Homélie dimanche 7 février 2016

Publié le par Christophe Delaigue

5ème dimanche du Temps Ordinaire / Année C

Eglise St JB (Bourgoin)

Is 6,1-2a.3-8 / Ps 137 (138) / 1Co 15,1-11 / Lc 5,1-11

Pour comprendre nos textes de ce jour, je vous propose de partir de la vision d’Isaïe que nous avons entendue en 1ère lecture. Elle nous fait faire un parcours qui nous permet, en lien avec l’évangile, de mieux comprendre qui est notre Dieu – Celui en qui nous essayons de mettre notre confiance – et qu’est-ce qu’il attend de nous.

Avec cette 1ère lecture, nous sommes dans une vision. Le prophète – qui ne reçoit d’ailleurs cette mission qu’à la fin de notre passage – fait une expérience spirituelle assez singulière qui lui donne d’entrevoir qui est ce Dieu auquel il croit, ce Dieu qu’il cherche. Que s’est-il passé exactement, je ne sais pas ; et c’est sans doute comme un certain nombre de nos expériences spirituelles, assez compliqué à mettre en mots pour les autres… En tout cas Isaïe a vécu quelque chose de mystérieux qui va bousculer sa vie. Comme Pierre, finalement, dans l’évangile, avec ce Jésus, ce charpentier, qui se permet de donner des conseils au pécheur qu’il est, lui Pierre, tout ça pour une pêche mystérieuse, incompréhensible a vue humaine… Comme certains d’entre nous aussi, sans doute, avec toute la difficulté que nous avons à partager nos expériences spirituelles et à les mettre en mots pour ceux qui n’ont forcément pas vécu une telle expérience, bien souvent troublante…

Dans sa vision, Isaïe fait l’expérience que Dieu est vraiment le Tout-Autre, ce Saint tellement saint que nous sommes loin de lui, tellement petits face à la grandeur de son mystère. Je crois que nous faisons la même expérience quand nous voyons combien nous avons du mal à comprendre comment Dieu est présent à nos côtés, comment Dieu peut nous laisser subir ou traverser l’épreuve du mal, comment aussi il a pu faire la Création si diverse et si variée, et, de l’autre côté, combien nous peinons parfois pour avancer sur le chemin de la vie, ou pour comprendre qui est Dieu ou ce qu’il attend de nous ou ce qu’il nous dit ou nous propose… Isaïe, comme nous, fait l’expérience qu’il y a comme un fossé qui nous sépare de Dieu. Parce que Dieu est Dieu, un peu-beaucoup inaccessible, et que c’est une vraie aventure que de partir à sa recherche et plus encore de se laisser rejoindre par lui. Tout simplement parce qu’avec Dieu nous ne pouvons pas tout maîtriser ; or c’est pourtant la tentation de toute puissance que nous voudrions avoir…

Dieu est le Tout-Autre. Mais un Tout-Autre qui veut nous rejoindre. Isaïe fait cette expérience dans sa vision, avec ce drôle d’ange qui s’approche de lui, ce séraphim. Un ange, ça veut dire, en grec, un messager, entendons un messager de Dieu. C’est quelque chose ou quelqu’un qui dit la présence mystérieuse de ce Dieu Tout-Autre qui s’approche des hommes que nous sommes. Et Dieu veut tellement se faire proche de nous, il veut tellement se faire connaître et reconnaître de nous, qu’il finira par envoyer le messager, son Fils unique, Jésus… Pierre, dans l’évangile, fait cette expérience que cet homme, Jésus, agit de façon étonnante et mystérieuse, prodigieuse même, et donc qu’il se joue là quelque chose de Dieu, quelque chose de divin… C’est pour cela qu’il l’appelle « Seigneur » – c’est le titre donné à Dieu. Et Pierre, comme nous qui n’y comprenons pas grand chose à la présence de Dieu dans notre vie ou à ce que nous entendons intérieurement, Pierre va devoir faire confiance sur parole à Jésus ; et faisant confiance, ou plutôt pour faire vraiment confiance, il va obéir à cet homme en chair et en os qui est là et qui lui parle, il va obéir un peu aveuglément ; c’est la marque de la confiance véritable…

Je reviens à Isaïe… Tout comme l’ange pose sur les lèvres d’Isaïe un charbon brûlant qu’il a pris sur l’autel du Temple, de la même façon Jésus au cours de son dernier repas nous invite à recevoir quelque chose sur nos lèvres et même dans notre bouche, quelque chose qui vient de Dieu : par le pain et le vin consacrés qu’il nous dit de manger et de boire, c’est sa présence qui se livre en nous – le livre de l’Apocalypse nous dira aussi que nous devons manger la Parole . C’est bien plus que le charbon brûlant de l’autel du Temple car désormais c’est lui-même, Jésus, Dieu, qui vient nous rejoindre au plus intime de nous-mêmes pour établir sa demeure en nous… C’est un sacré mystère… Ça devrait nous brûler les lèvres de communier – de façon imagée, évidemment –, ça devrait produire en nous quelque chose de l’ordre de l’étonnement, de l’éblouissement même. Ce n’est pas rien, c’est un acte qui doit nous bouleverser et qui doit changer quelque chose en nous ! … Moi, je n’en reviens toujours pas de ce mystère qui nous est confié. Dieu veut tellement se faire proche de nous, qu’il descend en nous et qu’il se fait nourriture pour nourrir notre vie à sa suite. Moi, ça me bouleverse de célébrer, vraiment !

Je reviens encore à Isaïe. Que lui dit l’ange ? « Ceci a touché tes lèvres. Maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné ». Là aussi, quel mystère… Dieu veut se faire proche parce qu’il veut nous libérer de ce qui entrave nos cœurs. Et le mal que nous commettons, même dans les toutes petites choses du quotidien, nous savons bien que ça peut faire des dégâts. Regardons juste dans nos familles les petits rien qui ont fait du mal et dont nous ne parlons surtout pas, voyons les dégâts que ça fait parfois… Dieu vient donc nous libérer de ce qui entrave nos cœurs. A condition que nous nous tournions vers lui, évidemment, et que nous lui demandions cette libération du cœur. C’est bien à chacun de nous de regarder dans sa vie ce qui est de cet ordre là et qui a besoin d’être confié au Seigneur. C’est là aussi qu’il vient nous rejoindre quand il se donne à nous dans le pain et le vin consacrés comme dans sa Parole… Puissions-nous vraiment nous en donner tellement les moyens en cette Année de la miséricorde que nous offre le pape François et notamment dans ce temps du carême qui va commencer dans quelques jours à peine… !

Prendre conscience de tout ce que je viens de vous dire, petit à petit, ça nous rend responsables de cette Bonne Nouvelle pour les autres, pour ceux qui nous entourent. C’est notre mission. C’est celle qu’Isaïe accepte de remplir en devenant le messager de ce Dieu qu’il a rencontré mystérieusement ; c’est aussi ce que Pierre accepte de vivre avec Jésus en devenant « pêcheur d’hommes ». Et c’est ce qui nous est demandé de par notre baptême et notre confirmation. Être témoins en actes de ce Dieu dont nous avons fait l’expérience, ce Dieu qui vient nous rejoindre chacun et qu’il nous faut accueillir, ce Dieu qu’il nous faut apprendre à reconnaître, petit à petit, ce Dieu qui est là à nos côtés et qui nous visite parfois de façon étonnante, dans une rencontre, un évènement, dans tous ces moments qui sont porteurs de vie…

Ce matin, nous pouvons rendre grâce pour tout cela, et nous pouvons tourner nos cœurs vers ce Dieu là, pour lui déposer ce qui habite nos pensées et notre vie ; c’est là qu’il vient aujourd’hui encore nous rejoindre nous aussi, dans son eucharistie.

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