Homélie 10 février 2016 - Mercredi des cendres

Publié le par Christophe Delaigue

Messe des Cendres - entrée paroissiale en carême

Bourgoin-Jallieu, église Notre-Dame

Jl 2,12-18 / Ps 50 (51) / 2Co 5,20 – 6,2 / Mt 6,1-6.16-18

Si j’en crois la 1ère lecture qu’on a entendue il y a quelques instants et si je crois que ces textes de ce soir sont donnés pour qu’on comprenne le sens de ce temps du carême dans lequel nous entrons aujourd’hui, je retiens déjà que ce temps du carême c’est un temps pour revenir à Dieu, pour faire retour vers lui. « Revenez à moi de tout votre cœur » a dit le prophète Joël… Parce que nous nous en serions éloignés ?

En ce début de carême on pourrait se poser cette question, justement : dans ma vie de chaque jour, dans le temps ordinaire des jours qui s’enchainent et qui défilent à toute vitesse, qu’est-ce qui prend beaucoup de place ; et même : qu’est-ce qui prend tellement de place que Dieu passerait après, qu’est-ce qui prend peut-être tellement de place que je n’arrive pas ou que j’au du mal, par exemple, à m’arrêter pour prier ?

Ce temps du carême il nous est donné comme un temps favorable, pour reprendre les mots de Paul dans la 2ème lecture ; c’est ce temps offert, ce temps que nous sommes invités à vivre comme une chance pour revenir à Dieu et donc pour revenir aux appels de Dieu, ses appels de vie ; et donc – car c’est indissociable, Jésus nous l’a révélé dans les évangiles – revenir aux frères, faire retour ou faire plus de place au prochain que je suis appelé à aimer comme moi-même. Et pour cela, du coup, faire retour vers moi-même, en moi-même ; non pas pour me centrer sur moi-même et me regarder le nombril, non, mais bien faire retour en moi-même et entendre ce qui fait le réel de ma vie aujourd’hui, pour y entendre ce que Dieu me souffle là, au cœur de ce réel, pour entendre les appels de la vie, en moi ; et pour laisser résonner aussi les cris de celles et ceux qui m’entourent, pour que des chemins de réponses soient possibles, avec ce que je suis et avec la force de Dieu.

Quand je dis tout cela, je ne suis pas en train de vous dire que nous ne le vivons jamais, évidemment. Mais ce que je veux dire c’est que le carême c’est ce temps qui nous est donné pour reprendre conscience de tout cela, c’est ce temps qui nous est donné pour remettre Dieu et se appels au cœur et au centre de notre vie de tous les jours, c’est ce temps qui nous est donné pour y discerner avec Lui et au cœur du réel de qui je suis et de ce que je vis, y discerner les conversions à vivre et à demander et les réponses à donner aux appels que j’entendrai !

Le carême, du coup, c’est aussi un temps de purification, un temps pour prendre conscience que nous n’arrivons pas si facilement à aimer pour de vrai, aimer Dieu, aimer son prochain comme soi-même, aimer même nos ennemis ; et c’est un temps pour célébrer l’amour de Dieu pour nous, au cœur de nos manquements à son appel, célébrer sa miséricorde qui ne juge pas mais qui veut sauver c’est-à-dire donner sa vie, donner sa force de vie et d’amour et aussi, petit à petit et si nous le voulons, nous libérer de ce qui entrave et emprisonne notre conscience et notre cœur.

St Paul nous a dit dans la deuxième lecture : c’est le moment favorable, c’est le temps du salut ! Puissions-nous l’entendre, puissions-nous y croire, pour de vrai ! Puissions-nous oser nous en donner les moyens ! St Paul qui nous a dit encore : « Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez vous réconcilier avec Dieu ». Qu’allons-nous faire de cet appel ? Qu’allons-nous en faire dans ce temps du carême et notamment en cette Année de la miséricorde à laquelle nous invite le pape François ?

J’aimerais que nous prenions le temps dans ces jours qui viennent de nous demander chacun : qu’est-ce qui dans ma vie a besoin de guérison, qu’est-ce qui a besoin de la force de vie et d’amour de Dieu ? Et j’aimerais qu’on se demande aussi quels sont les chemins de pardon et de réconciliation que nous avons à vivre, avec nos proches, avec nous-mêmes, avec ceux qui nous entourent… Osons profiter de ce temps du carême qui commence pour avancer sur ces chemins, pour demander à Dieu de nous y aider, pour nous réconcilier avec Lui, aussi, car il est affecté par nos difficultés à nous aimer les uns les autres ; il est affecté car il est notre Père et en Lui, que nous le voulions ou non, nous sommes frères et sœurs, nous sommes liés, nous sommes même responsables les uns des autres, dans notre commune humanité. J’aimerais que nous osions redécouvrir le sacrement du pardon et de la réconciliation, comme nous y invite le pape François, que nous dépassions nos peurs ou nos blessures pour oser faire confiance. Dans ce sacrement et par ce sacrement Dieu nous attend comme un père tellement aimant…

Et puis profitons de ce temps du carême pour regarder toujours et encore autour de nous, mais peut-être pour regarder mieux encore : qui sont-ils celles et ceux qui mendient une présence, une aide, un peu d’écoute ? Comment puis-je répondre, à ma mesure mais toute ma mesure ? Là aussi, prions, demandons à Dieu de nous éclairer… « Demandez et vous recevrez » à dit Jésus, un jour, à ses disciples…

Je le redis avec les mots de St Paul, c’est maintenant le temps favorable, il est là le temps du salut ; que ce carême soit une marche joyeuse et paisible vers Pâques. C’est notre horizon, c’est le but de notre marche, c’est le but de ces 40 et quelques jours de pèlerinage que nous sommes invités à vivre. Que ce temps de retour à Dieu et à ses appel nous prépare vraiment à entendre et à accueillir cette Bonne Nouvelle de Pâques, que nous la réentendions et la redécouvrions comme une Nouvelle qui est Bonne pour nous, pour chacun de nous, au cœur de ce que nous vivons, et que nous puissions réentendre que c’est Bonne Nouvelle aussi pour tous ceux qui nous entourent et pour qui nous serons appelés à en être des témoins en paroles et en actes.

Pour l’heure, nous allons recevoir dans quelques instants ce signe un peu étonnant des cendres qui vont nous être imposées sur le front. Ces cendres elles nous rappellent trois choses : (1) que nous venons de la poussière et que nous y retournerons, c'est-à-dire que notre condition est mortelle, que notre vie est dans les mains de Dieu. Ces cendres ce sont aussi (2) les cendres de la conversion et de la pénitence à laquelle nous sommes appelés si nous faisons vraiment retour en nous-mêmes pour faire retour vers Dieu qui est là et qui veut nous offrir la Bonne Nouvelle de son pardon qui déjà est résurrection. Et puis ces cendres elles me rappellent (3) le signe que Dieu posa sur Caïn après le meurtre d’Abel, en Gn 4 : Dieu n’a pas jugé Caïn au sens de l’enfermer dans une condamnation qui soit comme une mise à mort, mais pour qu’on ne s’acharne pas sur lui il a déposé un signe de reconnaissance qui dit sa protection et sa présence, malgré le mal commis.

Avant de recevoir ce signe des cendres nous prenons le temps de laisser résonner tout ce que nous venons d’entendre et nous prenons le temps de déposer au Seigneur ce que ça éveille en nous. Tout cela nous l’offrons au Seigneur, en prière et dans le silence.

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