Homélie Rameaux dimanche 20 mars 2016

Publié le par Christophe Delaigue

Célébration des Rameaux et de la Passion / Année C

Eglise St Jean-Baptiste (Bourgoin-Jallieu)

[Lc 19,28-40 + Is 50,4-7 / Ps 21 (22) / Ph 2,6-11 / Lc 22,14 - 23,56]

Comme chaque année on vient donc d’entendre ce récit de la Passion, un texte un peu long c’est vrai puisque il retrace les derniers jours de la vie des Jésus ; un texte un peu long, donc, mais surtout qu’on écoute un peu comme une « belle » histoire qu’on connaît à peu près, voire qu’on n’écoute pas trop car on sait qu’on le réentendra vendredi pour la célébration de la croix !

En fait c’est quand même terrible ce qu’on vient de nous raconter et qu'on écoute la bouche en cœur ! Jésus est mort sur la croix, c’est une mort terrible et infâme, et il est mort après avoir été accusé comme un voleur ou un meurtries alors qu'il n'a pas arrêté de toute sa vie de parler d'amour du prochain et d'apprendre à arrêter de juger. Et sur la croix, chose qui en rajoute au côté terrible de l'histoire, il s’est même retrouvé quasiment seul, abandonné des siens et livré aux moqueries de la foule… Vous aurez peut-être remarqué que le ton a d'ailleurs changé par rapport à l’évangile que nous avons entendu au tout début de notre célébration, au dehors de l'église. Tout à l’heure, nous étions là à brandir nos rameaux et à chanter « Hosanna », c’est-à-dire « le Seigneur sauve » ; tout à l’heure, dans l’évangile, la foule acclamait comme un roi celui qu’elle reconnaissait comme le Messie, c’est-à-dire l’envoyé de Dieu, le Sauveur, celui qui doit délivrer le peuple… Mais la foule et les disciples qui acclamaient sont maintenant devenus ceux qui condamnent et même qui abandonnent… Que s’est-il passé ?

Lors de l’entrée à Jérusalem, les attentes étaient visiblement très fortes vis-à-vis de Jésus. On attendait le Sauveur, le libérateur qui allait établir un royaume nouveau, et on a cru que ce royaume nouveau ce serait peut-être déjà d’être délivré de l’occupant romain. Sauf que Jésus est arrêté et condamné à mort. Et il n’a même pas su se sauver lui-même… Tout s’effondre pour ceux qui l'entouraient et pour ceux qui se sont pris à rêver d'un avenir meilleur…

La question qui se cache derrière tout ça – et la question qui se pose du coup pour nous aujourd’hui – c’est celle de savoir quel Dieu nous espérons, qu'est-ce que nous attendons de Dieu, de quel Dieu nous croyons avoir besoin… Bien souvent nous voudrions de Dieu qu’il soit tout-puissant au sens d’une force supérieure qui fasse des miracles dans notre vie et surtout qui réponde à toutes nos demandes… Un dieu qui serait à notre mesure, un dieu qui nous arrange puisqu’il serait à notre service !

Je crois que nous sommes comme ceux qui sont là au pied de la croix. Nous voudrions que Jésus nous prouve qu’il est bien le Fils de Dieu… Sauf que nous sommes comme la foule, nous nous trompons de Messie, de Sauveur. Jésus ne se sauve pas lui-même, il ne sauve pas sa peau. Mais il vient traverser avec nous ce qui fait notre humanité profonde, avec son lot de questions, d’épreuves et de révoltes. Il vient vivre pour de vrai ce que nous avons chacun à vivre, jusque dans cette question existentielle à laquelle nous sommes tous confrontés un jour ou l’autre qu’est celle du mal, de la violence, de la souffrance et de la mort… Pire encore, celle de la souffrance de l’innocent et de la mort injuste et incompréhensible…

Avec lui, Jésus, nous découvrons alors que Dieu n’est pas un dieu magicien qui agirait selon notre volonté, mais que Dieu est un Père Tout-puissant d’amour pour l’homme jusqu’à nous rejoindre dans le plus bas de notre vie et Tout puissant d’amour jusqu’à accepter de ne pas jouer avec notre liberté ou avec les évènements de notre vie, un Dieu Tout-puissant jusque dans son désir de nous rejoindre jusque dans l'épreuve du mal et de la mort ; et que Dieu, quoi qu’il arrive – c’est ce que nous allons fêter dans quelques jours –, Dieu reste à nos côtés pour tout ce que nous avons à traverser ; mais dans le respect de notre liberté, c'est-à-dire dans le respect de notre volonté de choisir ou pas de lui faire une place dans ce que nous avons à vivre. Du coup, Dieu est un dieu qui ne balaye pas le mal à coup de baguette magique mais qui traverse le mal avec nous, et qui est présent, mystérieusement, malgré son absence apparente, ou malgré ce silence qui parfois nous questionne…

Et ce Dieu là, je crois qu’il nous sauve bien, mais différemment de ce que nous aurions cru spontanément ou de ce que nous aurions voulu. Il nous sauve de l’angoisse et de la solitude, si nous l’associons à ce que nous vivons – que ce soit par la prière mais aussi par telle main tendue qui nous remet en route – ; et il nous assure, en Jésus, de cette promesse que la vie comme l’amour dans le don de soi jusqu’au bout seront plus forts que tout mal et que toute mort, quoi qu’il arrive. C’est ce que nous allons fêter dans quelques jours, à Pâques.

Sur la croix, jusqu'au bout, Jésus est resté dans une confiance en cette présence de Dieu malgré l'épreuve et la souffrance, malgré son silence apparent aussi, et jusqu'au bout il prie, il parle à Dieu… Alors ce matin, moi je prie pour que chacun de nous ose cette même confiance et du coup que chacun de nous ose maintenant faire monter dans son cœur les questions, les doutes et peut-être même les révoltes qui nous habitent. Que nous osions les faire monter vers Dieu, comme un appel pour qu’il nous manifeste sa présence, qu’il nous chuchote dans le creux de l’oreille et au cœur qu’il est bien là avec nous et qu’il nous aime, quoi que nous ayons fait ou quoi que nous traversions, qu’il vient nous sauver, nous libérer de ce qui nous enferme en nous-mêmes, qu’il veut et qu’il peut nous donner sa paix.

Et je prie pour que tout à l’heure, quand nous nous approcherons pour communier, ou pour recevoir une bénédiction si nous ne communions pas, je prie pour que nous demandions dans la foi que la présence de Dieu, la présence du Christ ressuscité, nous envahisse, et qu’elle soit notre force pour croire et pour grandir dans cette confiance que, oui, Dieu est bien là à nos côtés et que, oui, il porte avec nous ce qui est trop dur à porter, qu’il traverse avec nous ce que nous avons à traverser… C’est en tout cas ma foi…

Publié dans Homélies

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