce que nous avons besoin de lui déposer pour qu’il nous donne, lui Jésus, sa force, et qu’il nous permette de grandir en amour, au-delà des préjugés que nous avons ou des peurs… Tout ce que ces mots éveillent, nous les laissons remonter en nous dans le silence. Et confiants en la prière de Marie pour nous, avec nous, nous les déposons dans le cœur aimant de Jésus...

Publié dans Homélies

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