Homélie dimanche 11 octobre 2015

Publié le par Christophe Delaigue

28ème dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Maison diocésaine (Journée dio. Pastorale tous Handicaps, sam. 10) / St Chef [dim.]

Sg 7,7-11 / Ps 89 (90) / He 4,12-13 / Mc 10,17-30

Il s’agit de suivre Jésus… Quitter pour suivre… Qu’est devenu cet homme riche [qui me fait penser à St François d’Assise], on ne nous le dit pas. Nous savons juste que sur le moment il est reparti tout triste. [St François, lui, il a tout laissé, il a pris cet appel au pied de la lettre, comme d’autres, St Ignace par exemple, le fondateur des jésuites. Mais notre homme riche, il repart tout triste]. Cette vie éternelle dont il semble être en quête, serait-ce donc un idéal impossible à atteindre ? Pour lui, peut-être ; en tout cas ce jour là, là où il en était… Peut-être un jour est-il revenu, libéré de ce qui l’empêchait de suivre pleinement Jésus… Avec cette question qui reste : que veut dire quitter pour suivre ?

Cet homme avait un désir étonnant, celui d’« avoir en héritage la vie éternelle » ; une sorte de soif d’absolu. Est-ce que nous, aujourd’hui, nous désirons la vie éternelle ? Je ne suis pas sûr que nous nous posions cette question là… ou qu’on se la pose comme ça… Vous allez me dire : ça dépend ce que c’est la vie éternelle ; et vous aurez raison. Réponse de Jésus, dans l’évangile de Jean : « La vie éternelle c’est de Te connaître, Toi Dieu le Père, et de connaître celui que Tu as envoyé » – Jésus.

Cet homme savait-il cela, précisément, ou porte-t-il un désir vague ou flou d’absolu, nous ne savons pas. Ce que nous savons c’est qu’il a compris que Jésus peut lui ouvrir l’accès à cette « vie éternelle » qu’il pressent. Il a compris sans doute que Jésus peut le guider vers Dieu. D’où la question pour nous : voulons-nous être guidés vers Dieu ? Voulons-nous, d’ailleurs, lui ouvrir pleinement nos vies ? Croyons-nous que son existence et sa présence c’est du côté de la vie, quoi qu’il arrive ? Et croyons-nous – allons-y carrément – que Dieu peut être la clé de notre bonheur ? … Je vous pose juste ces questions, je ne vous demande pas d’y répondre, pas tout de suite…

« La vie éternelle c’est de Te connaître, Toi Dieu le Père, et de connaître celui que Tu as envoyé », Jésus… Comment connaître ? On peut trouver une part de réponse dans le dialogue de Jésus avec notre homme riche. Connaître Dieu et connaître Jésus c’est déjà, pour une part, vivre de sa Parole, par exemple les commandements. Et pour en vivre, il faut se mettre à son écoute ou la lire. Découvrir dans ces longues pages de nos Bibles cette histoire de Dieu qui vient à la rencontre des hommes et qui cherche à se faire connaître de nous ; et y découvrir aussi – c’est inséparable – cette histoire des hommes qui cherchent à découvrir Dieu, à le comprendre et le rejoindre. Au cœur de ces pages, Dieu se révèle et les hommes et les femmes du peuple d’Israël comprennent petit à petit qui il est, mais aussi qui ils sont, quelle est leur vocation, et ce que Dieu leur promet, ses promesses de vie et donc de bonheur.

Mais voilà… connaître cette histoire du peuple et vivre concrètement les appels de Dieu, cela ne suffit pas, visiblement… En tout cas vivre les commandements qui sont de l’ordre de respecter son prochain, ça ne suffit pas… Non pas que ce soit inutile… Quand Jésus voit combien cet homme vit ces commandements – en tout cas ce qu’il en dit – alors, nous dit le texte, Jésus l’aima. C’est beau ce qu’il vit déjà notre homme. Non seulement il a des aspirations d’absolu, mais en plus il cherche concrètement comment vivre avec ses frères. Jésus en est touché. Mais pour « avoir en héritage la vie éternelle », il manque quelque chose. Et c’est là que nous avons ces propos de Jésus qui nous paraissent impossibles et qui laissent l’homme tout triste : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi ».

Cet homme riche c’est un gars bien. Il est croyant et il est même pratiquant – pour reprendre nos catégories habituelles. Mais il lui manque quelque chose : il lui manque de se déposséder de lui-même, il lui manque de vouloir vraiment faire toute la place au Christ dans sa vie, Jésus qui est, nous dit l’évangile de Jean : « le Chemin, la Vérité et la Vie », le chemin de Dieu vers les hommes et le chemin pour que les hommes découvrent pleinement Dieu, Jésus qui est aussi la Vérité de qui est Dieu et de ce que c’est être pleinement homme, Jésus qui nous ouvre à la vraie vie, telle que Dieu la veut pour nous, une vie avec lui, une vie pour apprendre à aimer et à se laisser aimer, une vie pour découvrir la présence libérante de Dieu à nos côtés, même dans nos épreuves, une vie pour se découvrir responsables les uns des autres et capables de nous porter les uns les autres. Mais comment le découvrir, tout cela, sans suivre Jésus, c’est-à-dire sans le contempler dans ce qui fait sa vie, sans désirer l’associer à ce que nous avons les uns et les autres à traverser, et sans faire de lui le maître a écouter et à suivre, le rocher sur lequel s’appuyer, l’ami à qui tout confier ?

Quitter pour suivre Jésus, ce n’est pas devenir des miséreux, mais c’est quitter ce désir plus ou moins inconscient de toute-puissance qui nous fait croire que nous pouvons maîtriser nos vies, nous en sortir tout seul et décider seuls de nos choix ; quitter pour suivre Jésus c’est décider de se centrer sur l’essentiel, dans cette confiance que Dieu est là, que Dieu m’aime ; et donc, si je décide librement de l’associer à ce que je vis, de le prier, de demander son Esprit Saint, alors il me sera donné ce dont j’ai besoin, par les moyens que lui seul décidera. Quitter pour suivre Jésus c’est quitter nos sécurités et nos richesses pour laisser le manque, le désir et la confiance pouvoir grandir en nous ; c’est creuser de la place en nous pour que l’Esprit Saint que nous pouvons demander puisse venir établir sa demeure en nous.

Suivre Jésus ce n’est pas, du coup, simplement croire en Dieu – on peut croire en de belles idées ou de belles valeurs – et ce n’est pas juste faire de choses pour s’attirer ses bonnes grâces aussi belles et utiles à la société soient-elles ; suivre Jésus c’est décider d’en faire mon compagnon de route, c’est lui partager ce que je vis, c’est lui demander sa force et sa présence, c’est découvrir son message de vie et les appels concrets que ça implique pour moi aujourd’hui. Et c’est découvrir alors que cela m’ouvre à une vie pleine, riche de l’essentiel, et que c’est chemin de bonheur.

Peut-être que tout cela nous paraît inaccessible, en tout cas exigeant – et de fait, ça l’est… Rappelons-nous la parole de Jésus dans la suite de cette page d’évangile : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu » ; raison de plus pour le prier, et pour mendier sa force et sa présence, celle de l’Esprit Saint, celle du Christ aussi qui veut refaire nos forces par cette eucharistie.

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