Homélie dimanche 3 janvier 2015 - Epiphanie

Publié le par Christophe Delaigue

Homélie dimanche 3 janvier 2015 - Epiphanie

Fête de l'Epiphanie

ND - Jallieu (sam. soir, « Messe des jeunes pour tous ») / St JB - Bourgoin

Is 60,1-6 / Ps 71 (72) / Ep 3,2-3a.5-6 / Mt 2,1-12

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans cette histoire qu’on vient d’entendre il y a un certain nombre de bizarreries, des trucs étonnants auquel on fait pas forcément attention mais si on les regarde de près alors ça nous aide à comprendre ce que l’évangéliste Matthieu veut nous dire de la naissance et la venue de Jésus pour nous.

  • 1ère bizarrerie, cette histoire d’étoile dans le ciel que les mages vont suivre. Essayez d’imaginer la scène. Vous êtes couché dans l’herbe un soir d’été, vous contemplez le ciel et là vous vous dites : « Tiens, il y une étoile qui n’est pas là d’habitude, qu’est-ce qui se passe ?! » Vous imaginez ? Soit nos mages connaissent vraiment très très bien le ciel, les astres et les étoiles, et ce jour là le ciel était vraiment dégagé au point de tout très bien voir ; soit ce soir là il y a une étoile qui brillait tellement fort et tellement différemment des autres qu’on ne pouvait pas la manquer ? C’est bizarre, non ?

Ce que j’entends avec cette histoire d’étoile, c’est que les annonces du prophètes Isaïe sont en train de s’accomplir : une lumière se lève dans l’obscurité, une lumière va briller au cœur de la nuit de toute vie, c’est-à-dire au cœur des traversées parfois ténébreuses que nous avons tous à vivre un jour ou l’autre… Ce ne sera sans doute pas éclatant, ce n’est pas un feu d’artifice, mais il y a comme une lueur d’espérance qui nous est promise…

Ce que j’entends encore avec cette histoire d’étoile c’est que nos mages s’ils voient cette étoile c’est qu’ils contemplaient le ciel et sans doute qu’ils l’étudiaient pour comprendre le sens de ce monde et de cette vie – c’était leur boulot de mages. Ce sont des chercheurs de sens, et au cœur de cette quête de sens ils perçoivent que quelque chose est en train d’advenir, mais il va falloir se mettre en route pour comprendre, se bouger, se laisser déplacer. Alors ce sera donné… Mais ça ne va pas tomber du ciel, tout cuit… Pour nous non plus ; si nous voulons comprendre le sens de cette vie, si nous voulons comprendre qui est Dieu, s’il existe, comment il est présent et quel chemin il nous propose, alors nous aussi il va falloir décider d’y aller, de chercher, d’avancer et de se laisser guider. Peut-être que notre foi est pleine de questions, peut-être qu’elle scintille faiblement comme une toute petite étoile très loin dans le ciel, mais ça suffit à décider de faire confiance à cette petite lueur intérieure, de s’y accrocher pour voir où ça peut nous mener… Et il y aura des rencontres comme les mages avec Hérode où d’autres vont nous aider à comprendre…

  • Hérode… J’en viens à la 2ème bizarrerie de ce texte… Pourquoi fallait-il que l’étoile passe par Jérusalem et par le palais du roi Hérode ? Je ne sais pas si vous vous êtes déjà posé cette question, mais c’est vrai, pourquoi l’étoile n’est pas allé directement à Bethléem sans passer par Jérusalem puisqu’Hérode est ce roi qui ne se laissera pas faire, ce roi qui va prendre peur de l’annonce de la naissance de cet autre roi qu’est Jésus au point qu’il fera mettre à mort tous les nouveaux nés ?

Si vous faites marcher votre mémoire biblique vous vous rappelez qu’avant Hérode, un autre grand roi a mis à mort les nouveaux nés d’Israël parce qu’il avait peur. C’est Pharaon, à l’époque de Moïse… Avec Jésus qui naît, quelque chose du même ordre qu’avec Moïse est en train de se préparer. Mais là ce ne sera pas que pour le peuple d’Israël, la présence des mages nous dit déjà que ce sera pour toutes les nations, c’est-à-dire pour tous, pour toute l’humanité ! Et ce quelque chose qui va se passer, ce quelque chose qui se prépare qui est du même ordre que pour Moïse c’est quelque chose de l’ordre d’une libération et d’une promesse de vie. Parce que Moïse, rappelez-vous, c’est celui que Dieu appelle parce qu’il a entendu le cri de son peuple et Moïse c’est celui qui va permettre le passage de la Mer rouge et la traversée du désert jusqu’en Terre promise. Moïse c’est celui qui permet au peuple d’Israël de vivre une expérience de libération de la part de Dieu, un passage de la mort à la vie !

  • J’en viens du coup à ma 3ème bizarrerie : les cadeaux que les mages apportent à Jésus… L’or c’est pour dire cette royauté qu’ils reconnaissent et qu’on apprendra à comprendre au fil des évangiles et de la vie de Jésus mais qui va rester une question jusqu’au procès de Jésus – rappelez-vous le dialogue avec Pilate. 2ème cadeau : l’encens ; c’est l’encens des célébrations au Temple de Jérusalem, c’est pour dire que Jésus est prêtre, qu’il est celui qui vient révéler qui est Dieu et qui vient faire le lien entre Dieu et les hommes. Le 3ème cadeau enfin : la myrrhe. Voilà ma 3ème bizarrerie… Vous savez ce qu’est la myrrhe ? C’est un parfum pour embaumer les morts !! Je ne sais pas si on se rend compte de ce que Matthieu est en train de nous raconter ! Les mages offrent à Jésus, pour sa naissance, un parfum pour les morts ! Drôle de cadeau ! Il est en train de nous dire quelque chose du sens de la venue de Jésus, qui il est et ce qu’il va nous révéler.

C’est une annonce de la résurrection, la libération par excellence, le passage par excellence de la mort à la vie, la promesse que Jésus nous fait que quoi qu’il arrive, avec lui, la vie sera plus forte que tout mal et que toute mort. La vie aussi fragile soit elle, la vie aussi petite serait-elle encore. Parfois nous aurons l’impression d’être dans la nuit obscure ou dans les ténèbres, mais si nous apprenons à regarder jusque dans les toutes petites choses de chaque jour qui nous sont donnés, les rencontres ou les évènements, alors nous ferons l’expérience qu’il y a des petites lueurs d’espérance qui peuvent donner confiance, qu’il y a de la vie qui est là et à laquelle on peut s’accrocher. Et nous ferons peut-être l’expérience de comprendre que dans ces petites étoiles au scintillement bien fragile Dieu est là. C’est la promesse de vie que Jésus nous fera jusque dans sa mort et sa résurrection, nous le réentendrons à Pâques.

Je pense que personne parmi nous n’a amené ni or, ni encens, ni myrrhe ; par contre nous pouvons quand même nous prosterner comme les mages devant le mystère de Dieu qui vient pour nous – et que nous allons célébrer tout particulièrement dans le mystère de l’eucharistie. Nous prosterner, nous le faisons intérieurement, en prenant quelques instants de silence et en offrant dans ce silence ce qui nous habite maintenant, en déposant ce que ces mots d’évangile et d’homélie ont pu réveiller en nous.

Publié dans Homélies

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