Homélie dimanche 13 mars 2016

Publié le par Christophe Delaigue

5ème dim. de carême / Année C

Salagnon

Is 43,16-21 / Ps 125 (126) / Ph 3,8-14 / Jn 8,1-11

Il me semble que cette page d’Evangile fait partie des récits qu’on connaît plutôt bien. Mais pour comprendre ce qui se joue vraiment dans ce texte et ce qui se joue pour nous aujourd’hui, je vous propose qu’on essaye d’imaginer la scène.

Il y a Jésus, assis dans le Temple pour enseigner, et autour de lui un foule sans doute nombreuse. Le voilà interrompu par un groupe d’hommes, des scribes et des pharisiens, ceux qui connaissent bien la Loi, ceux qui savent comment faire pour bien faire, ceux qui font tout comme il faut. Ils lui amènent une femme surprise en train de commettre un adultère. Et ils veulent que Jésus se pose en juge. Imaginez vraiment la scène : je suis à la place de Jésus, notre église est remplie de gens qui se pressent pour m’écouter et cette femme est placée là, devant, au centre, au milieu de la foule, livrée au regard de tous. C’est terrible… En plus c’est pervers ce qui se passe. On veut que Jésus se pose en juge alors qu’en fait c’est un piège qui lui est tendu à lui, c’est en fait le procès de Jésus qu’ils veulent faire ces scribes et ces pharisiens. D’ailleurs s’ils voulaient vraiment juger cet adultère, il devrait y avoir l’homme avec elle, en tout cas s’ils veulent respecter ce que prescrit la Loi. On voit bien que cette femme ce n’est pas leur vrai problème, elle n’est qu’un objet pour mettre Jésus à l’épreuve. Sauf qu’elle est quand même au centre de tous les regards, des regards qui forcément sont en attente de ce qui va se passer, de ce que Jésus va dire et de savoir comment elle va se défendre.

Première attitude de Jésus, il baisse le regard plutôt que de répondre à la question qui lui est posée. Et il se met à faire on ne sait quoi sur le sol. Imaginez la scène. Il est déjà assis, sans doute à même le sol, il baisse le regard, c’est-à-dire qu’il refuse que la femme se sente regardée et déjà jugée, et il refuse de les regarder eux qui n’attendent qu’une réaction de sa part. Et ce qu’il dessine ou écrit par terre, voilà qui sans doute détourne le regard de tout le monde, de la femme vers lui Jésus, et vers ce qu’il trace sur le sol. La preuve c’est qu’on se demande tous qu’est-ce qu’il peut bien écrire ou dessiner. Jésus est en train de permettre que cette femme ne soit plus le centre de tous les regards et qu’on arrête du coup de la juger.

Cette réponse étonnante de Jésus l’empêche de tomber dans le piège qui lui est tendu. S’il avait dit de ne pas la lapider, il se mettait les autorités religieuses à dos. S’il avait dit de la lapider alors c’était contraire à son message de salut et de libération. Car, je vous le rappelle, l’évangile de Jean ne cesse de nous dire que Dieu ne vient pas en Jésus juger le monde, au sens de condamner, mais il vient pour le sauver, pour nous sauver, c’est-à-dire pour nous libérer de ce qui entrave nos vies, c’est-à-dire pour nous relever de ce qui nous cloue au sol. Jésus choisit donc de se taire et d’inviter chacun à autre chose. En fait il va renvoyer chacun à ce qu’il est.

D’où la phrase de Jésus à ces hommes, ces scribes et ces pharisiens : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre »… Qui d’entre nous peut dire qu’il est sans péché. Pécher c’est faire le mal, pécher c’est manquer la cible, la cible de l’appel à aimer. Or aimer c’est oser croire et c’est décider de permettre à chacun, quel qu’il soit et quelle que soit son histoire, de pouvoir avancer et trouver un chemin de vie. C’est permettre à l’autre de faire germer et éclore ce qu’il y a de bon et de beau en lui, même très enfoui. Qui d’entre nous n’aurait jamais péché et aurait pu jeter la pierre ? Personne je crois, si nous sommes en vérité avec nous-mêmes… Ou alors, allez-y, jetez-moi la pierre pour ces propos qui seraient insultants à votre encontre ! Mais si jamais vous êtes bien pécheur, comme moi, si jamais il vous arrive vous aussi de blesser d’autres, de juger, de ne pas aimer ou de ne pas vouloir aimer tel ou tel, s’il vous arrive d’être raciste, s’il vous arrive de faire mal à l’autre dans telle ou telle situation ou d’être parfois médisants, alors prenons nos responsabilités devant Dieu et rdv mercredi après-midi ou mercredi soir pour célébrer et redécouvrir ensemble le pardon de Dieu, ce pardon qu’il veut offrir à tous !

Son pardon c’est une force pour qui veut apprendre à aimer mieux, avec lui et grâce à lui ; et c’est aussi reconnaître que ce que nous vivons entre nous, dans nos relations humaines, ça affecte Dieu, car Dieu nous aime et que Dieu nous veut responsables les uns des autres, parce qu’il aime chacun comme un Père ! Si je reconnais que Dieu est quelqu’un et pas qu’une idée alors je crois qu’il est évident que je suis appelé à faire retour vers lui, pour qu’il m’éclaire et qu’il me donne sa force… Et pour reconnaître aussi que parfois je m’éloigne de lui ou je l’oublie…

Je reviens à notre histoire et aux pharisiens. Jésus les place devant leur conscience : eux qui voudraient que cette femme soit condamnée, sont-ils, eux aussi, pécheurs ou pas ? Là encore, aucun jugement de la part de Jésus. Il baisse le regard. Il laisse chacun à sa liberté et à la vérité de sa vie. Il ne verra pas qui est parti en premier, qui a hésité, qui a eu un éclair de violence dans le regard et de désir de jeter quand même la pierre. Non, il baisse le regard ; il trace à nouveau des traits sur le sol pour inviter la foule à regarder autre chose, et il les laisse partir…

Ne reste alors plus que la femme et lui. Et la foule qui sans doute ne sait plus trop quoi penser. Et là, cette femme redevient quelqu’un : il l’appelle d’un nom qui n’en fait pas qu’une femme adultère à qui on ne s’adressait pas, elle n’est plus un objet qu’on a traîné, elle est quelqu’un à qui il parle et qu’il invite à parler elle aussi. Et là encore, il la laisse libre et face à la vérité de sa vie. Il ne cautionne pas ce qu’elle a pu faire, ni ne la juge, mais il la renvoie à elle-même : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais, ne pèche plus »

Parfois, nous sommes comme cette femme, condamnés, jetés en pature au regard des autres. Parfois nous sommes comme elle, certes qui fait des erreurs, mais qui est jugée et comme mise à mort par celles et ceux qui nous entourent, par leur façon de parler de nous ou de nous exclure, ou de ne voir en nous que ce que nous aurions fait de mal mais pas qui nous sommes vraiment, au fond de nous, ni nos blessures qui ont pu nous faire déraper… Et parfois nous sommes comme les pharisiens, de ceux qui jugent et condament, de ceux qui blessent et font mal, de ceux qui sans le savoir mettent l’autre à mort… Et pourtant Dieu est là qui veut pour nous tous le meilleur, Dieu est là qui veut nous donner sa force de devenir nous-mêmes et de nous relever de tout ça. Je vous invite vraiment à venir célébrer et redécouvrir le sacrement du pardon, comme nous y invite avec insistance le pape François pendant cette année de la Miséricorde…

Nous prenons quelques minutes de silence pour laisser résonner tout ce qu’on vient d’entendre, pour laisser monter en nous tout ce que cela réveille ; et tout simplement nous le confions au Seigneur dans le secret de notre cœur, qu’il nous éclaire…

Publié dans Homélies