Homélie funérailles de Mod

Publié le par Christophe Delaigue

16 mars 2016 / Homélie messe de funérailles de Mod

ND de La-Plaine-Fleurie (Meylan) – avec ma communauté de l'Arche de Jean Vanier de Grenoble

Col 3,12-15 / Ps 22 (23) / Jn 15,9-16

Pour vous dire la vérité, je suis ému de ces textes que nous avons choisi samedi soir pour cette célébration, et tout spécialement de cette page d'Evangile que nous venons d'entendre. Je suis ému parce que si c'est Jésus qui s'adresse ici à ses disciples et qui du coup s'adresse à nous, je n'arrête pas de me dire depuis samedi soir que ces mots nous pouvons aussi les entendre comme un ultime message de Mod pour nous et tout spécialement pour vous sa famille et ses amis proches. "Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres". Tout est dit dans cette petite phrase. Tout est dit de la vie et du message de Jésus que nous cherchons à suivre pour ceux d'entre nous qui sommes chrétiens, Jésus avec qui nous essayons de vivre, jour après jour, puisque nous croyons qu'il est ressuscité, c'est-à-dire toujours présent, vivant, mais autrement.

Et dans ces quelques mots, tout est dit aussi de Mod. Car, pour le peu que je l'ai connue – le peu par rapport à certains d'entre vous – et pour ce que j'ai perçu d'elle par la communauté de l'Arche ou par des amis que nous avons en communs, mais aussi et surtout pour ce que j'en entends ou ce qu'on me partage d'elle de ces derniers jours mais aussi de ces derniers mois, je crois pouvoir affirmer que la vie de Mod était empreinte de cet appel à aimer, dans son attention aux uns et aux autres, dans ses engagements, dans son souci de l'accueil, dans son désir également que Camille comme d'autres à l'Arche ou en catéchèse spécialisée soient vraiment écoutés, accompagnés, pris en compte dans ce qu'ils comprennent et portent en eux. Je me rappelle par exemple l'insistance forte de Mod à ce que nous apprenions le Notre Père gestué pour certaines de nos messes à l'Arche – nous le ferons d'ailleurs comme cela tout à l'heure – ou que nous prenions le temps de signer tel texte que nous pourrions partager dans les foyers ou au Service d'Activités de Jour – je repense en novembre dernier à ce texte qu'elle nous avait envoyé suite aux attentats de Paris pour qu'en communauté nous puissions mettre des mots avec les personnes accueillies...

"Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres" nous dit Mod, aujourd'hui, avec Jésus en qui elle avait vraiment foi et qui est celui qu'elle nous invite à célébrer ce matin, celui qu'elle nous invite à associer à ce passage qu'elle a vécu ces derniers jours et qu'elle nous fait vivre avec elle.

Et avec Jésus elle nous pousse à entendre la suite de cette page d'Evangile : "Je vous dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite." Voilà une parole qui est sans doute plus difficile à entendre ce matin. Elle est un appel pour demain, je crois, mais aussi un appel qu'elle nous adresse pourtant avec Jésus dès aujourd'hui, dans cette foi qui est la sienne que la mort n'est pas la fin de toute vie, mais qu'elle est passage pour la vie autrement, et pour une présence autre, avec Dieu.

C'est tout le mystère de la résurrection que nous célébrerons dans quelques jours pour Pâques, ce mystère qui est celui de la vie qui traverse nos fragilités, ce mystère de la vie qui jaillit malgré tout du coeur de nos blessures ou des failles de toute vie, grâce à ce que nous serons les uns pour les autres, dans cette expérience du soutien mutuel et du compagnonnage aimant ; ce mystère de foi, aussi, qu'avec Jésus, quoi qu'il arrive, la vie sera plus forte que tout mal et que toute mort... Non pas que nous n'allons pas souffrir ni mourir, nous le savons bien –et ce matin à plus forte raison –, mais que même au coeur de cela nous allons pouvoir faire l'expérience de la vie qui est là, de la vie qui jaillit, de la vie qui nous traverse, même imperceptiblement. Et qu'au coeur de cela, celui que je nomme Dieu est présent. Qu'il est présent dans telle main tendue qui prend soin, dans telle rencontre qui redonne de la paix ou de la joie, dans telle parole réconfortante, dans tel ou tel actes d'amour et d'amitié qui redonnent du sens à cette vie, même au coeur de ce que nous traversons de difficile.

Pour un certain nombre d'entre vous je ne sais si ces mots sont audibles. Car je ne sais ni ce que vous traversez ni qui est Dieu pour vous, s'il est quelqu'un ou une hypothèse, s'il est une question ou rien du tout. Ce que je sais c'est que ce Dieu là a été un soutien, une présence et un réconfort pour Mod jusqu'en ses dernières heures et que le psaume entendu tout à l'heure avant notre page d'Evangile dit vraiment cette foi qui a porté Mod. Quelle que soit la nôtre, la vôtre, j'aimerais que nous osions croire ce matin en cette présence qui a été tellement importante pour elle et qui t'habite aussi, Bruno. Et j'aimerais que nous entendions les uns et les autres qu'il n'y a pas besoin de tout comprendre ou de tout arriver à prouver rationnellement pour oser croire en Dieu, qu'il suffit juste d'oser faire confiance et d'écouter en soi les appels de la vie qui sont là et qui nous poussent à aimer et à vouloir vivre.

Pour l'heure, nous pouvons lui demander maintenant, chacun, cette paix promise dans la 1ère lecture, cette paix confiante qui traverse le psaume que nous avons chanté. Et avec cette paix, que nous demandons aussi à Dieu que grandisse en nous cette joie intérieure promise par Jésus à qui veut bien aimer comme lui dans le don de lui-même à l'autre, cette joie qui habitait Mod et dans laquelle elle entre pour toujours avec Jésus.

Si ce matin cela nous est difficile – on le comprend bien, évidemment – c'est pourtant ce que j'aimerais vraiment que le Seigneur nous donne de goûter d'ici quelques jours ou quelques semaines, si ce n'est dès aujourd'hui, dans cette confiance que Mod, là où elle est désormais, nous veut heureux et pleinement vivants et aimants.

Pour l'heure, je propose que nous prenions quelques instants de silence, pour laisser monter en nous ce que ces mots éveillent. Si nous sommes chrétiens nous les offrons comme ils viennent au Seigneur, c'est notre prière maintenant. Et tous, dans ce silence partagé et habité de ce qui bouillonne en nous, nous laissons la paix nous gagner, cette paix promise par Jésus qui nous dit dans l'évangile de Matthieu : "Venez à moi vous tous qui peinez, et moi je vous donnerai le repos", la paix du coeur...

Publié dans Homélies

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