Un doux pardon

Publié le par Christophe Delaigue

Un doux pardon

Voilà un roman reçu pour Noël qui n'est pas sans liens avec l'Année de la Miséricorde à laquelle le pape François invite les catholiques du monde entier. L'histoire traite d'une des thématiques liée à cette notion de miséricorde, celle de pardon - pas celui de Dieu, ici, mais celui que nous avons à vivre entre nous, dans nos relations humaines.

Ce roman américain, disons-le d'emblée, n'est pas génial dans le style (écriture et/ou traduction) mais nous permet d'appréhender cette question du pardon de façon sympathique, avec une histoire à la fois un peu téléguidée par certains aspects mais qui comporte aussi tel ou tel rebondissement qui nous tient jusqu'au dénouement. C'est donc pas mal...

De quoi s'agit-il en ces pages ? Hannah Farr est une présentatrice télé d'une émission à la mode et elle se retrouve acculée à relire sa vie et prendre des décisions qui vont un peu-beaucoup chambouler ses plans. A l'origine de tout cela, des "pierres de pardon" : vous avez un pardon à demander , vous envoyez ou donnez deux de ces pierres à la personne avec une lettre d'excuses et en retour, si la personne accepte de vous pardonner, elle vous en renvoie une. Dit comme ça, c'est un peu "cul-cul-la-praline". En plus, pardonner, excuser, est-ce du même ordre, je ne crois pas... Mais justement le roman va petit à petit affiner ces notions, l'air de rien, en posant l'air de rien ce genre de questions, jusqu'à nous faire dire que non, ce serait trop simple si ça pouvait se passer comme ça, que c'est de la foutaise... Nous voilà prêts alors, comme l'héroïne, à entendre et même à vivre ce qu'est vraiment le pardon...

Tout l'intérêt de ce récit c'est de nous faire comprendre que les situations que nous avons vécues sont souvent bien plus complexes que ce que nous en voyons ou racontons spontanément, qu'il y a notre vérité de l'histoire, la réelle ou celle que nous nous sommes construite, qu'il y a les blessures qui nous sont faites, mais qu'il y a aussi le réel des blessures de celles et ceux qui nous ont fait mal et leur propre vérité ou compréhension de ce qui s'est passé. Et que tout cela, si l'on veut vraiment se pardonner et pas juste s'excuser, il va falloir le mettre en lumière et pour cela le mettre en mots. Et peut-être que tel pardon que nous croyons devoir vivre en cache un autre plus profond... Il va falloir mettre en mots pour faire advenir la vérité réelle de ce qui a été vécu, au-delà des blessures qui peuvent la transformer ou des protections que nous nous mettons et qui elles aussi influent sur le cours des choses et de notre relecture des évènements que nous traversons.

Ce n'est pas un grand roman qui marquera l'histoire de la littérature mais c'est intéressant et pas mal vu. En plus, on se laisse plutôt prendre par l'histoire pour voir où l'auteur veut nous emmener et comment ça peut finir ; et c'est même plutôt agréable par certains côtés, facile à lire sans se prendre la tête, idéal pour des vacances au coin du feu ou une journée à occuper à cause de la pluie.

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Lori Nelson Spielman, Un doux pardon, éditions du Cherche-midi, avril 2015, 435 pages.

Publié dans Romans et récits