Homélie dimanche 15 novembre 2015

Publié le par Christophe Delaigue

33ème dimanche du Temps Ordinaire / Année B

Eglise St Jean-Baptiste (BJ) – messe des familles et journée du Secours catholique

Dn 12,1-3 / Ps 15 (16) / He 10,11-14.18 / Mc 13,24-32

Comment entendre ces textes au cœur de ce que nous sommes en train de vivre en France depuis vendredi soir et dans le monde depuis des mois ? Comment entendre ces textes au cœur de tout ce que nous vivons plus largement et dont les médias n’arrêtent pas de nous parler, chaque jour, et qui se nomment crise économique, crise politique, crise de l’emploi, crise écologique, crise migratoire ? Nous avons de quoi perdre confiance … ! Et voilà que ce matin nous entendons des textes qui ont quelque chose d’assez terrible eux aussi, qui annoncent comme une fin du monde et qui semblent résonner bizarrement avec ce qui nous est donné de traverser…

Je vous avoue que j’aurais aimé qu’il nous soit offert autre chose pour cette 1ère messe des familles. Mais peut-être est-ce bien ainsi… Peut-être est-ce bien ainsi car c’est bien au cœur de ce que nous vivons que la Parole – car ces textes sont une Parole que Dieu nous adresse – c’est au cœur de ce que nous vivons que la Parole a quelque chose à nous dire aujourd’hui. Or ce que nous vivons ressemble pour une part à ce qui nous a été raconté dans cette page d’Evangile… Il nous faut essayer de comprendre, d’entendre…

Que nous dit Jésus ? Que nous dit cette Parole ? L’évangile comme la 1ère lecture nous ont parlé d’un temps de détresse au cœur du quel un événement se profile, un événement qui est de l’ordre d’une libération. Dans la 1ère lecture nous avons entendu : « ce sera un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu depuis que les nations existent, jusqu’à ce temps-ci. Mais en ce temps-ci, ton peuple sera délivré ». Dans l’évangile on nous dit que cet événement, cette libération promise, c’est-à-dire ce retour à la vie – c’est de cela qu’il s’agit –, il s’agit de la venue du Fils de l’homme, ce personnage dont parlent un certain nombre de livres bibliques et dont Jésus parle lui aussi. Les 1ers disciples ont vite compris après la résurrection que c’était lui, Jésus, ce Fils de l’homme, lui dont ils ont compris aussi qu’il est le Fils de Dieu, son envoyé, son Messie, celui qui ouvre à la libération.

Voilà la Bonne Nouvelle qu’il nous faut entendre. Au cœur de la détresse qui sévit et qui est là, cette détresse dont parlent nos lectures, cette détresse qui frappe notre monde, il viendra le Fils de l’homme. Il viendra on ne sait quand, mais il viendra. C’est ce qu’a dit notre évangile qui a ajouté aussi, l’air de rien : « cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive »… Ce verset m’intéresse ; cette Bonne Nouvelle ce n’est pas qu’une promesse consolatrice pour demain, une promesse consolatrice qui se réalisera quand ce sera ce que les films-fictions appellent la fin du monde. Qu’il y ait un jour une fin du monde qui soit accompagnée par ce qu’on appelle le retour du Christ, sans doute, qu’il y ait une fin du monde et une résurrection finale, je le crois ; mais l’évangile qu’on a entendu ce matin, et ce verset notamment, nous disent que cette venue est déjà arrivée ; car, oui, le Fils de l’homme est bien venu au milieu de cette génération à qui ces mots ont été adressés, il y a plus de 2000 ans. Mais si ces textes sont une Parole vivante parce qu’ils sont Parole de Dieu, s’ils sont du coup une Parole qui m’est adressée aujourd’hui, à moi, à vous, à nous tous, et à notre monde, alors ce qui nous est donné à entendre et à croire c’est vraiment une Bonne Nouvelle : au cœur de ce monde qui passe, au cœur de cette fin d’un monde que nous vivons avec toutes ces crises, avec la violence et les attentats, avec les persécutions et les guerres, au cœur de ce qui monde qui vit de telle mutations avec toutes ces crises écologique, migratoire et économique, au cœur de notre détresse et peut-être même nos tentations de désespérance, Jésus passe, Dieu est présent à nos côtés. Comment ? Nul ne sait vraiment, comme a dit l’évangile ; si ce n’est par les moyens que Jésus lui-même et l’Eglise à sa suite nous proposent. Dieu est présent dans la prière et les sacrements, Dieu se donne et Jésus se fait notre force dans cette eucharistie qui nous rassemble ce matin et cette communion que nous allons vivre tout à l’heure, et Dieu est là dans toute rencontre d’amour véritable du frère, du prochain, de celui que je vais croiser, du pauvre aussi, il est là dans tout pardon et toute réconciliation qui vont faire grandir la paix. Car au cœur de toute détresse, au cœur de ce monde qui semble passer, au cœur de ce monde qui est en proie à la violence car les hommes et les femmes que nous sommes sont libres d’aimer ou de haïr, de prendre soin ou de détruire, au cœur de tout cela nous croyons que Dieu est là, que Dieu vient, que Dieu demande à être accueilli pour que son Royaume puisse grandir et que la paix gagne nos cœurs, nos familles, nos amis, nos quartiers et nos villages, nos pays, notre monde, petit à petit, malgré les impressions d’échec ou de retours en arrière.

C’est notre foi qu’au cœur de ce monde qui se déchire la paix peut gagner petit à petit, qu’au cœur de ce monde et au cœur de nos vies qui sont parfois dans les ténèbres, le doute et la peur, la vie est et sera avec Jésus plus forte que tout mal et que toute mort. C’est le mystère de la résurrection. Et donc, c’est lié, que notre mission de chrétiens est de vivre ce mystère, c’est de faire rayonner ce mystère, que par nous, habités par la force même de Dieu que nous allons mendier tout à l’heure encore en nous approchant au moment de la communion, que par nous la vie soit plus forte : que le pardon, l’amour du prochain quel qu’il soit, la responsabilité mutuelle de ce monde et des plus pauvres, le désir de paix et de justice, que tout cela l’emporte sur toute tentation de repli sur soi, de rejet de l’autre différent, que ça l’emporte sur toute peur et toute tentation de haine et de violence.

Parfois nous trouvons cela impossible, vraiment. Et pourtant cette espérance, cette folle espérance qu’est ce mystère de la vie qui est et sera avec Jésus plus forte que tout mal et que toute mort, cette espérance peut être et doit être pour nous un véritable moteur de vie et de confiance et doit nous permettre d’apprendre à garder quoi qu’il arrive un regard sur chacun qui veut être confiant et qui veut faire grandir la confiance.

Alors le chant du Psaume de tout à l’heure, qui est un psaume de confiance en Dieu, prend tout son sens. Oui, au cœur de ce que je traverse, au cœur de la détresse dont je suis témoin, au cœur de mes peurs, je crois Seigneur que Tu es là, je veux croire que Tu peux apaiser mon cœur, je Te demande d’être ma force et mon espérance, d’être ma paix et ma joie. C’est bien ce que nous célébrons à chaque eucharistie dans ce mystère de Jésus qui se rend présent en se faisant pour nous nourriture…

Nous laissons pour l’instant tout cela résonner en nous pour confier au Seigneur ce que ces mots éveillent. Nous prenons le temps du silence en prenant maintenant le temps de fermer les yeux, chacun. Tout ce qui remonte intérieurement maintenant nous l’accueillons tel quel et nous le déposons dans le cœur de Dieu. C’est notre prière maintenant et je vous invite pour cela, j’insiste, à fermer les yeux, dans le silence.

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