Semaine de prière pour l'unité des chrétiens ?!

Publié le par Christophe Delaigue

Semaine de prière pour l'unité des chrétiens ?!

Nous entrons aujourd'hui dans la « Semaine de prière pour l’Unité des Chrétiens ». Une semaine qui nous est offerte chaque année et qui a l’air parfois d’être devenue comme une habitude, un peu routinière ; on n’y fait donc plus beaucoup attention. En plus, l’unité des chrétiens, soit ça nous paraît un beau rêve qui nous semble de plus en plus impossible, soit on ne voit pas bien pourquoi il faudrait que nous soyons unis – en gros, on est bien comme on est et on se fout un peu d'être divisés… Alors, du coup, c’est vrai, pourquoi prier pour l’unité des chrétiens ?

Je suis un peu provocateur, je vous l’avoue. Mais quand j’entends le ton du début de la 1ère lecture d'hier à la messe, dans Isaïe (Is 62,1-5), et quand j’entends ce que nous a dit la 2ème lecture de la même messe d'hier, avec St Paul et les dons variés de l'Esprit (1Co 12,4-11), alors je me laisse interpeller. Et je me laisse d’autant plus interpeller que je vois bien autour de moi que cette question de l’unité des chrétiens n’intéresse pas forcément grand monde. La preuve, c'est que chaque année on rame pour que les gens se sentent un peu concernés par la veillée de prière inter-confessionnelle qu'on peut proposer dans nos paroisses, quand on en propose une…

Dans la 1ère lecture d'hier le prophète commençait avec ces mots qui sont forts : « Pour la cause de Jérusalem, je ne me tairai pas, pour Sion je ne prendrai pas de repos, avant que sa justice ne se lève comme l’aurore et que son salut ne flamboie comme une torche. Les nations verront ta justice, tous les rois verront ta gloire ». Le prophète ne veut pas se taire car ce qu’il a à dire est important – comme moi aujourd’hui ! Et ce qu’il a à dire concerne la mission ou la raison d’être d’Israël, le peuple que Dieu s’est formé et choisi. Sa mission c’est d’être témoin auprès de toutes les nations de la présence de Dieu et de son existence. Israël est le peuple de Dieu ; et Jérusalem est plus que sa capitale, c’est la ville de Dieu, celle où se trouve le Temple qui est le lieu visible qui rappelle à tous la présence mystérieuse et invisible de Dieu. Et nos frères Juifs croient que lorsque le Messie sera là, alors toutes les nations afflueront vers Jérusalem. Il y aura alors une unité réconciliée de l’humanité.

Pourquoi est-ce que je vous dis cela… ? Tout simplement parce que nous chrétiens nous croyons que le Messie, le Christ, est venu, en la personne de Jésus. Et qu’en lui il n’y a plus de séparation entre les Juifs et les non-Juifs ; qu’en lui, le peuple de Dieu n’a plus de frontières : toutes les nations peuvent devenir une dans ce peuple. Et que ce peuple – que j’ose dire « nouveau » – doit témoigner en parole et actes de cette unité de l’humanité à laquelle Dieu nous convie, cette unité de l’humanité dans laquelle les barrières devraient tomber car nous sommes tous enfants d’un même Père, tout habités par un seul et même Esprit – c’est ce que St Paul nous a redit avec force lui aussi dans la 2ème lecture d'hier…Nous croyons que le Messie n’apporte pas du tout-cuit mais au contraire qu’il vient nous rassembler pour qu’avec lui nous puissions travailler à cet avènement d’une unité de humanité. Et nous voyons bien qu’il y en a encore du travail !

Je suis personnellement persuadé que si nous nous ouvrions plus à sa présence et si nous lui demandions plus la force de son Esprit alors nous serions de meilleurs artisans d’une unité de l’humanité ; parce que nous serions sans doute beaucoup plus artisans de la paix, entre nous. Et c’est souvent que mes paroissiens m'entendent dire que si nous laissions le Christ pacifier nos cœurs à chacun – pour cela il faut le lui demander – alors nous serions plus acteurs de paix autour de nous, dans nos villages, nos quartiers, nos familles et nos communautés chrétiennes, alors cette paix que nous voulons entre les peuples pourrait grandir un peu plus. J’en suis persuadé. C’est bien parce que nos cœurs à chacun seront unifiés, pacifiés, qu’une unité pourra grandir entre nous et bien au-delà de nous…

Une fois que j’ai dis cela, il nous faut bien voir qu’il y a aujourd’hui un problème : comment pouvons-nous vouloir témoigner d’une unité possible de l’humanité et vouloir y travailler à notre mesure alors que, nous chrétiens, nous sommes divisés ? C’est vrai que ce n’est pas de notre faute ; ce sont des fruits de l’histoire. Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de facteurs socio-politiques qui ont joués… C’est vrai… Mais nous ne pouvons pas ne pas nous demander quand même comment avancer pour plus d’unité entre chrétiens. Déjà entre nous, dans une même communauté paroissiale, entre communautés d’une même paroisse, et entre paroisses ; déjà entre nous, donc, mais plus largement avec nos frères séparés…

Je crois qu’on ne peut pas aller trop vite vu que nous avons des siècles d’éloignement mutuel – et même des siècles de guerre, pour ce qui concerne l’Occident ; et donc que nous avons des habitudes et des pratiques qui sont finalement très éloignées, chacun ayant pensé, en plus, détenir la vérité ; et de douloureux chemins de réconciliation et de guérison sont encore à vivre. Aller trop vite ce serait gommer nos différences et nos blessures réciproques et donc ne pas prendre vraiment en compte l’identité profonde des uns et des autres. Détruire trop vite et trop brutalement nos murs de divisions ce serait aussi risquer d'abîmer de belles pierres qui pourraient nous être précieuses, des dons à nous offrir ; il faut la patience de démonter petit à petit pour voir que faire de telle ou telle petite pierre accumulée...

On a beaucoup avancé au cours du XXème siècle et on se connaît beaucoup mieux entre frères protestants, orthodoxes et catholiques. Il me semble qu’on commence à ne plus voir chez les autres que les clichés que nous en avions. Mais c’est finalement très récent – ça date du Concile Vatican II qui s'est terminé il y a tout juste 50 ans… En même temps, je vois bien aussi qu’on est bien entre nous et que finalement ça ne nous fait pas grand-chose qu’on soit différents pourvu que chacun fasse son bout de chemin… Sauf qu’on est loin de pouvoir vivre vraiment unis… Et du coup on est loin de pouvoir témoigner en vérité du Christ qui veut rejoindre tous les hommes et qui dit dans l’évangile de Jean : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples »

Je suis profondément heureux que grâce à nos frères protestants nous ayons redonné une vraie place à la Parole de Dieu dans notre vie ecclésiale et personnelle. Mais je ne peux pas me réjouir que ces mêmes frères ne comprennent pas ce trésor qu’est l’eucharistie que nous célébrons chaque dimanche, comme nos frères orthodoxes… Je vois qu’il y a donc et encore du chemin à parcourir… Je vois donc qu’il nous faut encore demander au Seigneur qu’il nous aide à avancer sur ce chemin de l’unité. Et donc qu’il me faut, qu’il nous faut le prier pour lui demander de nous éclairer et de nous guider. D’où l’importance de cette « Semaine de prière pour l’Unité des Chrétiens ! »