Homélie 2 novembre - messe des défunts

Publié le par Christophe Delaigue

Lundi 2 novembre 2015 / Messe des défunts de l’année

Eglise Notre-Dame BJ (pour toute la paroisse St François d’Assise)

Is 25,6a.7-9 / Ps 15 (16) / Co 15,51.54-57 / Jn 11,17-27

Je ne sais où vous en êtes les uns et les autres du deuil que vous avez eu à vivre ces derniers mois ou ces dernières semaines, je ne sais comment vous vous situez face à ce mystère de la mort, je ne sais pas non plus quelle est votre foi en Dieu et en sa promesse de vie éternelle ; mais voilà que ce soir, avec ces textes, qu’on vient d’entendre, c’est cette Bonne Nouvelle étonnante et pour moi bouleversante qu’est la résurrection que nous sommes appelés à accueillir et à faire nôtre...

Quelle est cette promesse qui nous est adressée ? Le prophète Isaïe, dans la 1ère lecture, y répond, avec ses mots à lui. Un jour, nous a-t-il dit, la mort sera détruite, c’est-à-dire qu’elle n’aura plus prise sur nous. Ce qui veut dire aussi que notre destinée est d’un autre ordre que la fin de tout et que certains appelleraient le néant. Nous sommes promis, destinés, à ce qu’il a appelé le salut. C’est une promesse que Dieu lui-même nous fait. Et ce salut, cette vie éternelle, St Paul nous a dit que c’est ça la résurrection. C’est un mystère précise-t-il, c’est-à-dire une réalité en cours de dévoilement, quelque chose que nous ne pouvons pas encore comprendre pleinement aujourd’hui, mais qui va un jour s’éclairer pour nous.

C’est vrai, je vous l’accorde, qu’on aimerait bien comprendre comment ça va se passer concrètement cette résurrection. On aimerait savoir pourquoi il faut quand même passer par la mort, et pour certains une mort parfois terrible. Il y a un mystère là aussi. Nos vies sont fragiles, nos vies sont parfois foudroyées par la maladie ou par le mal qui nous tombe dessus. Nous aimerions comme Marthe et Marie que Dieu nous évite cela, nous doutons alors de lui, parfois. Et pourtant…

Ma foi, notre foi, c’est que Dieu, le Dieu que me révèle Jésus Christ, n’est pas un Dieu qui peut empêcher la souffrance au sens qu’il pourrait intervenir de façon magique ou à sa guise dans notre vie, comme si nous étions des marionnettes. Non, il nous laisse libre de traverser cette vie telle qu’elle va se présenter à nous. Il nous laisse libre de nos choix qui pour certains vont entrainer du mal et faire mal autour de nous. Il nous laisse libres de nos choix qui parfois vont dérégler ce qui aurait pu être le cours normal des choses – en vous disant cela je pense à ce sursaut écologique que nous sommes en train de vivre et qui nous fait prendre conscience de combien nous avons déréglé la création et que cela a des conséquences sur notre vie concrète, combien cela entraîne par exemple de nouvelles maladies.

Dieu laisse l’homme libre… Mais il ne nous abandonne pas. Pour qui décide de se tourner vers lui, d’essayer d’entendre en lui les appels de la vie, Dieu souffle en nous des chemins de vie, des réponses même. Dieu souffle aussi en nous par des évènements et des rencontres qui parfois nous aident à prendre conscience de ce qui nous arrive et de ce que nous pourrions mettre en œuvre. Nous faisons parfois l’expérience de la vie qui est là, même au cœur des traversées que nous avons à faire, la vie parfois imperceptible mais qui est là quand même. Dans telle intuition, dans telle rencontre, dans telle main tendue, dans tel événement qui fait du bien…

Dieu, le Dieu de Jésus Christ, est le Dieu de la vie, même dans ce passage qui reste un mystère qui est celui du mal et de la mort. Et notre foi, la foi que nous recevons de ceux qui ont accompagnés Jésus et qui l’ont vu mourir et ressusciter, c’est qu’avec lui, Jésus, la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort. Non pas qu’il n’y aura plus de larmes ni de deuil à vivre ; non pas qu’il n’y aura plus d’épreuves et de découragement ; non pas qu’il n’y aura plus de souffrance, non ; mais au cœur de tout cela il est présent ; au cœur de tout cela, je peux apprendre à découvrir qu’il est là ; au cœur de tout cela, je peux me tourner vers lui et faire l’expérience que je vais pouvoir continuer à avancer et me relever de ce qui me cloue au sol…

Sur ce chemin nous avons besoin les uns des autres. Pour oser nous soutenir. C’est ce que l’Eglise essaye bien modestement de vous offrir quand elle vous accompagne. Et je me permets de remercier ce soir celles et ceux qui ont donné du temps pour essayer de vous aider un peu, par leur présence, leurs mots, leur témoignage de foi, dans ce passage que vous avez eu à vivre… Nous avons besoin les uns des autres pour nous aider aussi à essayer de garder confiance en Dieu et en la vie, oser nous tourner vers lui, lui demander sa lumière, sa présence, sa paix. Quelle que soit votre foi, aussi petite serait-elle peut-être, osez confier à Dieu, dans le silence de votre cœur, ce qui fait votre vie de chaque jour, vos joies comme vos peines, vos questions, vos colères aussi ou vos révoltes ; osez formuler à Dieu vos demandes et vos attentes. Ayez cette confiance que Dieu vous donnera les réponses dont vous avez besoin. Comment et quand, je ne sais pas, mais il répondra, il soufflera en vous, ou dans les évènements et les rencontres, des chemins de réponse. Et il vous donnera cette paix du cœur qu’il promet à qui ose croire en lui et se tourner vers lui.

Jamais Dieu ne s’impose à nous contre notre volonté. Mais toujours Dieu est fidèle et patient avec nous. Dans cette promesse qu’il nous fait et que nous avons entendue dans la 1ère lecture qu’il veut nous sauver, c’est-à-dire nous libérer de tout ce qui nous empêche de vivre pleinement, de tout ce qui nous recroqueville et nous cloue au sol. Mais il ne peut pas nous sauver sans nous. A nous d’oser croire en lui. Croire ça veut dire faire confiance.

Et quand parfois nous nous posons la même question que Marthe puis Marie, dans l’évangile, Marthe qui demande au Seigneur pourquoi il n’était pas là, pourquoi il n’a rien fait pour empêcher la mort de Lazare, entendons la suite de ce qu’elle lui dit, sa confiance en lui : je sais que « Dieu t’accordera ce que tu lui demanderas… Je sais que [mon frère] ressuscitera au dernier jour à la résurrection ».

Peut-être que nous n’y comprenons pas grand chose à tout cela, mais faisons cette confiance là à Dieu et à Jésus. Ce soir osons lui confier cette espérance pour celles et ceux qui nous ont quitté cette année, et osons lui demander la paix du cœur qu’il promet.

Seigneur, Toi qui est la résurrection et la vie, Toi qui nous assure de Ta présence pour toujours que nous allons célébrer et recevoir dans cette eucharistie, Toi qui a été la preuve vivante pour tes disciples qu’une vie autre et libérée du mal et de la mort est possible, entends nos prière, ce soir, et viens déposer de la paix en chacun de nous. Nous t’en prions…

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