Homélie dimanche 10 janvier 2016 - Baptême du Seigneur

Publié le par Christophe Delaigue

Homélie dimanche 10 janvier 2016 - Baptême du Seigneur

Baptême du Seigneur / Année C

Nivolas-Vermelle [1]

Is 40,1-5.9-11 / Ps 103 (104) / Tt 2,11-14 ; 3,4-7 / Lc 3,15-16,21-22

Je le disais déjà tout à l’heure, au début de cette messe : qu’est-ce que ça change pour nous d’avoir été baptisé ? C’est quoi le sens de ce geste, et c’est quoi le sens pour notre foi aujourd’hui et pour notre vie ?

On vient d’entendre dans l’évangile Jean-Baptiste parler du baptême. Un baptême de conversion, nous disent les évangiles. Un baptême qui était proposé à ceux qui reconnaissaient qu’ils voulaient changer de vie, qu’ils voulaient réorienter leur vie, pour faire place à Dieu. Ce baptême de Jean, c’était du coup un baptême de purification : je me lave de ma vie d’avant pour me purifier de ce qui ne correspondait pas à une vie qui soit en fidélité aux appels de Dieu, c’est-à-dire aux commandements confiés à Moïse et au peuple d’Israël ; et je demande à recevoir cette eau du baptême pour signifier ma résolution, ma volonté de vivre avec Dieu et d’accueillir son Messie, son envoyé, car il vient.

On nous dit que le peuple se pressait jusqu’à Jean-Baptiste, car il arrive ce libérateur, ce sauveur, que les prophètes n’ont cessé d’annoncer. C’est ce que nous venons de fêter à Noël. Et s’il arrive, si le temps de l’avènement est bien là, si le temps de la venue du Règne de Dieu c’est pour maintenant, alors il faut y aller.

Chose étonnante, Jésus reçoit lui aussi ce baptême. Or Jean-Baptiste nous dit pourtant que Jésus vient instaurer un autre baptême, qui ne sera pas d’eau, mais dans l’Esprit Saint et dans le feu. J’espère que ça vous questionne : pourquoi Jésus aurait-il besoin de recevoir ce baptême de conversion et de purification, alors qu’il est le Fils de Dieu, alors qu’il est le fameux Messie qui est attendu ? Et c’est quoi ce baptême qu’il va proposer ?

Je rajoute une troisième question : pourquoi est-ce qu’aujourd’hui, nous proposons encore un baptême avec de l’eau alors que nous ne sommes pas les disciples de Jean-Baptiste mais les disciples de Jésus ? On devrait proposer un baptême dans l’Esprit Saint et dans ce que l’évangile a nommé « le feu », ce « feu » dont on aura compris qu’il s’agit d’une image pour dire… eh bien bonne question ! Le feu ça peut être « le feu de son amour », son amour qui va se répandre comme un feu sur la terre ; ce feu ça peut être cette lumière qu’il est, lui Jésus ; mais ça peut aussi évoquer quelque chose de la purification : je ne suis pas bijoutier ni joaillier, mais on dit que l’or ça se purifie par le feu…

Jésus se fait baptiser par Jean. C’est le début de son ministère public. Et c’est là qu’il y a cette révélation, cette voix venue du Ciel, avec cette colombe qui n’est pas sans rappeler la colombe de Noé à la fin du déluge et la vie nouvelle qui reprenait : « Tu es mon Fils Bien-Aimé ; en toi je trouve ma joie »…

Pourquoi Jésus reçoit-il ce baptême de conversion et de purification ? Sans doute pour nous dire déjà que s’il vient, s’il se fait homme, il le fait pleinement. Il se laisse plonger dans l’eau comme tout homme et toute femme est invité-e à se convertir. Certes il n’a sans doute pas besoin d’être purifié puisque la Tradition dit qu’il est sans péché puisqu’il est le Fils de Dieu, mais par ce baptême il signifie que pour accueillir le Royaume de Dieu, pour s’ouvrir à la présence de Dieu, il faut accepter de se laisser guider et il faut se convertir, c’est-à-dire s’arrêter, rentrer en soi, et décider de vivre des appels de Dieu. Qui, plus que lui, va vivre cela ? Il nous le dit déjà, dès les débuts de son ministère, en se dépossédant de ce qu’il est, en s’en remettant à un autre, en signifiant qu’il veut vivre et qu’il va vivre pour Dieu, avec Dieu, et donc – parce que c’est inséparable, ne cessera-t-il de dire – pour les autres et avec les autres. Celui qui est le Fils Bien-Aimé du Père nous fera découvrir que nous aussi nous sommes appelés à découvrir que Dieu nous aime, que nous aussi nous sommes ces fils et filles bien aimés de Dieu en qui il met déjà toute sa joie.

Et Jésus nous donnera l’Esprit Saint. Il va nous faire découvrir qu’il y a cette force de Dieu, cette présence, cet amour de Dieu, qui nous est proposé. A nous de nous plonger dedans – le mot baptême c’est du grec, ça veut dire être plongé – à nous de nous laisser plonger dans ce feu d’amour. Alors nous ferons l’expérience, petit à petit, que les petites lumières de notre vie, les lueurs d’espérance dont j’ai déjà parlé plusieurs fois depuis la nuit de Noël, alors nous ferons l’expérience que petit à petit elles vont illuminer notre vie et que ça peut devenir comme un feu qui se propage. Et d’une lumière d’espérance qui va nous donner de trouver sens à ce que nous traversons, nous allons peut-être découvrir que Dieu était là, présent, et devenir à notre tour des lueurs d’espérance pour ceux qui nous entourent, et ainsi de suite.

Comment signifier que nous voulons faire cette confiance là au Seigneur ? Comment dire à Dieu que nous reconnaissons qu’il est là avec nous et que nous voulons bien entrer dans ce projet d’amour qu’il a pour nous ? C’est le sens de ce baptême que l’Eglise propose à la suite de Jésus, ce baptême que Pierre et les apôtres ont proposé dès la Pentecôte : « Vous reconnaissez que Jésus est mort et ressuscité et vous croyez que ça donne sens à ce que vous voulez vivre et ce que vous avez à vivre, eh bien décidez de faire de Jésus le maître de votre vie ; et pour signifier ce choix, approchez-vous, convertissez-vous et recevez le baptême ». Voilà ce qui s’est passé aux premières heures du christianisme. Voilà pourquoi nous baptisons comme Jean-Baptiste. Car pour suivre Jésus et le reconnaître comme présent, ressuscité, il nous faut nous convertir, il nous faut décider de changer de vie, une vie où nous apprenions à nous laisser éclairer par sa Parole et nourrir par sa présence.

Être baptisé aujourd’hui, vivre de ce baptême que nous avons reçu un jour, c’est croire que Dieu peut nous accompagner et donner sens à notre marche de chaque jour, c’est le signifier et c’est décider de suivre Jésus… Alors qu’est-ce que ça change pour nous, aujourd’hui, d’être baptisé ? Nous confions au Seigneur tout ce que ces quelques mots peuvent éveiller ; nous lui demandons sa lumière… et sa présence…

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[1] Le samedi soir, messe à ND (Bourgoin-Jallieu), avec notamment les familles des enfants de CM2 cheminant vers la 1ère communion.

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​Illustration : mosaïque d'Ivan Rupnik à Lourdes (tirée de la série sur Les mystères lumineux).

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