Homélie dimanche 31 janvier 2016

Publié le par Christophe Delaigue

4ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

St JB (BJ)

Jr 1,4-5.17-19 / Ps 70 (71) / 1Co 12,31 – 13,13 / Lc 4,21-30

C’est étonnant le début de ce passage d’Evangile qu’on vient d’entendre… Ça commence de façon un peu bizarre : « Cette Parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit »… De quoi nous parle Jésus ?

Je vous rappelle que nous sommes dans le Temps Ordinaire ; c’est ce temps liturgique qui nous est donné pour prendre le temps d’entendre et réentendre qui est Jésus. Nous pourrons alors mieux comprendre et réentendre son message de salut et de résurrection tout au long du Temps pascal qui arrivera bientôt et qui est le cœur de notre année liturgique, on y entendra le cœur de notre foi…

Je reviens à notre évangile et ce début un peu étonnant. De quoi nous parle Jésus ? Il parle de ce qu’il vient de lire juste avant. Pour ceux qui étaient à la messe la semaine dernière, vous savez de quoi il s’agit ; Jésus vient de proclamer cette phrase du prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré – c’est comme dans la 1ère lecture avec le prophète Jérémie – [il] m’a consacré par l’onction – c’est-à-dire avec une huile spéciale, comme nous au baptême ou à la confirmation. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. »

Quand Jésus dit « Cette Parole de l’Ecriture c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit », il est en train de nous dire que ce qui avait été annoncé par Isaïe ça le concerne lui. Et il est donc en train de nous dire – vous le savez – que le Messie que le peuple d’Israël attendait, c’est lui. Ce Messie, c’est l’envoyé de Dieu qui doit délivrer le peuple de ce qui l’opprime. Ce Messie qui est la promesse que Dieu n’oublie pas son peuple et qu’il ne le laissera ni les pauvres, ni les prisonniers, ni les aveugles, ni les opprimés sans un avenir possible, sans salut. Tout simplement – nous le savons mais c’est bon de le réentendre – parce que Dieu aime son peuple et qu’il veut que chacun puisse vivre au mieux, que chacun puisse avancer sur le chemin de la vie, malgré les épreuves, malgré les erreurs aussi, donc malgré le mal qui nous tombe dessus et malgré le mal que nous faisons. Le Messie vient nous dire que quoi qu’il arrive, la vie est possible, malgré tout. C’est une promesse ; c’est notre espérance.

Si vous avez bien fait attention à la 1ère lecture, tout à l’heure, c’est exactement cela qu’on a entendu. Dieu assure à Jérémie qu’il ne va pas l’abandonner, quoi qu’il arrive. Il lui dit de ne pas avoir peur. Dieu a appelé Jérémie à une mission, Dieu ne l’abandonnera pas, même si cette mission est difficile. Par contre une seule chose est demandée à Jérémie : garder confiance ; garder confiance que Dieu sera bien là avec lui. C’est ça la foi.

Je reviens à Jésus que la figure de Jérémie annonce dans notre 1ère lecture. Jésus aussi a reçu une mission difficile de la part de Dieu. La preuve c’est que ça va le conduire à la Croix et que déjà dans cette page d’évangile on veut le mettre à mort… Jusqu’au bout il a gardé confiance. Non pas qu’il n’ait pas douté ou qu’il n’ait pas eu peur – d’ailleurs au soir de sa mort, sur la croix, il criera vers Dieu : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » ; n’empêche qu’il a été jusqu’au bout quand même, il s’est donné jusqu’au bout, au nom de son message et grâce à cette force de Dieu qu’il allait régulièrement puiser dans la prière !

Sa mission – vous le savez – c’est que tous puissent entendre – pas seulement les membres du peuple d’Israël – que tous puissent découvrir et entendre : « Dieu t’aime ; il t’aime comme tu es et il veut pour toi la vie ; peut-être que parfois c’est dur, peut-être même que tu désespères de la vie ou de toi-même ; mais qui que tu sois, même estropié, boiteux, aveugle sur le sens de ta vie, pécheur, tu as du prix aux yeux de Dieu, qui que tu sois tu peux apporter quelque chose de bon et de beau pour notre monde ; alors vas-y, crois cela, vis, et avance ; et surtout n’oublie pas que Dieu est là, avec toi ; fais-lui une place, et son Esprit, son Esprit d’amour et de vie, sera avec toi et sera ta force. »

C’est ça le message de Jésus. Et il l’a proclamé par toute sa vie, jusqu’au bout. Et c’est un message qui dérange tellement parce qu’il ne concerne pas que ceux qui se croient les bons croyants que ça l’a conduit jusqu’à la mort. Mais nous savons, nous croyons, que Dieu a tenu sa promesse et qu’il ne l’a pas abandonné : Jésus est Ressuscité – c’est ce que nous allons fêter dans quelques semaines, à Pâques. Et du coup, Jésus est présent avec nous, de façon mystérieuse et un peu incompréhensible, c’est vrai, mais il est là avec nous. Et il nous dit que chaque fois que nous écoutons sa Parole, il nous parle ; et que chaque fois que nous nourrissons du pain et du vin de l’eucharistie, il nous nourrit de sa présence. Tout simplement. Et que, du coup, grâce à lui ou plutôt avec lui, nous pouvons nous aussi dire autour de nous et à ceux que nous rencontrons – c’est notre mission – que quoi qu’il arrive ils ont du prix aux yeux de Dieu, que quoi qu’il arrive ils peuvent apporter quelque chose de bon et de beau à notre monde. Nous pourrons ainsi dire pour nous même : cette Parole – celle d’Isaïe de dimenche dernier – c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit, par le Christ qui vit en nous et qui agit aujourd’hui encore par nous.

C’est vrai que ça n’est pas toujours facile tout cela. Et c’est pour cela que nous avons besoin de demander au Seigneur qu’il nous y aide… Avec lui nous allons apprendre à changer notre regard sur ceux qui nous entourent pour apprendre à les aimer comme Dieu les aime, c’est-à-dire pour apprendre à croire en eux malgré le mal qui traverse nos vies à chcun. C’est bien pour cela que Jésus nous dit tout au long des évangiles qu’aimer et pardonner c’est complètement indissociable. C’est en tout cas l’enjeu de notre vie : apprendre à aimer, et du coup, ça va avec, apprendre à nous laisser nous aussi aimer par Dieu pour aimer comme lui. La voilà cette charité dont parlait Paul dans la 2ème lecture, un amour pour nous et un amour que nous devons vivre qui prend patience et qui donne de vouloir apprendre à croire en l’autre…

En cette Année de la miséricorde, nous demandons au Seigneur qu’il nous renouvelle tout particulièrement dans cet amour qu’il a pour chacun de nous et dans cette confiance qu’il met en nous à vivre cet amour autour de nous. Que notre eucharistie de ce matin transforme toujours et encore nos coeurs. Amen.

Publié dans Homélies

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